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04 Juin 2020 | 12, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Nasso : 21h31 - 22h56

Rubrique France/Politique

Djihad: Comment la France veut faire la guerre aux apprentis djihadistes

Guillaume Larrivé et Bernard Cazeneuve. Crédit photo : DR

La lutte contre le terrorisme va prendre une nouvelle ampleur avec l’examen d’un projet de loi contre l’enrôlement sur Internet et des mesures d’interdiction de sortie du territoire.

Au moment même où Paris accueillait une conférenceinternationale sur la sécurité de l’Irak et de coordination de la lutte contrel’Etat Islamique, le ministre de l’Intérieur présentait en ces termes àl’Assemblée nationale un projet de loi visant à renforcer la lutte contre leterrorisme : « À ceux et à celles qui songent au départ, […] je veux direqu’ils commettent une erreur funeste et une faute irréparable. Parce que leursdouleurs, leurs frustrations ou leur quête de sens ne trouveront aucuneréponse, aucun exutoire, dans l'anéantissement des plus faibles qu'eux. Parceque leur patrie, quelles que soient leurs origines, c'est la France ».
On estime en effet à près d’un millier le nombre de Françaissur les théâtres d’opérations djihadistes, et d’autres seraient prêts à lesrejoindre. La tentation djihadiste surfe sur un marketing viral impressionnantd’efficacité et a su jouer de sa compétence sur les réseaux sociaux. Devenupoint névralgique du Djihad, Internet fera l’objet de mesures préventivespouvant conduire à des poursuites pénales. Le projet de loi prévoit tout d’abord le blocageadministratif des sites faisant l’apologie du terrorisme, et les éditeurshébergeant ces sites seront mis en demeure de retirer tout contenu incriminé.La radicalisation de « loups solitaires » est en effet un sujet d’inquiétudeévident en France depuis les attentats perpétrés par Mohamed Merah et MehdiNemmouche. Ce projet de loi avait d’ailleurs été présenté en Conseil desministres à peine un mois après la tuerie du musée juif de Bruxelles.

La traque sur Internet sera étendue
Plus encore, la recherche sur Internet de sites « provoquantdirectement à la commission d’actes terroristes ou en faisant l’apologie »deviendra l’un des éléments constitutifs d’une nouvelle incrimination, celle «d’entreprise individuelle terroriste ». L’article 421-2-1 du Code pénalprévoyait jusqu’à dix ans de réclusion pour toute personne appartenant à ungroupe formé en vue d’accomplir un acte terroriste. Avant même de commettren’importe quel acte, une telle entreprise collective était pénalementrépréhensible.
  Le projet de loi présenté le 15 septembre étendra cetterépression aux individus seuls. En plus de la consultation de sites illégauxsur le terrorisme, c’est le fait de détenir des armes et/ou explosifs quiqualifiera l’entreprise individuelle terroriste. La traque des potentielsdjihadistes sur Internet sera donc étendue. Il est à noter que le Conseilnational du numérique a rendu un avis négatif sur le projet de loi.
  Pour les candidats au départ vers les zones de conflits oùles djihadistes sont impliqués, des interdictions de quitter le territoiredurant six mois seront prises en cas de « crainte sérieuse » et pourront mêmese voir priver de leurs passeports mais aussi de leurs cartes nationalesd’identité. Pour les mineurs, plus impliqués sur les réseaux sociaux, desmesures entravant leur départ peuvent déjà être prises à la demande desparents. On apprenait d’ailleurs ce lundi qu’une adolescente de 14 ans, quiavait exprimé sa volonté de rejoindre la Syrie, avait été retrouvée à Liège enBelgique après avoir disparu du domicile familial depuis le 18 juillet dernier. L’espace Schengen est bien sûr visé, puisque lesdispositions de cette loi constituent des restrictions très nettes à la libertéde mouvement qui y est instauré. La Turquie, porte d’entrée principale vers ledjihad mené par l’Etat Islamique, est aussi visée, puisque les Européenspeuvent s’y rendre avec leur seule carte d’identité.
 Toutefois, le projet de loi prévoit évidemment des recourscontre ces confiscations, et un récépissé sera délivré aux personnes privées deleur(s) pièce(s) d’identité.
 Si l’extrême-gauche devrait s’abstenir de voter, leprojet de loi sera soutenu par un large consensus. Pour Guillaume Larrivé,député UMP co-rapporteur du projet, « face au terrorisme, nous avons un devoird’unité et un devoir d’efficacité ». Quitte à limiter certaines libertés. PourBernard Cazeneuve, « c’est une funeste erreur à présenter comme liberticide, aunom de la défense des libertés publiques, la volonté de la démocratie de seprotéger des terroristes qui s’acharnent à porter atteinte à ces libertés mêmes». Dilemme sans fin.
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