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11 Décembre 2017 | 23, Kislev 5778 | Mise à jour le 10/12/2017 à 13h04

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Reconnaissance par la France d'un Etat palestinien: enquête sur les dessous du vote

Le vote devrait avoir lieu le 28 novembre à l'Assemblée nationale (Crédit: Assemblée nationale)

L'Assemblée nationale le 28 novembre, suivi par le Sénat le 11 décembre: retour sur un débat qui agite le milieu politique français.

On s’est fait rattrapé mardi parla brutale accélération de l’histoire. Celle qui balaie les destins individuels et engage les protagonistes sur des chemins imprévisibles. Mardi à Har Nof, sur les hauteurs de Jérusalem Ouest, quatre hommes ont été tués un livre de prières à la main, au côté d’un policier. En transformant une synagogue en champ de bataille,les deux terroristes du Front populaire de libération de la Palestine ont déplacé encore un peu plus l’affrontement sur le terrain religieux.

Certains matins, l’effroi peut vous saisir un téléphone à la main. L’attaque de Jérusalem occupe déjà tous les écrans, de la télévision aux tablettes. La photo indescriptible du corps d’un homme gisant au sol, et dont le visage est caché par son talith, encerclé par une mare de sang, circule sur Twitter. Un court message attire vite l’attention. « Jérusalem l’horreur du terrorisme qui facilite encore l’inversion et la confusion des effets et des causes #occupation #impunité #injustice ». 148 signes glaçants. L’auteure du tweet se nomme Nathalie Goulet, une sénatrice de l’Orne remarquée pour ses appels réguliers à la désescalade avec le régime iranien. La prise de position,se voulant balancée, tranche avec la condamnation sans ambiguïté de François Hollande,dénonçant « l’odieux attentat ». 


Infléchir la ligne Hollane/Valls

Ces dernières semaines, le conflit israélo-palestinien a discrètement fait son retour sur l’agenda politique français. La France doit-elle reconnaître l’Etat de Palestine ? « Un vote de l’Assemblée nationale française […] serait un acte politique fort ». Ce 15 octobre, c’est Benoît Hamon qui sonne la charge le premier, associé à deux autres membres de la commission des Affaires étrangères de l’Assemblée nationale, Gwenegan Bui et François Loncle. Deux jours plus tôt, le Parlement britannique a voté une motion en ce sens ; fin octobre, c’est le gouvernement suédois qui reconnaîtra officiellement l’Etat palestinien.  « A l’approche du congrès du parti, prévu en juin 2015, la gauche du PS souhaite infléchir la ligne Hollande/Valls sur Israël pour peser sur le vote des militants plutôt pro-palestiniens » analyse un bon connaisseur des arcanes socialistes, ancien membre d’un cabinet ministériel.

L’opération « Bordure protectrice » de cet été a en effet réveillé l’activisme de jeunes élus décidés à durcir la position socialiste à l’égard d’Israël : Razzy Hammadi, député de Seine-Saint-Denis, Alexis Bachelay, député des Hauts de Seine, ou encore Pouria Amirshahi. Né en Iran, cet élu des Français d’Afrique du nord et de l’Ouest dénonce régulièrement le gouvernement de Benyamin Netanyahou en des termes définitifs. Il incarne cette nouvelle génération de socialistes pour qui l’amitié franco-israélienne, portée au sein du parti depuis Guy Mollet, n’est plus un impératif catégorique.


Convergences et lobbying

En parallèle de cette mobilisation socialiste, destinée initialement à faire pression sur le couple exécutif, la gauche de la gauche s’active. Deux propositions de résolution sur la reconnaissance par la France « de l’Etat palestinien » (pour la première version) ou « d’un Etat palestinien » (pour la seconde) sont déposées au Sénat, le 23 octobre par Europe Ecologie les Verts, suivi cinq jours plus tard par le Front de Gauche. Les deux textes se retrouvent dans leur condamnation sans réserve de la politique israélienne, accusée de tous les blocages.

Certains socialistes, comme Pouria Amirshahi, espèrent aboutir à un « texte commun » à l’ensemble de la gauche. Des convergences idéologiques que favorisent des échanges réguliers entre certains élus. Le 7 novembre, l’Institut des relations internationales et stratégiques (IRIS), dirigé par Pascal Boniface mais présidé depuis décembre 2013 par…Pouria Amirshahi, accueillait ainsi une conférence organisée par l’Association France-Palestine Solidarité, avec le parrainage d’Esther Benbassa, sénatrice EELV qui porte la résolution en faveur de l’Etat palestinien. Son thème : « colonisation et occupation israéliennes : les conséquences sur l’environnement et la santé en Palestine »…

Dans les coulisses, une intense bataille de lobbying se joue entre les deux camps. Des courriers sont adressés aux élus, des rencontres s’organisent discrètement. Côté israélien, l’ambassade approche les chefs de groupe parlementaire socialistes, Bruno Le Roux et Didier Guillaume. A l’UMP, Luc Chatel, secrétaire général du parti, Jean-Pierre Raffarin, récemment élu à la tête de la commission sénatoriale des Affaires étrangères, ou le président du Sénat Gérard Larcher sont également consultés. On souligne qu’un vote favorable, à la portée purement symbolique, renforcera la frustration et affaiblira le statut d’intermédiaire de la France entre Israéliens et Palestiniens. « Nous expliquons à nos interlocuteurs que ce vote sera interprété à Jérusalem comme quelque chose de coordonné par l’exécutif français » confie à Actualité Juive Tzvi Tal, ministre plénipotentiaire de l’ambassade d’Israël en France.


Le Quai, Mitterrrand et Badinter 

En fait, les Israéliens ne sont pas les seuls à être gênés aux entournures par l’initiative socialiste. Certains élus socialistes, comme Armand Jung et François Pupponi, respectivement président et vice-président du groupe d’amitié France-Israël de l’Assemblée,insistent en interne pour amender un texte unilatéralement favorable aux Palestiniens. La présidente de la Commission des affaires étrangères de la chambre basse, Elisabeth Guigou, est chargée d’accorder les violons socialistes. « Le fait que cette tâche ait été confié à Mme Guigou veut dire qu’on recherche une ligne commune dans laquelle puissent être reflétées les positions de Laurent Fabius » assure Zvi Tal. Le ministre des affaires étrangères, qui avait évoqué à la mi-octobre une reconnaissance par la France –entendez le gouvernement – d’un Etat palestinien « le moment venu »,a reçu d’ailleurs le 5 novembre une dizaine de parlementaires socialistes. « Au niveau du timing, le Quai est plutôt réservé » indique le diplomate israélien.

Alors que le parlement espagnol reconnaissait mardi l’Etat de Palestine, le texte socialiste, toujours encore en cours de discussions devait être déposé en fin de semaine pour être voté le28 novembre à l’Assemblée, puis le 11 décembre au Sénat. Il devrait trouver aisément sa majorité, bien que l’UMP envisage « à ce stade » de nepas participer au vote, notamment pour un « problème de constitutionnalité ». On évoque une probable référence au fameux discours de François Mitterrand à la Knesset en 1982 appelant de ses voeux un futur« Etat palestinien ».



Invité à réagir sur le sujet dimanche dernier à la radio, Robert Badinter, ministre de la Justice emblématique du président socialiste, rappelait, sceptique, que lorsqu’ « il y a reconnaissance,il faut qu’elle soit réciproque ». Le carnage d’Har Nof a livré la réponse des radicaux palestiniens. 

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