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18 Décembre 2017 | 30, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

Islam de France: le new deal de Nicolas Sarkozy. Par Shmuel Trigano

Le sociologue Shmuel Trigano, auteur de "15 ans de solitude. Les Juifs de France 2000-2015", à paraître le 11 février (DR)

Le billet du sociologue Shmuel Trigano.

L'intervention de Nicolas Sarkozy au Journal télévisé de Fr2, le mercredi 21 janvier 2015, pourrait ouvrir la voie à une nouvelle donne dans la discussion politique sur la situation actuelle.

Elle tranche sur l'impasse qu'entraîne le discours sur le "pas d'amalgame" et la mise en garde contre l'islamophobie. Il est assez fascinant, en effet, de constater qu'après chaque attentat islamiste l'attention ne va pas aux victimes ni au fait lui même mais au souci d'une islamophobie potentielle. Et c'est bien ce qui s'est passé en France au lendemain du 11 janvier. A nouveau, pour ce qui nous concerne, l'antisémitisme émanant de l'islam mondial, dans lequel la France est immergée par le biais des télévisions satellitaires, fut éludé et les Juifs français n'intéressèrent les médias que parce qu'ils pourraient partir pour Israël, ce qui fut la plupart du temps l'occasion d'une réprobation à peine voilée - au moment même des cérémonies devant l'Hyper Cacher.

En affirmant que la question qu'il fallait poser maintenant n'était plus de savoir ce que la République pouvait faire pour l'islam mais ce que l'islam pouvait faire pour la République, Nicolas Sarkozy a posé les vrais termes du débat. Il a évoqué à ce propos un épisode du passé, le Sanhédrin et le Concordat napoléoniens, qui régirent l'entrée du judaïsme et du christianisme dans l'ordre politique d'après l'Ancien Régime, à l'époque de l'"Empire des Français", en suggérant que la même chose devrait se produire pour l'islam.


Renoncer à l'effectivité de la Sharia sur le plan civil et politique

J'avais publié en 2003 un livre intitulé La démission de la République. Juifs et musulmans de France (P.U.F.) qui proposait la même chose. Ce qui fut demandé aux deux religions en ce début du 19è siècle, fut surtout de renoncer à toute ambition politique, à toute allégeance à d'autres entités que l'Etat. Il est bien évident que c'est le problème central, pas seulement de l'islamisme (qui s'attaque clairement à l'Etat), mais de l'islam tout court, surtout depuis la prétention du pseudo "Etat islamique" à l'autorité califale, c'est à dire au statut de "commandeur des croyants" sur un plan mondial et donc français.

Ce n'est pas là une question théorique mais très pratique. Elle est même brûlante. Pour que l'amalgame ne se fasse pas, l'islam français doit officiellement, déclarativement et solennellement entreprendre une réforme théologique redéfinissant les aspects de son credo, notamment les dispositions concernant son rapport aux autres, et renoncer à l'effectivité de la Sharia sur le plan civil et politique, de la même façon que les Juifs durent renoncer aux dimensions civiles et politiques de la Halakha et les chrétiens à celles du droit canon.

Tel est le besoin du système politique français, centraliste dans son essence même, qu'on le regrette ou pas. Il y a là une donne structurelle de la réalité, si l'on choisit de vivre en France. Et il y a le choix.

 

Au-delà des déclarations d'intention

Cependant, la question qui se pose est de savoir si cela est encore possible. Sarkozy lui même a raté son coup, en créant un CFCM de bric et de broc, une création qui aurait dû être l'occasion d'un tel tournant. Et où trouvera-t-on un Napoléon au pouvoir suffisamment convaincant pour contraindre les musulmans comme ce fut le cas pour Juifs et chrétiens? Et où est l'Etat suffisamment puissant pour imposer une réforme, alors que la France dépend d'une Union Européenne dont ce n'est pas du tout la politique? Enfin, les musulmans français sont-ils prêts à une telle révision déchirante qui acclimaterait l'islam à la démocratie, ce qui n'est pas le cas actuellement, contrairement à ce que proclame François Hollande, tout simplement parce que cette religion n'a pas été partie prenante à ce cheminement historique vers la modernité qui a commencé au début du 19è siècle? Ce ne sont pas des déclarations d'intention qui sont nécessaires mais des actes juridiques et dogmatiques.

Autant de questions qui restent sans réponses. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que la citoyenneté ne peut être un supermarché de droits. Elle implique des devoirs.

 

*À partir d'une chronique sur Radio J le vendredi 23 janvier 2015

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