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20 Octobre 2021 | 14, Heshvan 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Communauté

Israël: Comment les enfants vivent avec le traumatisme de la guerre

Ilan, 11 ans, a été confronté à l’épreuve du miklat. Crédit photo : DR

Un billet de Nadine Schpigel, psychothérapeute.

« En visitant la famille cet été, j’ai rencontré les voisines dont les jeunes enfants ont souffert de la menace de roquettes ainsi que la découverte de la présence de tunnels terroristes souterrains durant l’opération Bordure Protectrice. Le fait d’être exposé à une accumulation d’événements traumatiques répétés dans le temps représente un traumatisme complexe. Les sirènes à répétition, l’anticipation des alertes, le qui-vive des parents, les délais très courts pour courir dans les abris exacerbent les peurs infantiles… 
   
Pour certains enfants, s’éloigner de leur mère est angoissant, même pour aller dans une autre pièce. Nombreux font des cauchemars. Les images de guerre vues en permanence font que les enfants sont complètement absorbés par le discours des adultes et sont comme des éponges, ils ressentent l’angoisse des adultes de manière décuplée. En tant que thérapeute, cette expérience a été nouvelle. Comment aider les enfants à retrouver un sentiment de paix et de sécurité dans ce contexte menaçant ?
   
Je vous livre quelques lignes de cette expérience nouvelle et difficile puisque je suis restée un mois complet en Israël. Au fil du temps, j’ai proposé quelques exercices simples aux enfants : respirer profondément, meilleur moyen pour libérer les endomorphines, dessiner ou jouer, utiliser de la pâte à modeler… Quand les adultes référents perdent pied, j’ai proposé aux enfants la thérapie EMDR comme alternative pour prévenir ou atténuer les traumatismes et le stress post-traumatique. EMDR est l’abréviation de Eye Mouvement Desensitization and Reprocessing, signifiant en français Mouvement oculaire de désensibilisation et de retraitement des informations négatives. EMDR a fait l’objet de nombreuses études scientifiques qui ont démontré son efficacité, notamment dans le traitement de stress post-traumatique. 
     
En 2002, Francine Shapiro a reçu le prix Sigmund Freud. En présence du thérapeute et des parents, nous pouvons reconstituer dans un premier temps le ou les récits des souvenirs effrayants, les visualiser, les dessiner, les verbaliser. Ilan, 11 ans, raconte la première fois qu’il a été confronté à la sirène. « Je dormais profondément. L’alerte a retenti et maman m’a tiré fort par les pieds pour me traîner au miklat ». Pour Eve, 8 ans : « Nous étions à la plage, la sirène a retenti et nous avons eu très peur. J’avais peur de perdre de vue mes sœurs ». Pour E. enfin. « Mon cœur battait, le bruit des sirènes résonne encore, j’ai encore mal à la tête ! ». 


La thérapie EMDR comme alternative

Dans un deuxième temps, entre deux alertes, il est important de retrouver le calme, la sécurité intérieure, nous associons un mot inducteur de bien-être. Et trouvons ensemble avec l’enfant « le lien sûr » induisant un état de bien-être physique ou psychophysiologique agréable et de l’ancrer dans son corps (le lieu sûr, pour les enfants très jeunes sont les bras de leur mère). Il s’agit d’un moment de recentrage et de ressourcement. Les enfants ont été longtemps confinés dans des espaces sécurisés et fermés pendant les congès scolaires et ils ont besoin de se représenter le mouvement ou la motricité : les lieux de baignade ou encore un toboggan sont souvent évoqués.
   
Enfin toutes les techniques psycho-thérapeutiques sont efficaces sur les enfants à partir du moment où ces derniers expriment leur ressenti et leurs peurs. Cet été 2014 a pris une tournure inhabituelle, ce qui a été pour moi une expérience a été pour la population une difficile épreuve et je suis prête à aider les enfants à reprendre leur place d’enfants et les soldats traumatisés à se projeter plus aisément dans l’avenir. 
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