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14 Avril 2021 | 2, Iyyar 5781 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique France/Politique

Dominique Reynié, politologue : « Comment peut-on dire que le sentiment antisémite est en recul ? »

Crédit photo : Francois BOUCHON/Le Figaro

On ne présente plus le politologue Dominique Reynié dont la Fondapol vient de mener une enquête très contestée, notamment par sa collègue Nonna Mayer, sur l’antisémitisme en France. Il revient pour Actualité Juive sur la polémique.

Actualité Juive : Que montre votre sondage ?

Dominique Reynié : L’existence de quatre foyers d’antisémitisme dans l’opinion française. Par ordre d’importance : un bloc autour du FN, un autre composé de Français musulmans, un troisième lié au Front de gauche, et un dernier autour des personnes qui accordent leur crédit aux réseaux sociaux et sites de partage de vidéos plutôt qu’aux médias classiques ou aux sites d’informations. Le sondage a montré que la pratique religieuse chez les musulmans les porte à défendre et éprouver des sentiments négatifs vis-à-vis des juifs.



A.J. : Votre étude a pourtant fait polémique. 

D.R. : Les sciences humaines ont l’habitude de considérer la variable religieuse, on en connaît la force explicative depuis longtemps. C’est un classique. Je ne pense pas que les remarques soulevées par Nonna Mayer soient fondées. Elle ne nous a pas fait de critique idéologique, mais, de mon point de vue, elle s’est trompée. D’autres articles ont en revanche réagi idéologiquement, voulant voir une stigmatisation des musulmans. Or, le premier travail du spécialiste des sciences sociales, c’est d’observer le réel. Si on s’interdit de mesurer ou de publier des résultats parce qu’ils heurtent un préjugé idéologique, il ne faut plus faire ce métier. Dans une partie de la science sociale en France, il y a une espèce de réticence à admettre que l’on puisse mesurer, dans des catégories considérées comme politiquement dominées, des opinions qui suscitent la désapprobation. Déjà dans les années 1950-60, on savait que le monde ouvrier était plus xénophobe, raciste et antisémite que la moyenne, mais on en parlait pas ou peu car cela contredisait la figure idéalisée d’une classe ouvrière vertueuse, progressiste et glorieuse. 



A.J. : Mais le sentiment antisémite n’est-il pas différent de l’antisémitisme en actes ?

D.R. : Nous sommes partis des actes antisémites. Personne n’en conteste l’existence et l’augmentation ; mais alors, comment peut-on dire que les opinions négatives à l’égard des juifs sont en recul ? Nous sommes partis des faits : l’assassinat de Ilan Halimi, les massacres perpétrés par Merah et Nemmouche, les manifestations aux slogans antisémites, les attaques de synagogues. Dans les faits, la violence progresse du fait de minorités déterminées.

Dès 2004, le rapport Ruffin commandé par Dominique de Villepin, évoquait l’hypothèse d’un nouvel antisémitisme venant d’une certaine extrême gauche et de jeunes issus de l’immigration. Pourquoi n’a-t-on pas vérifié depuis ? Du point de vue de la connaissance et de l’action publique, il faut vérifier les hypothèses qui font sens. Il est nécessaire de poser ces réalités et les donner à voir afin de trouver des solutions pour faire reculer ces opinions catastrophiques.

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