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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Israël/Hamas : Les nouveaux conflits du Moyen-Orient

Exécution par le Hamas en place publique à Gaza de Palestiniens accusés d’avoir collaborer avec Israël. capture d’écran youtube

L'ancien porte-parole de Tsahal, Olivier Rafowicz, analyse pour Actualité Juive les évolutions géopolitiques auxquelles doit faire face Israël au Moyen-Orient.

Le conflit israélo-arabe depuis ses débuts s’est transformé avec le temps pour devenir un conflit entre l’islamisme et le monde libre. Si, dans le passé, les ennemis majeurs d’Israël étaient des pays arabes comme l’Egypte de Nasser, ou de Sadate à Kippour 1973, la Syrie de Hafez El Assad, l’Irak de Saddam Hussein ou la Libye de Kadhafi, depuis maintenant une quinzaine d’années, avec un processus qui s’accélère, les entités étatiques face à Israël ont été et continuent d’être remplacées par des groupes terroristes, des armées terroristes telles que le Hamas à Gaza ou le Hezbollah au Liban et maintenant l’Etat islamique qui règne sur une grande partie de l’Irak et de la Syrie.

Le changement fondamental d’identité de l’ennemi rend de plus en plus compliquée la gestion de crise sécuritaire entre l’Etat d’Israël et ces ennemis qui aiment se fondre dans les populations civiles et ne pas apparaître en uniformes ou en tant que forces armées.

Cela complique du début à la fin l’idée de victoire claire et décisive pour des Etats comme Israël, qui eux combattent avec une armée régulière des types d’ennemis qui préfèrent s’appeler mouvements de résistance, d’opposition, parti de Dieu ou Etat islamique.
   
Il y a dans toutes les démocraties qui se battent pour leur liberté et leur sécurité des responsables qui réfléchissent à non pas seulement comment se commence ce conflit mais surtout comment il se termine.
Lorsqu’un Etat comme la France, par exemple au Mali, ou les USA en Irak, ou Israël face au Hamas, entament les hostilités, même si c’est une action défensive et non offensive au départ, il faut réfléchir non pas au début du conflit mais comment se conclura l’affrontement pour déterminer quels seront les acquis et les bénéfices politiques qu’en tirera l’Etat.
   
Pour être plus clair, aucune guerre ne se mène pour faire la guerre. La guerre ou l’action militaire étant la  continuation de la politique par des voies violentes pour obtenir en fin de compte des acquis politiques.
   
Or, nous voyons de plus en plus se développer de nouveaux types de conflits qui deviennent le conflit type, surtout au Moyen-Orient quand des Etats souverains locaux, ceux de la région ou lointains, engagent des forces et des moyens militaires non pas contre des Etats en tant que tels mais contre des forces militaires organisées en tant que milices, groupes armés non étatiques, tous assujettis à un chef de guerre, en anglais « war lord » tout puissant, régnant sur ses membres par la terreur et par l’idéologie fanatique islamiste intégriste, qu’elle soit sunnite ou chiite.
   
La difficulté aujourd’hui pour les USA face à l’armée de l’Etat islamique d’Abou Bakr al-Baghdadi ou pour Israël face à Khaled Mechaal du Hamas est de définir qu’est-ce que la victoire ?
   
Face aux USA ou face à Israël, ces armées terroristes ont développé une stratégie militaire et politique extrêmement sophistiquée qui provoque de véritables crises de prises de  décisions pour les Etats et complique ce que je vais nommer “le jour d’après”.

Le Hamas, par exemple, qui s’est préparé à cette guerre contre Israël depuis 2009, sait que Tsahal est bien plus puissant que lui au niveau militaire.
   
Donc il va engager les hostilités contre Israël non pas pour vaincre Israël au niveau militaire mais pour obtenir des acquis politiques même en sachant que militairement il n’est pas une véritable menace pour l’Etat d’Israël. 
Comment cela fonctionne ?

