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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Vayyiqra: Assumer ses actes

La directrice de la Maison d'étude juive au féminin, la rabbanite Joëlle Bernheim

Le commentaire de la paracha de la semaine par Joëlle BERNHEIM et Valérie VIDAL, del aMaison d'Etude Juive Au Féminin.

Nous abordons cette semaine le troisième des cinq livres de Moïse,  le livre du Lévitique, avec la Paracha Vayyiqra. Dans cette Paracha D. demande à Moïse de transmettre les dispositions relatives aux sacrifices :
"Il appela Moïse et lui parla de la Tente d' Assignation, en ces termes." (Lévitique 1,1).

"Vayyiqra el Moché", Il appela Moïse : cet appel divin revêt un
caractère particulièrement solennel.
Il se place comme en exergue au début du troisième livre de la Torah,
et lui donne son nom : Vayyiqra.
Cet appel solennel à Moïse figurant en tête du livre met l'accent sur
le fait qu'une nouvelle étape importante
dans la mission du Prophète va commencer. Tout ce qui précède n'était
que le prélude à la mise en oeuvre
de la vocation spécifique d’Israël. Il s'agit maintenant de faire
des Enfants d'Israël gräce aux lois de sainteté, "un
peuple de prêtres et une nation sainte (Exode 19,6).

La Paracha enseigne les dispositions relatives aux principaux sacrifices qui peuvent être apportés au Tabernacle. Mais il ne s'agit pas ici de règles ayant nécessairement vocation exécutoire : les offrandes dont il est question dans ces chapitres relèvent de la libre disposition de chacun :"Si quelqu'un d'entre vous veut présenter à D. une offrande..." (Lévit. 1,2). Il ne s'agit pas non plus d'offrandes
à vocation expiatoire dans le sens courant du terme: en effet il n'est absolument pas question d'aller obtenir le pardon pour un péché en allant offrir un animal en sacrifice au Temple , si la faute a été commise sciemment ou de façon préméditée.

Les différentes formes de sacrifices explicitées ici, concernent des individus d'une vigilance extrême, dotés d'un sens très aigu des responsabilités. En effet, outre les sacrifices offerts en expression de gratitude ou en accomplissement d'un voeu en l'honneur de D. (id. ch.3), sont évoqués les sacrifices appelés à assurer à l'homme l'expiation de fautes d'une nature très subtile et très particulière. Celles commises inconsciemment, par oubli ou erreur (id.ch. 5), ou celles commises mentalement et non consommées (id. ch. 1 ) , ou celles afférentes à certains cas limites ou douteux (id.ch.4).


Il s'agit par ce biais de sensibiliser chacun au fait que même en dehors du cadre strict de la loi, il peut y avoir au niveau de chaque acte accompli l'invocation d'une responsabilité individuelle. On ne doit pas faire endosser automatiquement à la collectivité la responsabilité de la violence, des dysfonctionnements. On ne peut se décharger en bloc de ses responsabilités sur la société - entité abstraite- sans avoir auparavant porté un regard scrutateur sur soi-même . Tout individu doit assumer pleinement ses actes, jusqu'à l'acte involontaire, jusqu'à l'acte commis inconsciemment , m^me s'il n'est pas ici question de s'en sentir coupable au sens courant du terme. Il doit savoir reconnaître que chacun de ses gestes peut être porteur d'une violence , d'un mal qu'il ne maîtrise pas certes ,et qu'il n'a pas souhaité de manière délibérée.

Un homme qui tend à éveiller sa conscience jusqu'à l'infini , est proche de D. et peut marquer ce rapprochement (1) en allant offrir volontairement un sacrifice au sanctuaire , manifestant ainsi sa volonté d'assumer pleinement les conséquences de ses actes , ponctuant le caractère infini de l'exigence morale , aux yeux de tous ses frères.


(1) Le terme hébraïque qui désigne le sacrifice : korban , doit être rapproché de la racine trilitère qui renvoie au sens de proche, s'approcher.

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