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19 Septembre 2019 | 19, Elul 5779 | Mise à jour le 18/09/2019 à 17h43

Rubrique France/Politique

La démocratie est-elle soluble dans l'islam(isme)? Par Shmuel Trigano

Shmuel Trigano Professeur des Universités (DR)

La tribune du sociologue Shmuel Trigano.

François Hollande avait déclaré devant le Parlement tunisien sa certitude que "l'islam était soluble dans la démocratie", à l'unisson de plusieurs dirigeants des démocraties occidentales (Cameron, Obama, etc.) qui, à chaque attentat commis au nom de l'islam, répètent ce credo comme un mantra magique qui en dit long sur leur démission face au réél. Mais ce véritable article de foi de la politique occidentale pose-t-il la bonne alternative? A la lumière du phénomène de l'"Etat islamique" et de la guerre mondiale menée contre lui par ces mêmes dirigeants, l'affirmation semble en effet devoir être retournée. La démocratie sera-t-elle soluble dans l'islam(isme)? Telle est la question.

La création du "Califat" représente en effet une menace inédite et gravissime pour la démocratie dont il est l'ennemi absolu. Dans la mesure où, en renouvelant une autorité mythique, inscrite au fond du messianisme islamique (retour à l'âge d'or de l'islam du prophète), il en appelle à l'obéissance de tous les musulmans où qu'ils se trouvent, en vertu du commandement du Jihad, parfaitement et clairement inscrit dans le Coran, il devient en effet un facteur de dissidence et de guerre dans tous les pays où des communautés musulmanes sont installées. Les attentats terroristes qui commencent à se multiplier montrent la potentialité que n'importe où, n'importe quand un islamiste resté anonyme peut sortir de chez lui pour égorger, tuer, massacrer, accomplir son meurtre rituel salvateur qui lui ouvre la porte du salut (1) . Il n'y a aucun moyen de contrer ces éventualités dans un Etat démocratique - et c'est d'ailleurs ce qu'exploitent les islamistes - d'autant que le Califat a la suprême ruse de faire commettre ces massacres par des Occidentaux récemment convertis à l'islam et dont l'acte inaugural est le jihad. Ainsi la menace est-elle "naturalisée" et devenue anonyme, surgissant des entrailles mêmes de la société occidentale.

On ne peut qu'être d'accord (malgré leur inefficacité) avec les mesures d'urgence et d'exception adoptées pour faire face aux terroristes "retour de Jihad" (confiscation de passeport, empêchement de quitter le territoire) mais elles sont significativement non démocratiques. Avec l'extension prévisible de cette situation, c'est l'aveu que seul un pouvoir fort et un régime d'exception pourraient relever le défi. 


« Le Califat a la suprême ruse de faire commettre ces massacres par des Occidentaux récemment convertis à l'islam.» 

Société ouverte, Etat de droit, liberté des individus ne sont possibles que sur la base d'une confiance et d'un accord sur les fondamentaux de la société. En d'autres temps, on appelait celà le "contrat social". Or, pour des raisons historiques, ce contrat n'a jamais été passé avec l'islam (en amont de l'islamisme). Le CFCM aurait pu fournir l'occasion d'intégrer l'islam dans le pacte social, mais il n'y eut aucun homme d'Etat digne de ce nom pour assortir cette création de la réforme et de la clarification nécessaires. C'était la condition fondamentale pour que "l'amalgame" ne soit pas fait avec l'islamisme et pour éviter que chacun se prenne à soupçonner son concitoyen musulman, arabe ou non, en y voyant un meurtrier en puissance.

Ce pacte, juifs et chrétiens ont dû le passer et se réformer sous le diktat de l'empereur Napoléon 1er qui imposa à leurs religions une réforme cultuelle et juridique, aux termes de laquelle les Juifs, convoqués en "Grand Sanhédrin" en 1807, durent renoncer officiellement, religieusement, juridiquement (halakhiquement) à leur stature politique et collective et confessionnaliser leur foi, au terme d'un véritable siège. Quel président européen, surtout les "néo-théologiens" de l'islam, aura l'audace de poser aux musulmans les questions posées aux Juifs.

Parmi 12 questions: "Une juive peut-elle se marier avec un chrétien et une chrétienne avec un juif? Ou la loi veut-elle que les juifs ne se marient qu'entre eux?" (3), "aux yeux des Juifs, les Français sont-ils leurs frères ou sont-ils des étrangers?" (4), "Dans l'un et l'autre cas quels sont les rapports que leur loi leur prescrit avec les Français qui ne sont pas de leur religion? (5), "Les Juifs nés en France et traités par la loi comme citoyens français regardent-ils la France comme leur patrie? Ont-ils l'obligation de la défendre? Sont-ils oblégés d'obéir aux lois et de suivre toutes les dispositions du Code civil?" (6), "qui nomme les rabbins?" (7), " quelle juridiction de police exercent les rabbins parmi les Juifs? Quelle police judiciaire exercent-ils parmi eux?"(8), "ces formes d'élection, cette juridiction de police judiciaire sont-elles voulues par leur loi, ou seulement consacrées par l'usage?" (9) C'est en fonction de leurs réponses positives à ces questions que l'entrée des Juifs dans la citoyenneté en 1791 fut confirmée et rendue possible. Il doit en être de même pour l'islam mais n'est-ce pas déjà trop tard car, si le problème pouvait être réglé en amont, pourra-t-il l'être en aval, là où nous sommes aujourd'hui?


(1) Dans la mesure où les Juifs sont l'"animal rituel" de choix pour le sacrificateur islamiste, le danger est pour eux majeur.



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