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13 Décembre 2017 | 25, Kislev 5778 | Mise à jour le 12/12/2017 à 17h23

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Israël

Comment le voyage de Netanyahou aux Etats-Unis est devenu un événement politique

Benyamin Netanyahou devant le Congrès américain mardi (Flash 90)

L’intervention du premier ministre israélien devant le Congrès a agité le débat politique outre-Atlantique, creusant un peu plus les tensions avec l’administration Obama.

A droite de l’écran, un compte à rebours tourne. Benyamin Netanyahou doit bientôt s’exprimer devant le Congrès américain et la chaîne télévisée CNN propose une édition spéciale consacrée à l’intervention du premier ministre israélien. Le « Bibi’s Speech » a pris des allures d’événement politique. En Israël d’abord où les stratèges du camp Netanyahou espéraient récupérer deux sièges grâce au voyage américain, une petite différence qui pourrait s’avérer décisive au soir du scrutin, le 17 mars, lorsque le président de l’Etat, Reuven Rivlin, demandera probablement au candidat de la liste en tête de tenter de former une coalition gouvernementale. Selon un sondage publié mardi par la chaîne de la Knesset, l’Union sioniste obtiendrait 24 sièges contre seulement 21 pour le Likoud. Autant dire que l’élection pourrait se jouer à un fil.

C’est avec un soin méticuleux que l’équipe de Netanyahou a composé cette intervention que certains commentateurs qualifiaient de discours le plus important de la carrière politique du leader de droite. Depuis un hôtel de Jérusalem, l’ambassadeur israélien à Washington Ron Dermer, désormais persona non grata pour l’administration Obama, travaille depuis une dizaine de jours à calibrer le message, entouré par plusieurs spécialistes américains. Rarement en effet une intervention d’un représentant d’un gouvernement étranger devant le Congrès américain n’aura suscité un tel intérêt dans le débat américain. « Les places sont plus chaudes que des latkes frais » expliquait au New York Times le sénateur démocrate de New York Charles E. Schumer. Car l’événement a pris une coloration partisane inconnue jusqu’ici dans un pays où le soutien à Israël transcende les clivages politiques.

 

Fin du consensus bipartisan sur Israël

Un peu plus de cinquante parlementaires démocrates ont boycotté l’intervention de M. Netanyahou, dont des élus connus pour leur proximité avec l’Etat hébreu, comme Elisabeth Warren, du Massachusetts. Parmi les parlementaires « frondeurs », un tiers sont de couleur noire, une proportion importante que le New York Times met sur le compte d’une sensibilité de ces élus et de leur électorat aux tensions entre Benyamin Netanyahou et le premier président noir de l’histoire américaine. Plus globalement, le parti démocrate apparaît aujourd’hui divisé sur le sujet tandis que la gauche du mouvement envisage un soutien moins inconditionnel à l’Etat hébreu. Signe de cette évolution en cours, pas moins de sept parlementaires juifs n’ont pas assisté au discours du premier ministre israélien.

Est-ce le début de la fin du consensus bipartisan sur Israël ? La question a agité le spectre politique israélien, les adversaires de Netanyahou en faisant un argument de campagne. Mais les Juifs américains, en majorité démocrates, s’interrogent également.   Le lobby pro-israélien AIPAC, proche du Likoud, a tenté ces dernières semaines de déminer la crise entre Jérusalem et Washington, mesurant bien la nécessité pour Israël de voir ses intérêts défendus au-delà des dissensions politiques traditionnelles.


Le dédain de l'administration Obama

Le froid polaire entre les deux administrations atteint en effet aujourd’hui des sommets et il suffisait de suivre l’interview de Barack Obama par Reuters lundi soir – une réponse préemptive au discours du Congrès – pour en prendre la mesure. « M. Netanyahou a fait toutes sortes de déclarations » a expliqué le président américain, volontiers critique du ton selon lui alarmiste du premier ministre israélien suite à l’accord préliminaire de novembre 2013 sur le programme militaire iranien. « Ce devait être un accord épouvantable. Cela devait aboutir à ce que l’Iran obtienne un allégement de son fardeau équivalent à cinquante milliards de dollars. On rien de cela ne s’est réalisé ». Pour bien signifier son désintérêt pour l’allocution au Congrès (« une distraction par rapport à notre objectif » selon Obama), la Maison Blanche a fait savoir mardi matin que le président serait en « conference call » avec plusieurs dirigeants européens pour discuter de la crise ukrainienne pendant le discours du chef du gouvernement israélien…

Considéré comme le membre le plus pro-israélien de l’administration Obama, John Kerry a de son côté soufflé le chaud et le froid ces derniers jours. Lundi, le Secrétaire d’Etat regrettait à Genève « l’obsession » pour Israël du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui « risque de saper la crédibilité de toute l’organisation ». Quelques jours plus tôt, c’est un John Kerry autrement plus caustique qui rappelait, devant la Commission des affaires étrangères de la Chambre des députés, le soutien de Benyamin Netanyahou à une intervention américaine en Irak en 2002. « Netanyahou peut avoir un jugement peu correct ici » ajoutait M. Kerry. Mais c’est surtout le cas Susan Rice qui interpelle. Proche d’Obama, la Conseillère à la Sécurité nationale goûte peu aux initiatives du premier ministre israélien contre lequel elle défend une ligne ferme. Après avoir dénoncé l’invitation faite à M. Netanyahou par le Speaker républicain John Boehner, qualifiant l’initiative de « destructrice pour les bases mêmes des relations américano-israéliennes », la conseillère du président Obama a rejeté lundi, à la conférence annuelle de l’AIPAC, les demandes « irréalistes et irréalisables » en faveur d’un arrêt complet du processus iranien d’enrichissement d’uranium.


Divergences de fond

Là réside en fait la principale divergence entre les deux administrations, au-delà des « petites phrases » épinglées par Mme Rice. Porté depuis son élection en 2009 par l’idée d’un « monde sans nucléaire », Barack Obama est prêt à voir Téhéran conserver ses capacités d’enrichissement, limitées et contrôlées pendant dix ans, en pariant sur l’évolution pacifique du régime au cours de la période. Benyamin Netanyahou juge irénique la position américaine et prône une suspension totale et immédiate du programme nucléaire iranien. Sa crainte est de voir l’Iran fabriquer en toute légalité une arme nucléaire à partir de la onzième année. Jeudi dernier, l’ambassade israélienne aux Etats-Unis diffusait sur Twitter une Une factice du New York Times, datée du 23 mars…2025. Son titre : « Comment nous avons trompé l’Occident, déclare le président iranien Rouhani ». 

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