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14 Novembre 2019 | 16, Heshvan 5780 | Mise à jour le 13/11/2019 à 17h43

Rubrique Monde juif

A LA UNE D’ACTUALITÉ JUIVE

Le vin cacher, un succès sans modération

De gauche à droite, les Herzog (Royal Wine Corp.), la baronne Nadine de Rothschild, Pierre Miodownick et son bras droit Menahem Mendel Israelevitch.

Surnommé le « Gaulois galopant » par un journal juif américain en raison de son efficacité à lancer des crus cachers partout en Europe, l’histoire de Pierre Miodovnick semble se confondre avec celle de l’apparition du vin cacher de qualité.

Il y a un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître : celui où l’on pouvait encore sérieusement s’abîmer les papilles sur un vin de table casher. « A l’époque un vin débouché vendredi soir se retrouvait « piqué » le lendemain ». Et par piqué, entendre qu’il avait déjà tourné vinaigre. Celui qui s’en souvient en s’amusant, c’est Pierre Miodownick, considéré par la jeune génération des professionnels du vin comme le précurseur et le « boss » des winemakers du vin casher. Son bras droit, Menahem Mendel Israelevitch confirme : « Aujourd’hui un vin, même une entrée de gamme à 4 euros ne peut plus marcher s’il est imbuvable ». Alors que s’est-il passé ces 15 dernières années ? D’où vient ce saut qualitatif et quantitatif qu’a connu le vin casher ? Les observateurs éclairés attribuent ce passage du « gros bleu » au noble nectar (et même aux grands crus classés !) au travail de fourmi de Pierre Miodownick, qui de domaine en domaine, a initié un très grand nombre de nouvelles productions cachères. D’abord avec le baron Edmond de Rothschild, et ensuite avec le géant américain du vin casher Royal Wine Corp.


Le Haut-Médoc Edmond et Benjamin de Rothschild, premier grand Bordeaux cacher 

Peyot, kippa de velours et petite barbe, Miodownick a conservé un solide accent. Non pas de la Pologne natale de ses parents, mais du sud-ouest, et plus précisément de Béziers, au cœur du Languedoc, ancienne reine des régions vinicoles, où ils ont atterri  dans les années 20. Il nous raconte.« J’ai commencé en 1982, en revenant du kibboutz, avec le Château de Paraza, vin du Languedoc, dont la cuvée cashère avait de suite été remarquée par Robert Parker, “le” critique mondial du vin » explique-t-il. Le propriétaire du château, non-juif, avait présenté cette cuvée cashère à un concours, la foire internationale de Mâcon, et avait reçu la médaille d’or. Le winemaker de Béziers a donc commencé à distribuer sur le marché français, une gamme de vins du Languedoc. « Il y avait des rosés, les premiers gris de gris, en 83-84, et en 1986, j’ai eu l’occasion de vinifier le premier vin du baron Edmond de Rothschild : le Haut-Médoc Edmond et Benjamin de Rothschild ». Le premier grand Bordeaux vinifié casher, à une époque où ni en Californie ni en Israël, ni partout ailleurs, il n’existait de vin cacher de cette qualité. « Et quand on a voulu le commercialiser, poussé par le baron de Rothschild, les gens nous ont dit « mais vous êtes fous, personne ne voudra acheter de bouteilles à ce prix-là. C’étaient des prix 10 fois supérieurs à ce que l’on trouvait sur le marché et les juifs ne connaissaient rien au vin ».


Nouvelle clientèle plus jeune, plus religieuse ...et plus aisée

« Dans les années 86-87, on a ajouté d’autres grands crus français, des Sancerre, des vins de Vouvray, à destination du marché français et américain. Et puis, d’année en année, on a développé toute une gamme de grands Bordeaux, de grands vins de France, on a quasiment couvert tous les grands vignobles, les Sancerre, les Bourgogne, les Côtes du Rhône ». Il découvre que malgré les prix, il existe une clientèle constituée d’une nouvelle génération de jeunes juifs, tant en France qu’aux Etats-Unis, plus religieuse et plus aisée amatrice de bons vins. En effet, le palais juif s’est affiné et, toujours curieux cherche à s’affiner davantage. Nathan Grandjean, qui commençant dans la production d’eau de vie s’est orienté petit à petit vers le vin, a compris cette tendance. Il a décidé d’organiser des dégustations à Strasbourg, où décidément on ne laisse pas n’importe quoi monter sur la table. Il fait venir deux sommeliers réputés, « très pédagogues » précise-t-il, qui apprennent les différentes étapes de la dégustation du vin aux amateurs. C’est d’ailleurs de Strasbourg que provient le « hersher » (le certificat de casherout) sur lequel s’appuie  Miodownik pour toutes ses productions françaises. Celui du rav Zekbach « que l’on associe la plupart du temps avec de bons produits, que cela soit vin ou fromage » explique Pierre Miodownick. En 1993, une étape supplémentaire est franchie. « On est entré dans les crus classés ». “La” liste la plus prestigieuse constituée des très grands châteaux de Bordeaux (Pauillac, St-Julien, etc.). « Le premier a été le château Giscours à Margaux. Ce fut le premier grand cru classé et casher de l’histoire. D’autres ont suivi : le Pontet-Cannet, grand cru classé de Pauillac, et le deuxième plus grand vin classé, le Leoville Poyferre, de St-Julien (de 60 à 300 euros la bouteille).


Une progression israélienne exceptionnelle 

« Les Israéliens se sont beaucoup inspirés de cette ouverture sur les grands vins qu’il y avait eu en France pour pénétrer ce nouveau marché, surtout vers les Etats-Unis. Les Israéliens, qui ont les yeux bien ouverts, ont bien compris que pour pénétrer ces grands marchés il fallait changer la qualité de leur vin » explique-t-il.  A noter qu’Israël a connu la progression au niveau de la qualité et de la quantité de la production sans doute la plus rapide au monde. Un « miracle » dû à « Hakadosh Barouh Hou » selon Miodownick. Et ce n’est pas le seul : « A plusieurs reprises des producteurs nous ont dit que leurs affaires étaient redevenues florissantes après avoir commencé une production cachère. Il est même arrivé que certains grands châteaux insistent pour prendre une partie de la cuve cashère et l’assembler à la cuve non-cashère pour en améliorer la qualité ». Une consécration ! Aujourd’hui, Pierre Miodownick a décidé de passer de l’autre côté de la barrière en devenant producteur. Il s’est installé en Galilée, à Mitspe Netofa, en 2009, pour une production « très française » explique-t-il. Un retour aux sources non loin du kibboutz de Parod en Galilée, où il avait appris les rudiments de l’agriculture.
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