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18 Juillet 2018 | 6, Av 5778 | Mise à jour le 18/07/2018 à 13h28

Rubrique France/Politique

Grand Rabbin de France Haïm Korsia : « Le fait que les Juifs ne se sentent pas bien est un problème qui concerne la nation »

soit on réagit en colmatant les brèches et l’on parvient ainsi à sauver la situation. Soit on court vers la ruine du Temple" alerte le Grand Rabbin de France (Crédit photo : Consistoire)

Pour le Grand Rabbin de France, la société tout entière doit se mobiliser pour extirper cet antisémitisme qui la menace.

Actualité Juive : Il a failli se passer un drame, dimanche soir dernier, à la synagogue de la rue de la Roquette. Comment réagissez-vous à ces attaques contre les synagogues qui se sont multipliées le week-end dernier ?

Grand Rabbin Korsia : Ce sont là des choses très graves. Il faut imaginer la panique des gens qui étaient à l’intérieur de la synagogue de la Roquette, qui se sont retrouvés à la merci de personnes haineuses, dangereuses, venues exprimer un antisémitisme clair, déguisé sous les oripeaux de l’antisionisme.
   
Or, personne n’est dupe du fait qu’il s’agit d’indignations sélectives. Les mêmes slogans antisémites avaient déjà été entendus, il y a quelques mois, alors qu’il n’y avait aucune tension particulière entre Israël et Gaza. C’est contre cette haine antisémite que la Nation doit lutter pour l’extirper de son corps social.
   
En tant que rabbin, je ne peux que penser à l’esprit du 17 Tamouz [l’entretien ayant eu lieu le jour du jeûne, mardi 15 juillet ndlr]. Cette date commémore la première brèche dans le mur du Temple, brèche qui exprime l’idée de l’ultime avertissement. Ainsi, soit on réagit en colmatant les brèches et l’on parvient ainsi à sauver la situation. Soit on court vers la ruine du Temple.


A.J. : Comment d’après vous pourrait-on colmater les brèches de la République aujourd’hui ? 

G.R.K. : En faisant preuve d’une sévérité absolue envers ceux qui profèrent de telles paroles de haine et qui se livrent à de tels actes de violence. Ce principe doit être valable tant pour les faits qui se sont produits ce week-end que pour les agressions qui sont commises au quotidien et qui font que des personnes vivent dans un sentiment de vulnérabilité et d’insécurité. Ce n’est d’ailleurs pas le problème exclusivement de la communauté juive mais celui de la société. Celle-ci doit empêcher la haine et la violence en son sein. Si elle ne le fait pas, le rêve français s’écroule.


A.J. : Hormis les plus hauts responsables politiques français, ces attaques contre les synagogues ont laissé plutôt indifférente l’opinion publique. Comment entendez-vous provoquer une prise de conscience au sein de la Nation ?

G.R.K. : C’est aussi le travail des dirigeants communautaires de la provoquer. C’est ce que fait Joël Mergui, ainsi que les responsables du Crif, du FSJU et du SPCJ dans leur travail au quotidien.
   
Le fait que les Juifs ne se sentent pas bien est un problème qui concerne la nation. On doit aussi travailler pour expliquer cette déconnexion radicale qu’il doit y avoir entre ce qui se passe en Israël – qui n’est qu’un prétexte, on le sait bien – et la remontée de cette haine qui n’est absolument pas tolérable. 


A.J.: Comment rassurer les Juifs français qui craignent aujourd’hui lorsqu’ils se rendent à la synagogue ?

G.R.K. : Rappelons qu’il y a une prise de conscience des pouvoirs publics et des forces de police qui ont établi des mesures de protection autour de tous les lieux de culte ainsi que dans les quartiers à forte présence communautaire. La sécurité de la communauté doit être un enjeu de la société tout entière. Nous devons faire en sorte qu’il y ait une prise en compte de la société car on ne peut accepter que nul ne tourne la tête si une agression se produit. L’agression contre les Juifs est une agression contre le rêve français.
   
Les messages de haine véhiculés par Internet et les télévisions satellitaires doivent aussi être contrôlés. On devient antisémite parce que l’on a été endoctriné. Or, comme le disait le grand rabbin Kaplan, il faut que l’on passe d’un « enseignement de la haine, du mépris, à un enseignement de l’estime ». 
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