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21 Novembre 2018 | 13, Kislev 5779 | Mise à jour le 19/11/2018 à 15h42

Rubrique France/Politique

Manifestations pour Gaza : une mystérieuse « Gaza Firm » intrigue les observateurs

Capture d'écran Youtube.

Proche des thèses d’Alain Soral, elle attire vers le complotisme et l’ultra-droite des jeunes issus de l’immigration décidés à utiliser politiquement un antisémitisme assumé.

Les autorités françaises s’intéressent de près à deux organisations dont le rôle a été central dans les manifestations de soutien à Gaza interdites par le gouvernement. La première, le Comité Cheikh Yassine, est un groupe islamiste radical qui se revendique du soutien au Hamas. Il s’était déjà fait remarquer en 2009 lors des cortèges mobilisés contre l’opération « Plomb durci » et vient de sortir d’une relative léthargie en défilant les 19 et 26 juillet. Le second est un regroupement informel de quelques dizaines de jeunes, désormais connu sous le nom de “Gaza Firm”. Islamistes ? Ce n’est même pas certain. Ce groupe qui trouve sa source dans la tribune Auteuil du Parc des Princes, chez les supporters du Paris Saint Germain donc, soutient le Hamas comme la génération des grands-parents de ses militants soutenait le FLN algérien : en tant que mouvement de libération nationale qui doit attaquer à la fois un ennemi extérieur, aujourd’hui Israël et hier la France, et un ennemi intérieur, dans le cas palestinien les « capitulards » de l’OLP tout comme hier les messalistes du MNA et les harkis. Avec cette différence fondamentale qu’à la Gaza Firm on prend la pose, place de la République, en brûlant un drapeau israélien mais aussi en brandissant des drapeaux français. C’est au fond logique : la tribune Auteuil est celle de la France « black, blanc, beur » et la Gaza Firm est très proche d’Égalité et Réconciliation, l'association dirigée par Alain Soral qui prône une alliance patriotique entre les « Français de branche » d’origine arabo-musulmane ou africaine et les Français « de souche ».

Action de rue d'un côté, combat idéologique de l'autre


Or dans la communauté nationale telle que la rêve cette mouvance, il y a de la place pour tous dans la « maison France », sauf pour les Juifs.  Qui est le leader de la Gaza Firm ? Au vu des images de la manifestation interdite de Barbès, ce pourrait bien être, marchant en serre-file du groupe, celui qui se fait appeler « Mathias Cardet », Français d’origine africaine à l’itinéraire singulier. Dans les années 90 il est une figure des bandes de « Zoulous », une tribu urbaine qui prône le Black Power. Il se fait une réputation comme "chasseur de skins", de skinheads d’extrême-droite s’entend et bat le pavé parisien avec les Black Dragons. En 2011 volte-face : en publiant son livre « Hooliblack », distribué par les soraliens de Kontre-Kulture, il se définit comme  « hooligan, noir et patriote ».

En 2013 nouveau livre, “La grande imposture du Rap”, publié par Kontre-Kulture en partenariat avec les éditions Blanche. Un spécialiste de littérature érotique, habitué des incursions dans « l’antisionisme radical » puisqu’on lui doit le best-seller de Soral « Comprendre l’Empire » et en 2003 le pamphlet d’Israël Adam Shamir », « L'autre visage d'Israël ». La thèse de Cardet ? Le Rap serait un genre musical mis sur orbite par les juifs qui tiennent l’industrie américaine du disque pour abrutir les Afro-Américains. En 2013 et 2014, Cardet a beaucoup « tourné » en province pour des conférences avec Alain Soral et la pasionaria Farida Belghoul. Officiellement la Gaza Firm réfute tout lien avec quelque mouvement politique que ce soit, notamment avec Egalité et Réconciliation. Mais l’hypothèse d’une division des tâches entre les deux groupes, action de rue d’un côté, combat idéologique de l’autre, n’est pas impossible. l
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