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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

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Rubrique Moyen-Orient/Monde

Etat islamique-Al Qaïda: nouveau duel sur la planète djihadiste

Le combat armé au nom de l’islam radical entre avec l’EI dans une nouvelle ère. Crédit photo : DR

L’organisation d’Al Baghdadi s’est imposée comme la principale force djihadiste de la planète.

L’Etat islamique est en passe de réussir involontairement un tour de force : réunir sous une même bannière Occidentaux et Arabes, sunnites et chiites, décidés à faire plier les troupes du chef Abou Bakr Al Baghdadi. « Nous allons affaiblir et, in fine, vaincre l’Etat islamique » déclarait le 5 septembre un Barack Obama volontiers martial, en marge du sommet de l’OTAN de Newport, au Royaume-Uni. Comment un mouvement connu des seuls spécialistes du Moyen-Orient il y a six mois à peine s’est imposé comme le symbole d’un djihad d’un nouveau genre ? Quels moyens privilégier pour « vaincre » un groupe-Etat classé ennemi numéro un aussi bien par les Etats-Unis, l’Iran que par – ironie suprême - Al Qaïda ?
   
Pour percer les secrets de l’EI, Daesh en arabe, il faut retenir une date, un homme et une révolution avortée. 20 mars 2003. George W. Bush déclenche la seconde guerre d’Irak. Le régime de Saddam Hussein s’effondre, mais le conflit transforme le pays en centre de gravité du djihad international, à côté de l’Afghanistan contrôlé également par l’US Army. C’est sur ce terrain que prospère Abou Moussab Al Zarqaoui, porte-drapeau d’Al Qaïda en Irak, et adversaire résolu des chiites de retour au pouvoir. 

Jusqu’à son élimination en 2006 par une frappe américaine, c’est dans son ombre que va se former Al Baghdadi, alias Ibrahim Awwad Ibrahim Ali al Badri. Les deux hommes se seraient connus en Afghanistan, à l’époque sous la coupe des Talibans du mollah Omar, alliés d’Oussama Ben Laden.
   

Ménagé par Assad, l’EI se pose en rival d’Al Qaïda

Lorsqu’il prendra la tête en 2010 de l’Etat islamique en Irak, la relève d’AQI, Al Baghdadi cherchera à tirer les leçons de l’échec de l’insurrection djihadiste en Irak. Secret et très méfiant, Abou Bakr Al Baghdadi va structurer les bases de sa future expansion en nouant des relations directes avec de richissimes « bienfaiteurs » islamistes avides de soutien au djihad. 
   
Mais c’est incontestablement le pourrissement de la  guerre civile syrienne, démarrée en 2011, qui va offrir un formidable coup d’accélérateur aux ambitions d’Al Baghdadi. Soucieux de diviser la rébellion à son régime et de convaincre la communauté internationale du péril djihadiste posé par ses adversaires, Bachar El Assad ménage l’EIL. Le groupe devient en avril 2013 « l’Etat islamique en Irak et au Levant » et prend le dessus sur les autres groupes insurrectionnels. 

Les tensions se multiplient entre l’EIIL, jusqu’ici cantonné à l’Irak, et le Front Al Nosra, groupe lié à Al Qaïda et auquel Al Baghdadi avait pourtant contribué à la naissance en Syrie. Elles obligeront bientôt Ayman Al Zawahiri, le successeur de Ben Laden, à tenter une médiation. Le verdict est sans appel : les troupes de l’EIIL doivent se retirer de Syrie. Une décision qui restera sans effet. 
   
Malgré quelques revers, l’EIIL a déjà échappé à Al Qaïda et Al Baghdadi se sent prêt à défier Zawahiri. Au fur et à mesure de l’année 2014, à coups d’incursions fulgurantes, l’EIIL parvient à prendre le contrôle de zones entières à cheval sur la Syrie et l’Irak. Les lignes frontalières tracées par l’accord Sykes-Picot en 1916 disparaissent sous l’effet des coups de boutoir des colonnes de blindés, des lanceurs anti-chars et des véhicules Humvee dérobés par l’EIIL lors de la prise de Mossoul, au nord de l’Irak, en juin dernier. Le « califat » de l’Etat islamique est né. 
  
 
Icône du « djihad 2.0 », Al Baghdadi menace les États du Golfe comme les pays occidentaux

Gardant en mémoire les erreurs de son ancien mentor, Al Baghdadi noue des alliances avec les anciens baasistes et une partie des sunnites d’Irak, marginalisés par la politique sectaire du gouvernement chiite de Nouri Al Maliki. Dans l’idéologie mâtinée de wahhabisme du leader terroriste, les chiites demeurent abhorrés comme à l’époque de Zarqaoui, les minorités soumises au choix entre la conversion et la mort.
   
Mais l’organisation sait aussi se présenter en véritable puissance administrative. L’EI offre des services à la population, lance des travaux de construction. Elle s’appuie pour cela sur des revenus provenant des prélèvements de « droits de passage », de la contrebande de pétrole et de pièces d’antiquité, et des caisses de la Banque centrale de Mossoul où environ 450 millions de dollars ont été dérobés. Des ressources qui pallieront aux désistements tardifs des pays du Golfe, devenus méfiants face à l’expansion de l’EI. Les pressions américaines pour mettre un terme aux « facilités » offertes au groupe d’Al Baghdadi ne sont pas également étrangères à ces revirements.
   
Cette inscription territoriale et étatique de l’Etat islamique apparaît comme un phénomène radicalement nouveau qui rompt avec le précédent Al Qaïda, simplement « accuelli » en Afghanistan par les Talibans. Al Baghdadi, décidé à sortir de l’ombre, se pose désormais en nouvelle icône du djihad 2.0. Des vidéos au style léché et à la barbarie sans pareille sont déversées sur les réseaux sociaux. Le combat armé au nom de l’islam radical entre avec l’EI dans une nouvelle ère. 
   
Le prolongement de la guerre syrienne et le sectarisme du gouvernement chiite de Nouri Al Maliki ont en effet transformé ces deux pays en abcès de fixation de la colère des sunnites du Moyen-Orient et de jeunes musulmans ou néo-convertis occidentaux, radicalisés par le flux inépuisable de la propagande de l’EI. L’Arabie Saoudite, l’Egypte, la Jordanie redoutent de subir demain la concurrence idéologique des ouailles d’Al Baghdadi qui pourraient déstabiliser ces pays riches mais à l’assise sociale souvent fragile. 
   
Quant à l’Europe, elle voit poindre le danger du « retour à la maison » d’esprits fanatisés et aguerris au maniement des armes. Car dans le djihad 2.0, pensé par l’ex-lieutenant de Ben Laden, Abou Moussab Al Souri, l’aventure collective sur le front n’est qu’une étape d’un combat que les fedayins devront    ensuite mener, seuls, sur le sol des impies. 
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