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28 Novembre 2021 | 24, Kislev 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

EXCLUSIF. Reportage à Lunel dans la mosquée qui voit la main des Juifs partout

Conversation et ambiance tendues à l’extérieur de l’enceinte de la mosquée de Lunel. (A.M.)

Quatre jeunes de cette ville de l’Hérault ont été tués en Syrie. Parmi eux, un étudiant d’origine juive converti à l’islam. Ambiance tendue dans l’importante communauté musulmane.

C’était l’endroit où il ne fallait surtout pas être avec une carte de presse ou une caméra. A la mosquée de Lunel, petite ville héraultaise de 25 000 habitants située à 25 km à l’est de Montpellier, au lendemain de la révélation de la mort des quatre djihadistes tués en Syrie, les responsables du culte ont fait profil bas. Mais n’ont pas oublié, vendredi dernier, de réciter pour eux une prière aux morts. Mot d’ordre : le silence. Absolu. Avec cette affiche placardée à l’entrée, en guise d’avertissement : « L’Union des musulmans de Lunel dément toute supposition ou rumeur affirmant que la mosquée serait à l’origine ou abriterait une quelconque filière djihadiste dont la destination serait le conflit syrien ou tout autre conflit. » Plus loin dans ce communiqué : « L’union des musulmans de Lunel souhaite adresser ses sincères condoléances aux familles des défunts. »

Ces quatre jeunes, âgés de 18 à 30 ans, fréquentaient pourtant cette mosquée, à la réputation sulfureuse. « Ils n’avaient vraiment pas l’air d’être des radicaux. Ils étaient intégrés, avaient du boulot. Venaient en jeans et baskets. Pas le genre à porter la djellaba », raconte l’un des fidèles qui les connaissait. Avant de se faire interrompre – brutalement - par un coreligionnaire : « Arrête de parler, tu ne sais pas que les journalistes sont des sionistes ? » Un responsable de l’Union des musulmans de Lunel revient à la charge, se saisissant de l’appareil photo : « Vous partez maintenant ! » La conversation se poursuit à l’extérieur de l’enceinte. Tendue. Un fidèle est menacé. Il vient de dire : « L’imam a sa part de responsabilité. Que vous le vouliez ou non ! Ses prêches en arabe, personne n’y comprend rien. Il ne fait que parler comme si on vivait il y a 1400 ans… Faut pas s’étonner que des jeunes partent. Il faudrait le virer. Quand le prof est mauvais, on voit les résultats… » Le ton monte, en français et en arabe. Les invectives fusent : « Tu oses critiquer notre imam ? Tu es en train de servir les médias tenus par BHL, Goldnadel et les autres, avec tes propos. Ce sont des sayanim au service du Mossad. » A côté, un jeune, vêtu d’un kamis, et arborant une petite barbe en collier : « Tu veux quoi ? Qu’il dise que les chiites sont nos frères ? »


"BFM Rotschild TV et I-Tel-Aviv TV"

La mosquée de Lunel, lieu de tous les fantasmes, de toutes les fanfaronnades, comme lorsqu’il y a un mois, à contre-courant d’autres mosquées, on y avait refusé d’honorer la mémoire d’Hervé Gourdel, décapité. Fantasmes d’un de ses responsables, fier devant les médias. Pas téméraire pour autant, ne donnant que son prénom : Hocine. Ce dernier racontait alors « ne pas pouvoir empêcher que quelqu’un parte pour la guerre sainte », évoquant, pour toute excuse, « la main de la CIA derrière le soi-disant Etat islamique ».

L’Etat islamique, on ne l’évoque pas chez les fidèles radicalisés. L’un des amis de ces quatre jeunes indique que ceux-ci « sont en fait partis pour  des actions humanitaires ». L’un d’eux aurait déjà voyagé « pour aider les populations » au Soudan. « Je vais vous raconter leur histoire, raconte ce jeune homme. Ils sont partis en Turquie et ont passé la frontière syrienne aussi facilement que lorsque vous allez en Espagne chercher vos clopes. Et ils ont été enlevés par l’Armée syrienne libre qui les a mis en première ligne. C’est l’armée de Bachar qui les a flingués. » Avec un argument tournant en boucle dans la bouche de cet ami : « Avouez que c’est quand même mieux que de partir à Gaza tuer des Palestiniens. C’est pas vos médias sionistes qui raconteront ça. » Exemple de cette logorrhée : « On voit débarquer BFM-Rothschild TV et I-Tel-Aviv TV à la mosquée. On ne les voit pas à la sortie des synagogues qui, elles, financent l’armée du Mossad (sic). »


Raphaël Amar, un CV impressionnant pour un parcours déstructuré

Il y a pourtant, à les entendre, les bons et les mauvais juifs. Exemple avec ce djihadiste tué : Raphaël Amar, 22 ans à peine, jeune homme récemment converti à l’islam et dont le père est juif et la mère catholique. « Quelqu’un de vraiment bien », s’accorde-t-on à dire. Un étudiant en informatique modèle, avec un CV impressionnant. A en croire son mur Facebook toujours actif, relique d’une vie pour le moins déstructurée, Raphaël aimait à la fois l’antisioniste Michel Collon (proche d’Alain Soral), les bar-mitsvah ou encore la moussaka. Une ligne sur son CV indique qu’il a étudié aux Emirats arabes unis. Son père, pour l’instant « en pleine période de deuil », ne souhaite pas communiquer. Toujours sur son mur Facebook, il a mis un “like” à la page « l’islam, de vraies histoires qui peuvent changer ta vie ». Pour le coup, sa vie a été radicalement changée ; il l’a perdue.

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