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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Obama/Netanyahou: les coulisses d’un clash

Crédit photo : DR

La polémique autour du prochain discours du Premier ministre israélien devant le Congrès américain ravive les tensions entre les deux administrations.

« Nous pensions avoir tout vu. Mais Bibi a réussi à nous surprendre. Il y a des choses que l’on ne peut tout simplement pas faire. Il nous a craché au visage publiquement et ce n’est pas une manière de se comporter. » Ainsi s’exprimait, en off, un membre de l’administration démocrate la semaine dernière. C’est dire l’intensité de la secousse tellurique qui agite depuis dix jours la relation israélo-américaine, après l’annonce de la prochaine venue de Binyamin Netanyahou devant le Congrès américain, finalement fixée au 3 mars pour coïncider avec la réunion annuelle du lobby pro-israélien AIPAC. Le 3 mars, soit précisément quatorze jours avant les prochaines élections législatives en Israël qui verront le candidat du Likoud briguer un quatrième mandat pour peut-être égaler le record de longévité à la tête de l’exécutif toujours détenu par son illustre prédécesseur David Ben Gourion.

Ce passage devant le Congrès – le 3e depuis le début de sa carrière, soit autant que Winston Churchill – favorisera-t-il son succès devant les urnes ? Selon un dernier sondage de Stat-Net pour la chaîne Aroutz 2, le Likoud serait devancé (23 sièges) par le Camp sioniste, mené par le duo Yitzhak Herzog-Tzipi Livni (26 sièges), même si M. Netanyahou demeurerait favori pour le poste de Premier ministre avec 44,5% d’opinion favorable. Et cela sans compter sur l’effet probable du discours devant les élus américains, en anglais de surcroît, un exercice dans lequel l’ancien ambassadeur d’Israël aux Nations unies a montré son brio. « J’irai partout où je serai invité pour faire entendre la position d’Israël et pour protéger son avenir et son existence » a déclaré le chef du gouvernement israélien en réponse à la polémique en cours. 


L'influence de l'ambassadeur Ron Dermer

Les modalités de l’invitation, voilà précisément ce qui agite les chancelleries et les médias des deux nations alliées. C’est bien le « Speaker » John Bohner, le président républicain de la Chambre des représentants, qui a proposé au Premier ministre israélien de s’exprimer devant le Congrès, informant au mieux très tardivement l’exécutif américain. Principal interlocuteur de M. Bohner et n’hésitant pas à jouer des rivalités partisanes américaines, l’ambassadeur d’Israël aux Etats-Unis Ron Dermer a joué un rôle considérable dans la planification de cette visite hautement politique, en veillant à tenir à distance l’administration américaine qui le considère depuis quelques mois comme persona non grata. Un autre homme exerce en coulisses le rôle de « go-between » entre républicains et Israéliens : Sheldon Adelson, ami personnel de M. Netanyahou et généreux donateur du Grand Old Party. Barack Obama a même confié devant des parlementaires locaux, non sans un brin d’ironie, « comprendre les pressions des donateurs » en faveur de nouvelles sanctions contre l’Iran, une allusion probable à M. Adelson. 


Revirement d’élus démocrates sur l’Iran

Le président américain a clairement tracé sa ligne rouge sur ce sujet lors de son dernier discours de l’Union, le 20 janvier, laissant entendre qu’il mettrait son veto à un projet qui « irait à l’encontre des initiatives diplomatiques ». On touche là au cœur de la crise qui accroît une nouvelle fois le fossé entre Obama et Netanyahou. Les révélations sur l’opposition du Mossad à de nouvelles mesures punitives, qui ont contraint le chef de l’agence en personne, Tamir Pardo, à publier un démenti, ont probablement été confiées par l’administration américaine à Bloomberg pour mettre en difficulté la partie israélienne. Plusieurs élus démocrates proches d’Israël et souvent circonspects devant la position de leur administration sur le dossier iranien, comme Dianne Feinstein ou l’ancienne Speaker Nancy Pelosi, ont en outre peu goûté au dernier « coup » du Premier ministre israélien, regrettant la tenue d’un discours dans de telles circonstances. Mardi, nouveau coup de théâtre. Le sénateur démocrate Robert Menendez, pourtant l’un des co-auteurs de la résolution en faveur du renforcement des sanctions contre l’Iran, a annoncé qu’il ne voterait pas en faveur de ce texte avant la date butoir intermédiaire du 24 mars, une échéance fixée par la communauté internationale pour trouver un accord politique avec l’Iran. « Netanyahou devrait se souvenir que le président Obama a encore un an et demi de mandat, et cela aura un coût » expliquait le conseiller cité plus haut : la menace est entrée à exécution. Et cela pourrait bien n’être que le début.

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