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20 Octobre 2021 | 14, Heshvan 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

Comment le Hamas a financé sa guerre contre Israël

La législation financière internationale ne joue pas en faveur du Hamas, depuis qu’il a été classé comme terroriste par les Etats-Unis puis par l’Europe. Aujourd’hui la route est parfois tortueuse pour qu’un dollar trouve le chemin d’un coffre du Hamas. Mais il y arrive encore.

Il ne leur restait plus qu’à parcourir quelques centaines de mètres avant d’arriver enfin à leur destinataire. Rangés soigneusement dans un attaché-case, les dollars américains qui accompagnaient Mohammed Al-Ghoul, chef des finances du Hamas à Gaza, avaient sans doute dû affronter mille et une péripéties avant d’arriver dans les rues de Gaza city. 
   
D’abord contre les lois antiterroristes qui commencent à s’appliquer plus durement aux banques. En témoigne l’ouverture d’un procès contre l’Arab Bank à New York, accusée d’avoir aidé à distribuer de l’argent aux familles de kamikazes du Hamas en guise de compensations. A cause d’elles, il devient de plus en plus difficile de transférer de l’argent à une association ou une entreprise en lien avec le Hamas. Et puis, il y a les tunnels de moins en moins nombreux. Et le terminal de Rafah fermé par l’armée du Général Al-Sissi, et les eaux territoriales de Gaza bloquées par la marine israélienne. A croire que l’argent est devenu indésirable à Gaza.
   
Pour certains observateurs, c’est même ce manque de liquidités qui aurait poussé le Hamas à relancer les hostilités contre Israël cet été. L’organisation aurait voulu faire pression sur l’Egypte pour rouvrir le terminal de Rafah, afin que l’argent puisse enfin circuler et qu’il puisse payer ses 40.000 fonctionnaires en rogne, car en attente d’un salaire depuis trop longtemps.
   
Peut-être ces dollars que transportait Al-Ghoul étaient-ils destinés à payer les fonctionnaires ou à reprendre la construction de tunnels. A moins qu’ils ne fussent destiner à payer la dernière traite de la maison d’un cadre du Hamas en bordure de la Méditerranée, à l’image du palace d’Ismaïl Hanyeh détruit par l’aviation israélienne il y a quelques semaines. 
   

Utilisation d’associations de bienfaisance pour faire transiter de l’argent à Gaza

Mais on ne le saura sans doute jamais. La berline qui transportait le chef des finances du Hamas a croisé le chemin d’un missile de précision de l’aviation israélienne, et comme dans un film hollywoodien, les dollars qu’il transportait se sont envolés en fumant dans la rue de Gaza-City qu’il traversait. Et Al-Ghoul a rejoint d’autres cadres du Hamas  récemment éliminés par l’armée israélienne.
   
Mais d’où venaient ces dollars ? Peut-être provenaient-ils du Qatar ? Terre d’accueil de Khaled Meshaal, chef du Hamas de l’extérieur, et grand financier du Hamas, le Qatar avait promis de reconstruire Gaza à hauteur de 400 millions de dollars après l’opération Plomb durci. Il semble se servir du Hamas pour devenir un acteur et un facilitateur diplomatique incontournable.
   
Peut-être sortaient-il de la poche d’Erdogan ? La Turquie est le deuxième grand soutien diplomatique et financier du Hamas. Défendre Gaza, donc le Hamas, s’est s’assurer une popularité dans le monde arabo-musulman de premier plan, et espérer s’asseoir à la table des négociations avec les grands acteurs diplomatiques, tels les Etats-Unis.
   
Peut-être arrivait-il d’un coffre iranien ? Pour les mêmes raisons que la Turquie, l’Iran souhaite poser sur la photo avec le Hamas pour des raisons diplomatiques. Mais en soutenant le Hamas sunnite, l’Iran chiite montre aussi au monde arabe qu’il peut être un leader unitaire.
   
Mais le Hamas est également un producteur de richesse. Le Shin-Beth révélait en mai dernier avoir arrêté Mahmoud, « acteur de haut rang à l’étranger pour le compte du Hamas », sur le pont Allenby. Ce dernier, qui fait partie du Conseil de la Choura dirigé par Khaled Meshaal à la tête des décisions politiques et militaires, aurait fait quelques révélations intéressantes durant son interrogatoire sur la manière dont le Hamas ramasse des fonds. Le groupe terroriste dirigerait ainsi plusieurs groupes civils et des entreprises à l’étranger, principalement en Arabie Saoudite (Times of Israel) et dans d’autres pays du Golfe.
   
Il a également expliqué comment le Hamas, roi des rebelles dans le monde arabe, se sert d’associations de bienfaisance pour faire transiter de l’argent à Gaza et à ses partisans en Judée-Samarie. Ou encore comment se servir d’une opération immobilière, par exemple la construction d’une mosquée à Tulkarem financée par l’Arabie Saoudite, pour permettre à Riyad de transférer à peu près 200.000 dollars au Hamas. Il existe également des organisations tel le « Forum des entreprises palestiniennes » dont l’objet est le développement économique des Territoires qui ont été créés par des membres du Hamas pour drainer de l’argent à l’organisation terroriste.
   
Mais la finance internationale connaissant une fringale de transparence, et la volonté de lutter contre l’argent du terrorisme étant de plus en plus marquée, jusqu’à quand des dollars pourront-ils arriver en berline jusqu’à Gaza city ? 
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