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13 Décembre 2017 | 25, Kislev 5778 | Mise à jour le 12/12/2017 à 17h23

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Culture/Télé

Michel Bouquet :« Je regrette de ne pas être juif »

« J’ai un rapport de dépendance avec le peuple juif, de grande admiration, et de soumission »

Dans « L’antiquaire » de François Margolin, film qui revient sur la spoliation des biens juifs pendant la Seconde Guerre mondiale, Michel Bouquet joue le méchant.

Actualité Juive : Vous êtes le grand oncle d’Esther, la protagoniste. Et l’on découvre que vous vous êtes approprié les œuvres de la famille.

Michel Bouquet : Cet homme est sous l’empire de la possession. S’il voit de beaux objets, il ne peut pas ne pas les obtenir. Alors, s’il faut dévaster sa famille ou des proches, c’est comme si cela ne dépendait pas de lui, il faut qu’il possède ce qu’ils ont. C’est très curieux, presqu’une fatalité. Ou peut être comme c’est sa famille, il voulait protéger les œuvres. On ne sait pas, impossible de porter de jugement. Il saura en tirer les conclusions. Pour bien définir mon caractère, le metteur en scène avait réalisé deux scènes. Une première, où l’on voyait mon personnage admiratif de sa petite nièce, mais qui considérait que les objets étaient à lui à tout jamais. Il était donc plein de mansuétude. Quand dans une seconde scène, il  comprend qu’elle a découvert sa spoliation, il devient cruel. Cette différence d’attitude dans  les deux scènes m’avait fasciné. Mais, au montage, elles ont été réunies. Cela m’a surpris. On voyait moins l’effet de la menace sur mon personnage, et sa méchanceté surgir. Ceci posé, je n’ai pas à juger le choix de l’auteur. Je lui dois un beau souvenir, ma rencontre avec Robert Hirsch. À 90 ans chacun, nous n’avions jamais joué ensemble.


« Je regrette de ne pas être juif »


A.J.: Vous êtes entré au Conservatoire et avez commencé votre carrière pendant la Seconde Guerre mondiale. Comment était l’ambiance ?

M.B. : On finissait par prendre l’habitude de la souffrance, du froid, de la faim. Mais ces épreuves m’ont donné la force d’aborder ce métier que j’aime.  De pouvoir y accéder a été une révélation magnifique. C’était du sucre pour moi par le fait que je quittais mes petits métiers : pâtissier, mécanicien, dentiste, d’autres encore, j’avais fait des études très médiocres. Faute de diplômes, je ne pouvais rien espérer. Et soudain, j’étais admis quelque part ! Cela m’a rendu la fin de l’occupation supportable. 

A.J.: Vous avez prêté votre voix pour accompagner « Nuit et brouillard » d’Alain Resnais et « L’œil de Vichy » de Claude Chabrol. 

M.B. : J’ai passé trois jours avec Resnais à visionner toute la matière reçue d’Allemagne et de France pour préparer son film. Il a éliminé le plus terrifiant pour construire un monument en hommage au peuple juif plutôt qu’un film à charge. Il a gardé le plus décent, mais moi, j’ai vu l’entièreté de l’horreur pendant le visionnage. J’avais vingt ans, et cela reste les trois jours les plus terrifiants de ma vie. Ils m’ont le plus renseigné sur l’histoire du monde. « L’œil de Vichy » m’a aussi énormément informé. J’ai un rapport un peu de dépendance avec le peuple juif, de grande admiration, et de soumission. Ce peuple me bouleverse, m’étonne, m’intéresse par sa puissance intellectuelle et ce martyre récurrent toujours suivi d’un effondrement, et par la force de ce peuple, d’une reconstruction.  Je regrette de ne pas être juif.

En salles : "L'antiquaire" de François Margolin avec Anna Sigalevitch, Michel Bouquet, Robert Hirsch, François Berléand.

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