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11 Août 2020 | 21, Av 5780 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Chabbat Réé : 20h49 - 21h58

Rubrique Communauté

P’tit Dej’ Exclusif avec le Grand rabbin de France Haïm Korsia

Haïm Korsia: «Il y a deux choses absolument interdites : utiliser les enfants contre le conjoint et utiliser la religion pour opprimer son ex-épouse.»

Crédit photo : Erez Lichtfeld

Actualité Juive débute l’année 5775 par le traditionnel « P’tit déj’ ». Instauré par mon époux Serge Benattar (ZaL) voici 23 ans, c’est un exercice auquel les Grands rabbins de France Yossef Haïm Sitruk et Gilles Bernheim s’étaient prêtés avec enthousiasme, s’adressant à l’ensemble de la communauté à l’orée des fêtes de Tichri. Entretien exclusif apprécié de toute notre rédaction, des lecteurs et des responsables communautaires, cette tradition qui nous est chère se perpétue aujourd’hui avec Haïm Korsia, notre tout nouveau Grand rabbin de France.

Actualité juive : Vous serez, si Dieu le veut, Grand rabbin de France lors des prochaines échéances présidentielles. Seriez-vous d’accord pour rencontrer Marine Le Pen ?

Grand rabbin Haïm Korsia : La nature réside certes dans la discussion. Je crois cependant que parfois, le dialogue n’est pas possible. La Bible nous raconte que Moïse a discuté avec Pharaon jusqu’au moment où ce dernier a dit « je n’ai plus rien à te dire ». Quand l’idée que l’on se fait de la France est tellement opposée à celle que certains portent, les échanges deviennent impossibles. Il serait dangereux de laisser penser que le Judaïsme pourrait, de près ou de loin, cautionner telle ou telle proposition du FN. Si Moïse a dit aux Hébreux « n’ayez pas peur », c’est parce que la tentation de la peur est permanente. Or, justement, le judaïsme porte l’idée de ne pas avoir peur du futur. C’est sans doute l’un des messages prioritaires du Grand rabbin de France aujourd’hui, tant à la communauté juive qu’à l’ensemble de la société : « n’ayez pas peur ».


A.J . : Dans bon nombre d’écoles juives, le taux de départ en Israël de jeunes après le bac, aux États-Unis  ou ailleurs, avoisine, voire dépasse les 50%. Quelle analyse faites-vous de cette fuite des forces vives de la communauté et ses conséquences sur la      relève des cadres communautaires ?

 H.K. : Cela ne m’inquiète pas véritablement, beaucoup de départs sont la conséquence d’une croissance économique bien plus vive en Israël. Cela nous oblige toutefois à chercher ailleurs nos fidèles. Les rabbins et le Consistoire doivent aller chercher les 40 à 60% de Juifs éloignés du monde communautaire. Le réservoir est énorme. Les forces vives partent ? Allons à la rencontre de ceux qui ne se sentent pas chez eux dans la communauté.


A.J. : Quant à ceux qui restent et mènent des études supérieures, ils rencontrent des difficultés lorsque leurs examens tombent à chabbath…

H.K. : Un rapprochement des filières est désormais en marche ; cela suppose moins d’examens et donc moins d’examens le Chabbat. Qui plus est, l’université ne se décide plus qu’au niveau français. L’Europe et le classement de Shanghaï demandent de s’adapter pour accueillir des étudiants étrangers et leur offrir la liberté qu’ils peuvent connaître ailleurs. Bien sûr, l’obstination « laïcarde » de certains professeurs peut poser problème, tandis que la laïcité est le respect de la religion de chacun. Quand un professeur dit à un élève « si cela ne vous plaît pas d’être présent chabbath, retournez dans votre pays » alors que le pays de cet élève est justement la France, c’est un scandale ! Il y a une forme d’abrogation de citoyenneté qui est inadmissible. Dans les semaines qui ont suivi mon élection, le président Joël Mergui et moi-même avions rendu visite au ministre de l’Education (Benoît Hamon à l’époque ndlr) qui avait parfaitement compris nos problématiques. Nous ferons si vous le voulez bien, le bilan de cette question en fin d’année universitaire.


"Je ne supporte pas l’humiliation que l’on fait subir à certains en phase de conversion"



A.J. : Avez-vous l’intention de faire évoluer la législation, ou du moins, l’encadrement en matière de divorce ?

H.K. : Les règles fonctionnent en général très bien. Je suis un homme de règles. Si celles-ci sont respectées, tout doit donc très bien se passer. Les braver, c’est courir à la catastrophe. Georges Braque disait :  « J’aime la règle qui corrige l’émotion ». C’est sans doute aussi une belle définition du judaïsme. En hébreu, cela s’appelle la  « Halakha ». Tant que nous restons dans la Halakha, nous sommes protégés. On ne peut pas traiter ces moments de déchirements familiaux à la légère.


A.J.: N’y aurait-il pas des choses à faire en amont ?

H.K. : Quelques cas problématiques ne peuvent jeter le discrédit sur tout le monde. Entre gens de bonne compagnie, on doit faire en sorte que la règle s’applique. La Conférence des Rabbins Européens (CER) a fait des propositions de bon sens que l’on doit pouvoir appliquer et qui, dans les faits, s’appliquent déjà pour la plupart. Nous travaillons par ailleurs actuellement sur un texte, un engagement moral écrit préalable au mariage. Bien sûr, signer un engagement avant le mariage, quand tout va bien, ne garantit pas qu’on se trouvera ensuite avec quelqu’un qui respectera sa parole. L’ensemble de la société doit donc manifester sa désapprobation envers un mari qui ne donne pas le guet, quels que soient les torts de l’un et de l’autre. Il y a deux choses absolument interdites : utiliser les enfants contre le conjoint et utiliser la religion pour opprimer son ex-épouse.


A.J.: Certains des produits présents sur la liste du Rav Wolff contiennent du Lactosérum, composant dont  la cacherout, pour le grand rabbin  de Paris Michel Gugenheim est « plus que sujette à caution »…

 H.K. : C’est bien pour cela que nous avons besoin d’un Av Beth-Din au Consistoire de Paris. « Dans le cas où se trouveraient opposées deux opinions, une troisième viendra résoudre l’apparente contradiction », explique Rabbi Ishmaël. Le Av Beth-Din aura également pour mission de régler les problèmes qui se posent parfois dans les cas de conversions. Je ne supporte pas l’humiliation que l’on fait subir à certains.


La suite de l'interview à retrouver dans le numéro 1315 d'Actualité Juive, en kiosque depuis le 1e octobre ou sur Relay.com


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