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27 Février 2020 | 2, Adar 5780 | Mise à jour le 26/02/2020 à 17h39

Rubrique France/Politique

Axelle Lemaire, Secrétaire d’Etat au numérique :« L’apprentissage de l’esprit critique est l’enjeu majeur »

Credit : mein-PatrickVedrune.

Axelle Lemaire, ministre en charge du numérique a ouvert les Assises contre la haine sur Internet, organisées par l’UEJF le 22 février. Elle évoque pour Actualité Juive les difficiles négociations avec les plateformes numériques, l’importance de la coopération internationale, et l’importance de la sensibilisation.

Actualité Juive : A la tête du secrétariat d'Etat au numérique, quel est votre rôle dans le combat contre l’apologie du terrorisme, et la lutte contre le racisme et l’antisémitisme sur le Net ? 

Axelle Lemaire : Ce sont des sujets cruciaux, des combats que nous devons mener chaque jour. A Bercy nous entretenons un dialogue régulier avec les plates-formes du numérique et nous connaissons leur façon de travailler.  Nous devons obtenir de leur part des engagements pour que la lutte contre la haine sur Internet devienne une priorité. J’y travaille notamment avec Bernard Cazeneuve. Par exemple, je propose que les internautes puissent installer un plug-in (petit module intégré au navigateur) qui permettrait en un clic de signaler un contenu illicite. Un travail sur la haine en ligne est en cours, coordonné par Matignon et la DILCRA, et j’ai proposé cette solution technique pour améliorer et généraliser les processus de signalement. Mon rôle est ainsi de faire tester par mes services ou les entreprises la possibilité de mettre en place ces mesures. 

A.J. : Quelle doit être la priorité dans le combat contre le cyberterrorisme ?

A.L. : Il faut renforcer les moyens : l’engorgement des tribunaux, le manque de ressources chez les forces de l’ordre, ainsi que l’absence de sensibilisation des Français sur ces enjeux, expliquent beaucoup le sentiment qu’Internet est une zone de non-droit. Ce n’est pas la réalité. La réalité c’est qu’il faut renforcer la plate-forme Pharos qui reçoit les signalements de comportements et de contenus illicites. C'est tout le sens des mesures mises en œuvre par le ministre de l'Intérieur.

A.J.: Que faudrait-il à la plate-forme Pharos, par exemple, comme moyens supplémentaires ?

A.L. : Depuis les attentats survenus début janvier, la plate-forme a reçu jusqu’à 40.000 signalements. C’est vous dire l’ampleur du travail à effectuer. Aujourd’hui c’est un objectif prioritaire pour répondre efficacement à la demande de réponse de nos concitoyens en ligne.

« Il y a un enjeu majeur : l’apprentissage de l’esprit critique chez les plus jeunes »


A.J.: Comment négocier avec les Gafa (Google, Amazon, Facebook, Apple, Twitter) qui semblent si peu réceptifs aux demandes françaises de collaboration, que cela concerne l’identification d’un utilisateur, ou la suppression d’un contenu raciste ?

A.L. : Dans le combat sur le cyberdjihadisme, mes équipes travaillent également avec le ministère des Affaires étrangères pour faire inscrire cette question à l’ordre du jour des négociations internationales de l'année 2015. Il faut que tous les Etats qui pèsent économiquement, et en matière de défense, parlent d’une voix commune pour demander une plus grande coopération internationale, et un partenariat plus formalisé avec les géants d’Internet.

A.J.: Que faire lorsque les Gafa  se réfugient derrière le premier amendement américain qui garantit la liberté d’expression, qui inclut l’expression de propos racistes et antisémites?

A.L. : Cela fait plusieurs années que l’on discute avec ces plates-formes et il y a un problème principal : en tant qu’entreprises américaines, elles considèrent que la loi qui s’applique pour elles est la loi américaine. Pour s'en rendre compte, il suffit de lire leurs conditions générales d’utilisation. Cela pose fondamentalement la question de la responsabilité juridique de ces acteurs économiques. C’est une des questions sur lesquelles je travaille pour le projet de loi numérique afin de voir s’il est possible de rendre applicable la loi française. En attendant, nous devons inciter les plates-formes à mieux coopérer avec les services de police et de justice français et à mettre en place des outils techniques permettant le déréférencement d’un contenu ou la suppression d’un message. La qualité du dialogue dépend de nos interlocuteurs. Nous devons leur faire prendre pleinement conscience du rôle incontournable qu’ils jouent dans la vie des individus et en particulier dans la vie des jeunes gens qui peuvent être mis en contact avec des idéologies de la haine, et y être sensibilisés en surfant simplement sur Internet.

A.J. : En tant que ministre chargée  du numérique vous insistez également sur le travail d’éducation à ce nouveau   phénomène…

A.L. : Il y a un enjeu majeur : l’apprentissage de l’esprit critique chez les plus jeunes. Il faut leur faire comprendre que ce que l’on lit n’est pas forcément la vérité. L’émergence des technologies a été tellement rapide - les enfants d’aujourd’hui sont nés dedans - qu’ils n’ont pas la distance nécessaire. Il faut éduquer aux usages numériques. C’est aussi un des objectifs du plan pour le numérique à l’école. Lorsque j'habitais à Londres, j'ai travaillé pour Denis Mc Shane, député travailliste et ancien ministre des Affaires européennes. J'ai travaillé avec lui sur son livre "Globalising Hatred : The New Antisemitism". Je suis de longue date à la fois engagée et très sensibilisée sur l'enjeu de la lutte contre l'antisémitisme et le racisme, notamment la nécessité cruciale d'une coopération internationale la plus étroite possible sur ce sujet. 

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