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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

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Rubrique France/Politique

Ron Refaeli, directeur du SPCJ : «L’antisémitisme doit être traité de manière différente »

Comme chaque année à la veille du dîner du Crif, le Service de Protection de la Communauté Juive a publié son rapport sur l’antisémitisme en France. Pour Ron Refaéli, le directeur du SPCJ, les chiffres de 2013 sont en baisse mais la situation est loin d’être satisfaisante. La volonté des pouvoirs publics d’éradiquer l’antisémitisme est manifeste, mais le travail de prévention demeure insuffisant.

Actualité Juive : Le nombre d’actes antisémites a baissé de 31% cette année par rapport à 2012. Pour autant, « la situation des Juifs s’est détériorée » a estimé cette semaine Roger 
Cukierman. Cela signifie-t-il qu’au-delà des chiffres, l’antisémitisme est devenu ambiant et donc plus difficilement combattable ?

Ron Refaeli : Cela signifie que l’antisémitisme s’est malheureusement installé dans une dimension structurelle et c’est pour cela que même si les chiffres sont plus bas que ceux de 2012, ils restent supérieurs à ceux de 2011. Ainsi, nous sommes toujours dans une moyenne sept fois plus élevée que les chiffres des années quatre-vingt ou quatre-vingt-dix. Après quatorze ans d’un antisémitisme virulent, on ne peut donc plus le considérer comme étant « nouveau » et l’on ne peut que constater qu’il s’installe dans un climat permanent de harcèlement et de menace contre la communauté. 

A.J. : On perçoit une bonne volonté des pouvoirs publics à lutter contre l’antisémitisme et pourtant les mauvais résultats sont toujours là. Que doit-on faire de plus pour éradiquer ce fléau ?

R.R. : Il y a effectivement une bonne volonté, de même qu’il y a de très bonnes actions qui sont menées sur le plan judiciaire, tant au niveau de la police qu’à celui de la justice. Néanmoins,      on se rend bien compte que ces deux ministères sont les seuls à agir et qu’ils ne traitent donc que les actes antisémites une fois qu’ils ont été perpétrés. L’action gouvernementale est plus faible en matière de prévention et d’éducation. Or, c’est uniquement par ces biais-là que les chiffres de l’antisémitisme pourront baisser.
   Il faut donc d’une part maintenir l’action judiciaire d’une manière sévère et, d’autre part, aussi investir des moyens importants en matière d’éducation et de prévention. Après quoi seulement des résultats positifs pourront apparaître. 


Un climat permanent de harcèlement et de menace



A.J. : Cela signifie-t-il que l’Éducation Nationale n’en fait pas assez dans la lutte contre l’antisémitisme ?

R.R. : Depuis quatorze ans, on n’a vu ni de création particulière ni de soutien particulier de l’Éducation Nationale à des programmes de prévention en matière de lutte contre l’antisémitisme tout spécifiquement. Or, l’antisémitisme doit être traité de manière différente que le racisme en général. Le fait que 40% des violences racistes commises en France soient perpétrées à l’encontre des Juifs montre bien sa spécificité.

A.J. : La gauche est au pouvoir depuis maintenant deux ans. Quelle analyse faites-vous de son approche de l’antisémitisme ?

R.R. : Il y a une prise de conscience complète et totale du phénomène antisémite en France. Les mauvaises analyses qu’avaient pu faire certains dirigeants socialistes au début des années 2000 ne sont absolument plus de mise aujourd’hui. Nous avons désormais affaire à des dirigeants qui comprennent les enjeux et qui reconnaissent qu’il s’agit là d’une lutte prioritaire.

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