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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Paracha Vayakhel – Pekoudei: La primauté du shabbat

Le commentaire de la paracha de la semaine en partenariat avec la Maison d'étude juive au féminin.

Cette semaine nous étudions deux parachiot. Vayakhel et Pekoudei, qui concluent ainsi l’Exode. En effet, elles peuvent difficilement se dissocier l’une de l’autre, elles forment un tout. Le dernier Rabbi de Loubavitch, rappelait que d’après la Hassidout le nom d’une chose dans la Langue Sainte constitue son âme et son essence. La paracha de Vayakhel qui signifie « (il a) rassemblé » commence par évoquer le chabbat «Pendant six jours on travaillera, mais au septième vous aurez une solennité sainte, un chômage absolu en l'honneur de l'Éternel » (Exode 35,2). Rachi nous dit que, l’interdiction du travail pendant le shabbat est mentionnée avant l’ordre de construire le tabernacle, ceci pour souligner que ce travail ne « repousse » pas le chabbat.

De nombreux matériaux sont demandés par Moïse pour la construction du Tabernacle. « Tous hommes et femmes, ce que leur zèle les porta à offrir pour les divers travaux que l’Eternel avait prescrits par l’intermédiaire de Moïse, les enfants d’Israël en firent l’hommage spontané à l’Eternel » (Exode 35, 29). Si ces offrandes ont été dictées au peuple, comment peut-on dire que leur hommage est spontané ?

Beçalel et Oholiab, ont été désignés pour exécuter tous les travaux d’artisans et d’artistes ingénieux. Leurs capacités sont ce que l’on pourrait appeler un « don du ciel ». Moïse les prend comme exemple pour le peuple d’Israël « et tous les hommes de talent à qui le Seigneur a dispensé industrie et intelligence pour concevoir et exécuter, exécuteront tout le travail de la sainte entreprise, conformément à ce qu’a ordonné l’Eternel » (Exode 36, 1). Quiconque se sentait capable d’exécuter la tâche, se mit à l’œuvre, à tel point que rapidement Moïse ordonna à tout homme et toute femme d’arrêter d’apporter des offrandes car cela allait désormais bien au-delà de ce que l’Eternel avait exigé. On comprend mieux dès lors la notion d’offrandes « spontanées », car l’offrande du peuple a été bien plus conséquente et naturelle que ce qu’on lui avait demandé.

Ainsi, ils ont apporté : « des étoffes d’azur, de pourpre, d’écarlate, de fin lin, de poil de chèvre, de peau de bélier » etc. Ce qui a permis à Beçalel et Oholiab de faire : « deux chérubins d’or » « dix tapis, vingt-huit coudées de chaque » « cinq coudée de chitim » « pour le côté nord, cent coudées de toiles » et d’autres encore.

 

La volonté du peuple tout entier

Mais pourquoi une telle précision pour la construction du Mishkane et des objets de cultes disposés à l’intérieur ? Le Baal Chem Tov disait que « Ce qui importe le plus à D., c’est que vous Le serviez avec votre cœur. Aimez D., même si vous ne comprenez pas toujours Ses voies ». C’est ce qu’ont fait les Bnei Israël. Ils n’ont pas cherché une logique « rationnelle » à cela, ils ont servit D. avec leur cœur.

La communauté entière a mis en œuvre le souhait de D. mais cette réussite n’a été possible que par la volonté du peuple tout entier. Il aurait suffit qu’un seul homme, qu’une seule femme, n’y participe pas et il aurait manqué quelque chose à l’édifice. Durant un laps de temps très court, un peuple a mis ses biens, sa volonté, son temps et ses efforts en commun, pour participer à un seul et même projet, celui de construire le Mishkane demandé par Hashem. Celui-ci a servi certes à réparer la faute du veau d’or, mais il a aussi permis d’affirmer la liberté nouvelle du peuple. C’est tous ensemble, et rassemblés au sein de la communauté que nous pouvons réussir et réussissons les actes importants et l’accomplissement de certaines mitsvots.

A la fin de la paracha Pekoudei on peut lire, « A l’époque du premier mois, le premier jour du premier mois, tu érigeras le tabernacle de la Tente d’assignation. » (Exode 40, 2). Moïse a respecté cette exigence, et tout le peuple également. Moïse inspecta le tabernacle qui était conforme aux ordres reçus. Une seule personne, Moïse, a reçu explicitement l’ordre d’accomplir cette mitsva et c’est toute la communauté qui s’y est attelée, comme le souhaitait Hashem. D’après le commentaire de Rachi (Deut., 8 : 1) « Si l’on a commencé d’exécuter une mitsva, il faut la terminer, car elle n’a droit à cette appellation qu’au bénéfice de celui qui la termine » ainsi pour qu’une personne puisse prétendre en avoir accompli une, il faut qu’elle l’ait terminé.

C’est ce que nous voyons ici. Moïse dressa lui- même le Tabernacle et y installa tout ce qui devait l’être ; jusqu’à la tâche finale : « Il dressa le parvis autour du Tabernacle et de l’autel, il posa le rideau-portière du parvis ; et ainsi Moïse termina sa tâche », et ainsi Moïse termina sa tâche (Exode 40, 33).

Ces parachiot nous rappellent l’importance, certes de donner toute sa force et son temps à « la sainte entreprise », mais dans la limite où nous devons cesser tout travail pour respecter le chabbat. Car rien, pas même la construction d’un édifice pour « accueillir » la présence divine, ne peut et ne doit nous empêcher d’accueillir et respecter le chabbat. « Suivez Mes préceptes, observez Mes ordonnances, et mettez-les en pratique. Sanctifiez Mes chabbats, et qu'ils soient entre Moi et vous un signe auquel on connaisse que Je suis l'É-ternel, votre D.ieu » (Ézéchiel, 20 : 19-20).

 

A la mémoire de ma grand-mère Esther S.

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