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20 Octobre 2021 | 14, Heshvan 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Communauté

Interview

Grand Rabbin de France Haïm Korsia : « Nous n’avons pas à choisir entre deux fidélités »

"Nous engager pour rebâtir cette France qui faisait rêver le monde entier comme un phare de confiance et de sérénité" (Crédit : Erez Lichtfeld)

Une série d’événements marquera prochainement les vingt ans de la disparition du grand rabbin Jacob Kaplan. Le grand rabbin de France, auteur d’une biographie de Jacob Kaplan, donnait le mercredi 26 novembre au Centre communautaire de Paris une grande leçon à son sujet.

Actualité juive : Votre intervention intitulée « Résistance, libération, reconstruction » a résumé symboliquement l'itinéraire biographique de Jacob Kaplan dans ce siècle. Une vie à l'image de son engagement militaire ?

Haïm Korsia : Il y a chez le grand rabbin Kaplan une réconciliation entre l'espérance portée par le judaïsme et ce qu'incarne la France, celle qui combat pour des valeurs humanistes, symbole dans le monde de liberté, d'égalité et de fraternité. Il parle de double fidélité : ce peut être une autre lecture de la devise du Consistoire ‘Religion et Patrie’ qui nous pousserait à nous engager pour rebâtir cette France qui faisait rêver le monde entier comme un phare de confiance et de sérénité.

A.J. : Ouverture, dialogue et fermeté, substitution de l’enseignement de l’estime à celui du mépris sont des constantes, fut-ce la clé de la libération des enfants Finaly ?

H.K. : Oui, car dans la résolution de l'Affaire Finaly, ces enfants certes sauvés de la barbarie nazie mais enlevés par des religieuses après la guerre afin de ne pas les rendre à leur famille juive, il y avait de la confiance. Jacob Kaplan avait tissé des liens forts dans la Résistance avec le cardinal Gerlier, archevêque de Lyon, et Germaine Ribière, Juste parmi les Nations qui ira en Espagne récupérer les enfants. C'est lorsque Jacob Kaplan a placé l'Eglise face à sa responsabilité devant la France que la solution a été trouvée. Mais il fallait beaucoup de courage et de confiance. En l'Eternel, en la France, en certains de ses partenaires catholiques.

A.J. : Jacob Kaplan comprit qu’après la guerre, la reconstruction de la communauté passait par une nouvelle éducation. Quel modèle prescrivait-il ?

H.K. : Il a suivi la tradition juive : croire toujours en la force de l'éducation et de la transmission, ce qu'avait fait le maître du Talmud en fondant la maison d'étude de Yavné après la destruction du Temple.

« La force de l’éducation et de la transmission »

A.J. : Ses écrits étaient des hymnes au judaïsme. L'écriture constituait-elle pour Jacob Kaplan une forme de résistance?

H.K. : Oui parce que les mots sont « une épée de lèvres ». (Psaume 149, 6).

A.J. : Jacob Kaplan fut un défenseur inconditionnel d’Israël dans un contexte républicain parfois tendu. A-t-il changé la vision de certains politiques sur Israël et les juifs ?

H.K. : Incontestablement et, en particulier, la vision que pouvait avoir De Gaulle. Il a réglé définitivement la scandaleuse formule de « double allégeance » pour établir le fait que nous n'avons pas à choisir entre deux fidélités.

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