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16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

Le procès Lee Zeitouni vu de l'intérieur

La famille de Lee Zeitouni mercredi au Palais de Justice de Paris (Capture d'écran YouTube Itélé)

L’affaire Lee Zeitouni a pris fin hier, après 3 années de démarches judiciaires, de bruit, de flou, et de pleurs.

 Eric Robic le conducteur du 4x4 BMW X6, qui a percuté Lee Zeitouni le 16 septembre 2011 à Tel-Aviv, et son passager, écopent de prison ferme. Menottes aux poignets, Robic a quitté la 10e chambre du tribunal pour rejoindre directement la cellule qui l’accueillera pour les 5 années à venir. Le procureur avait demandé 6 ans pour homicide involontaire aggravé et non-assistance à personne en danger. La femme de Claude Khayat, elle, ne comprend pas pourquoi ses proches ont l’air soulagé à la lecture du verdict. Le Président vient pourtant d’envoyer son mari derrière les barreaux pour 15 mois coupable de non-assistance à personne en péril.

« Ne t’inquiètes pas, on est bien, t’as pas compris ? C’est 15 mois sans mandat de dépôt. En France, quand tu prends moins de 5 ans sans mandat de dépôt tu ne fais pas de prison ». Avec sa carrure de déménageur, ses sourcils épais, mais avec une voix étonnamment douce, ce proche lui explique la chose suivante : les prisons françaises étant déjà surpeuplées, on y incarcère en priorité  les « peines lourdes », celles qui dépassent les 5 ans. Les autres continuent de gambader. Parfois toute leur vie.


Tête brûlée

Peu avant, ce même homme expliquait qu’il était « entre les deux camps » : « je suis en famille avec lui, dit-il en désignant l’un des accusés du menton. Mais, vraiment, on a de la peine pour la famille de la petite ». Un autre proche, sosie de l’acteur Venantino Venantini dans Les Tontons flingueurs ajoute d’une voix qui dévoile ses origines israéliennes : « oui, c’est triste ». « Mais ce n’est qu’un accident de circulation » ajoute-il, en regardant avec tristesse la famille Zeitouni, puis le banc des accusés sur lequel Eric Robic est assis menotté. Il ne veut pas voir son proche comme un tueur, mais plutôt une tête brûlée que la vie a décidé de sanctionner.

C’est justement le sens que Me Goldnadel a voulu donner à sa plaidoirie. Prouver que Eric Robic n’a pas accéléré sur un coup de tête, que rouler à plus de 100km/h dans une rue limitée à 50, soul et probablement drogué comme la reconnue son avocate, n’est pas un coup de folie. Mais plutôt, dans le cas précis de cet homme là, un mode de vie. « Nous ne jugeons pas un homme qui aurait appris, par exemple, que sa femme le trompait, et qui aurait bu, et qui désespéré aurait roulé imprudemment ». Me Goldnadel évoque un comportement d’habitude, un cynisme vis-à-vis du danger, mais écarte « une fatalité ».

Ce qui se joue ici, ce sont les circonstances aggravantes qui alourdiront ou non la peine, pas leur culpabilité. Car les deux hommes prévenus ont plaidés coupables, ils ont contacté la justice trois jours après leur retour précipité en France en septembre 2011. Trois circonstances  aggravantes ont été retenues : vitesse, respect du feu rouge, et délit de fuite. L’alcool a été écarté par le juge instructeur. Comme l’instruction a débuté plus d’un an après les faits, aucune preuve matérielle n’a pu être présentée lors du procès. Restent les écoutes téléphoniques et les déclarations des prévenus. Grâce à  elles, Gilles-William Goldnadel tente de donner à cette circonstance aggravante une seconde vie.


Israël, un Etat qui a laissé derrière lui « les valeurs de liberté des kibboutz des années 60 » selon l'une des avocates de la défense

Mais à quoi bon. Maitre Cotta, conseil de Robic ne reviendra même pas sur les conclusions des parties civiles. Elle admet tout dit-elle. Tout, sauf le battage médiatique autour de cette affaire, cette pression « insupportable du gouvernement israélien », la manipulation dont la famille Zeitouni aurait été victime, parce qu’on lui a fait croire à la possibilité d’une extradition… Elle même dit avoir été la cible de pressions. De qui provenaient-elles ? Dans quel but la famille Zeitouni aurait-elle été instrumentalisée ? Elle ne le précise pas. Peut-être n’y a-t-il d’ailleurs rien à préciser. Elle prend tout de même la peine de féliciter Roy Peled, le fiancé de Lee, pour la mobilisation qu’il a su susciter en Israël. Elle implore ensuite les magistrats de ne pas succomber à la pression, notamment d’un Etat qui a laisser derrière lui « les valeurs de liberté des kibboutz des années 60  (sic) ». Elle félicite les magistrats pour « la liberté, l’indépendance » qu’ils ont su conserver alors que l’affaire fut évoqué par Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères à cette époque, et que Carla Bruni par courrier a assuré aux Zeitouni son soutien.

Le président regarde Me Cotta de ce même air impassible qu’il a arboré durant tout le procès. Pression ou pas, indépendance ou non, il a tranché. « Cette peine de 5 ans, c’est tout à fait dans la jurisprudence française, commente une avocate. En Israël pour les même faits, la moyenne est de 14 ans d’emprisonnement ». Les yeux de la famille Zeitouni sont gagnés par les larmes, on se prend dans les bras silencieusement. Apparemment sans colère.  

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