D’abord, les dirigeants de l’aile militaire du Hamas, les Brigades Azzedine al Qassam avec le soutien de l’Iran et du Qatar, ont préparé la stratégie des tunnels pour frapper par des actions terroristes ponctuelles des localités civiles et des points militaires aux abords de la Bande de Gaza.
    
Cette stratégie de creuser des tunnels d’attaques a fait partie d’un grand plan pour créer une menace permanente qui obligera à un moment donné Israël à réagir. 
   
Le Hamas a préparé un appât pour attirer Israël dans une confrontation armée à un moment ou un autre, le timing étant choisi par l’élément le plus faible, ici le Hamas.
   Ensuite, le Hamas a construit toute une propagande au niveau local et au niveau international pour promouvoir l’idée que la bande de Gaza est totalement dépendante et fermée par Israël, ce qui est faux puisque l’Egypte impose aussi un blocus dans le sud et seul le Hamas peut et devra à un moment ou un autre par des moyens militaires « sauver » la bande de Gaza du blocus.
   
Propagande qui a excessivement bien marché de par le monde qui a oublié que le Hamas était un régime intégriste islamiste prônant la destruction de l’Etat d’Israël en tant qu’Etat juif et voulant l’instauration d’un califat islamique avec la charia comme loi sans aucune liberté d’expression ni pour les opposants politiques ni pour les autres religions.
   

« Le Hamas est un régime intégriste islamiste qui prône la destruction d’Israël et veut l’instauration d’un califat islamique avec la charia comme loi. »

Le Hamas a réussi à faire oublier son étiquette et son appartenance à une mouvance intégriste islamiste pour être perçu comme le représentant du peuple palestinien de Gaza et même du peuple palestinien tout court (au grand dam de Mahmoud Abbas).
   
Enfin, le Hamas en amenant Israël vers un processus de négociations, voire de cessez-le-feu négocié, même par intermédiaire, obtient une reconnaissance internationale qu’il n’avait pas auparavant.
   
Il place Israël au banc des accusés en tant que grande puissance régionale utilisant de manière « disproportionnée » sa force contre des gens plus faibles que lui avec des moyens militaires « limités » dans la bande de Gaza, et en cachant volontairement ses hommes armés des caméras de télévision du monde entier et  même des caméras israéliennes qui ont du mal à montrer les terroristes armés du Hamas ou du Djihad islamique.
   
De plus, le Hamas a réussi au niveau international à ce que le conflit s’appelle Gaza. 
   
Gaza est le nom générique du conflit entre l’Etat d’Israël et les terroristes du Hamas qui font oublier au monde entier que des centaines de milliers d’Israéliens ont été touchés psychologiquement, physiquement et certains mortellement par les tirs du Hamas qui ont attaqué Israël jour et nuit.
   
Dans la conscience collective du monde, Gaza est la victime. Le Hamas fait partie de ses victimes et Israël sort de ce conflit meurtri, affaibli sur la scène internationale même si militairement le Hamas et le Djihad islamique ont subi des coups extrêmement durs.
   
Face à ce nouveau type de conflits, Israël doit et devra repenser non pas seulement sa stratégie militaire mais sa stratégie médiatique et politique pour trouver de nouvelles réponses à ces nouveaux défis.
   
Le danger, politique et communication, n’est pas moindre que le problème sécuritaire à moyen et long terme. L’opération « Protective Edge » est une victoire militaire claire face au terrorisme, mais n’en restera pas moins un point de réflexion pour l’avenir qui s’annonce de plus en plus complexe dans une région de plus en plus dangereuse.
   
Face à de tels ennemis, Israël agissant en  état de légitime défense devra compter avec une propagande ennemie de plus en plus sophistiquée, diabolique et perverse. 
   
Cette guerre était une guerre juste et légitime qui n’a malheureusement pas réussi, à cause de cette propagande, à être perçue comme telle. 
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