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28 Mai 2020 | 5, Sivan 5780 | Mise à jour le 28/05/2020 à 09h56

1er jour de Chavouot : 21h25 - 22h48

Rubrique Culture/Télé

«The leftovers», nouvelle série prodige du créateur de «Lost»

Margaret Qualley et Justin Theroux. Crédit photo : HBO

Qui dit été aux Etats-Unis dit nouvelles séries. Parmi les nombreuses productions, une œuvre se détache par sa radicalité. Il s’agit de « The leftovers », créée par Damon Lindelof à qui l’on devait déjà la mythique « Lost ». Analyse.

Damon Lindelof est un homme courageux. Après une saison finale de sa série « Lost » qui avait largement fait grincer les dents des fans inconditionnels, tant les réponses apportées aux énigmes soulevées les ont laissés sur leur faim, le scénariste se lance dans une nouvelle aventure à la dimension énigmatique assumée. Nulle crainte de décevoir, quand après sa Bar-Mitsva, on côtoie volontairement les populations défavorisées du Melting-pot américain.

Reprenant la trame du roman « Les disparus de Mapleton » de Tom Perrotta (crédité comme co-créateur au générique), « The leftovers » postule la disparition de 2% de la population mondiale en un seul jour, le 14 octobre. Plutôt que de directement chercher la cause de ce ravissement de 140 millions de personnes, la série commence trois ans plus tard et s’attache à montrer les conséquences de leur absence dans le quotidien de leurs proches. Si dans « Lost », Damon Lindelof s’intéressait au passage entre notre monde et un éventuel Au-delà, dans « The leftovers », il se focalise sur ceux qui restent ». Indéniablement, il est question de deuil et de la façon que certains ont de le surmonter ou de vouloir s’y enferrer.




Foi dans le désespoir 

Justin Theroux, pivot de l’intrigue, campe le shérif Kevin Garvey dont la famille part en déliquescence depuis ce fameux jour. Outre l’absence de sa femme, la rébellion adolescente de sa fille qui masque sa tristesse dans les excès, la fuite de son fils dans une étrange communauté, il doit faire face à l’émergence d’une étrange secte qui rencontre de vives oppositions chez les habitants de Mapleton. Vêtus de blanc, ne communiquant qu’en écrivant sur du papier, et fumant cigarette sur cigarette, les « Guilty remnants » (« ceux qui restent sur leur culpabilité ») semblent n’avoir foi que dans le désespoir.

Cette foi dans le néant, qui se traduit paradoxalement dans la pureté de leur silence et de leurs vêtements, est l’un des éléments les plus troublants de la série. Un saint nihilisme ? Voilà qui aura de quoi décontenancer les plus rationalistes des téléspectateurs !


Addictif 

De fait, « The leftovers » bouleverse par les déplacements moraux qu’elle opère, comme si l’équilibre social après le jour du grand ravissement ne pouvait se maintenir qu’au prix d’une réorganisation des valeurs. Pour ce faire, le rythme des épisodes, lent, permet de cerner au plus près les mécanismes de cette refonte axiologique. Les amateurs d’action échevelée pourraient donc passer leur chemin. Pourtant, cette série est aux prises avec un matériau intime qui touchera chacun.

Décrivant les âmes quand la conscience intime du temps a été envahie par le deuil, elle montre avec pudeur la douleur de vies dont le déroulé ne ressemble désormais qu’à un sablier qu’on retourne sans cesse et sans but une fois que son ampoule supérieure a achevé de se vider dans son ampoule inférieure. L’interprétation, de Justin Théroux jusqu’à la trop rare Liv Tyler, emporte. L’ensemble, aérien, qui fait fi des barrières entre réel, rêve et délire, est magnifié par la musique lancinante composée par Max Richter. Renouvelée pour une deuxième saison, « The leftovers » parvient à dévoiler la mélancolie en soubassement de notre époque. Addictif et d’ores et déjà inoubliable. 


« The leftovers ». Le dimanche soir sur HBO aux Etats-Unis. En France, le lundi à 21h35 sur OCS City.
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