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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Tzav: quel est le sens des sacrifices ?

Le commentaire de la semaine par Edwige ETELBERT, éudiante à la Maison d'Etude Juive Au Feminin.

La Paracha Tsav fut révélée à Moïse au Mont Sinaï. Elle contient les lois adressées à Aaron et ses fils, les Cohanim (prêtres) et relatives à l’holocauste, l’oblation, à l’expiatoire et au délictif, à l’offrande inaugurale et au sacrifice rémunératoire. Le sacrifice apparaît d’abord dans la Torah, dans la Genèse,  comme un acte spontané, émanant d’une initiative personnelle. Dans cette paracha, il est dit « ordonne », Tsav : le caractère spontané n’est pas pour autant oblitéré. Mais « dans le cas où quelqu’un d’entre vous veut offrir à D. une offrande » (Lévit. 1,2), ce don prend la forme d’un sacrifice animal ou végétal puis en précisément encadré au niveau du rituel. Les modalités précises des différents sacrifices sont exposées d’abord dans la Paracha Vayikra et reprises dans la paracha Tsav où les directives sont directement adressées aux prêtres responsables du service du Temple.

Le type de sacrifice le plus courant est l’holocauste (olah), symbole de la dévotion totale et de la soumission totale. Rabbi Simon ben Yohaï (Lévit. Raba c.7) souligne que le sacrifice de l’holocauste est destiné entre autres à expier les péchés commis en pensée. C’est pour cette raison explique Bahya (cité par Elie Munk dans « La voix de la Torah 7, 2), qu’il est dit « il doit se consumer sur le brasier de l’autel toute la nuit ». En effet, les pensées impures nous assaillent durant la nuit et le prophète met en garde « ceux qui méditent l’iniquité et préparent le mal sur leur couche, pour l’accomplir dès la pointe du jour » (Michée II, 1).

Alors que le sacrifice de l’holocauste expie les péchés commis par la pensée, même non suivis d’un acte, le sacrifice expiatoire (hattat) offert pour des péchés commis involontairement, étendra la responsabilité de l’individu à des cas de fautes inconscientes. La valeur d’un acte ne dépend pas uniquement  de son résultat ; les intentions conscientes ou inconscientes au point de vue moral et religieux causent une souillure de l’âme ou un atteinte à son intégrité.

Dans le cas du sacrifice expiatoire (hattat), offert pour expier une faute commise involontairement, par erreur ou par mégarde, s’il vient à connaître son péché (Lévit. 4, 23), c’est à dire si l’homme concerné vient à en prendre conscience ou qu’il s’en souvient alors qu’il l’avait oublié, ni n’avait réclamé qu’il avait commis une transgression, « il offrira alors en sacrifice un bouc » (id). « Il posera alors sa main sur la tête du bouc, et l’égorgera à l’endroit où on égorge l’holocauste, devant D. : c’est un expiatoire (id. 4, 24). Le sacrifice expiatoire sera immolé au même endroit que l’holocauste nous enseigne R. Simon Ben Yohai pour de raisons de discrétion. On ignorera qui offre un sacrifice pour une faute certes involontaire mais effective et qui offre un sacrifice pour une faute commise seulement en pensée.


La paix comme suprême objectif

Les Cohanim ne doivent pas gagner leur vie par le commerce ou l’industrie, si bien que les présents offerts par les enfants d’Israël apparaissent comme étant l’expression de leur gratitude pour les services exceptionnels rendus par les Cohanim et pour la protection dont ils les font bénéficier en prenant sur eux les graves responsabilités du Sanctuaire. (La voix de la Torah 7, 34)

Selon le principe général, les prêtres consomment et ceux qui offrent le sacrifice sont expiés. Le pêcheur se verra absous de ses péchés quand il aura prodigué une part de ses biens aux plus éminents serviteurs de D. et que la chair des animaux offerte par lui aura été élevée à la sainteté grâce à la pureté lévitique des Cohanim et au caractère sacré de l’enceinte où cette chair sera consommée.

L’offrande de gratitude est le sacrifice le plus cher à l’Éternel. (La voix de la Torah 7, 12)

Au temps messianiques, ajoutent les Sages du Midrash, les sacrifices individuels (offerts en expiation de péchés commis) cesseront, mais les sacrifices de gratitude ne cesseront jamais, les prières de supplication (aux heures de détresse) cesseront, mais les hymnes de gratitude ne cesseront jamais). (Id)

Le sacrifice Chelamim sont caractérisés par le fait que certaines parties de la viande peuvent être consommés par les Cohanim, d’autres par les offrants eux-mêmes.

Il existe également des sacrifices rémunératoires qui sont offerts par l’ensemble de la communauté. La paix apparaît ainsi  comme étant le suprême objectif, étant donné que les Chelamim dont le nom est dérivé de Chalom sont destinés à rétablir la paix entre la créature et le créateur, entre l’homme et son prochain, entre l’individu et sa conscience.

La consommation de la chair du sacrifice de reconnaissance doit avoir lieu le jour même où le sacrifice a été offert. Il permet à l’offrant de jouir de la viande du sacrifice, élevée au degré de la sanctification.

Lorsqu’il s’agit d’exprimer sa gratitude, à l’occasion d’une offrande rémunératoire on le fera personnellement «  de ses propres mains ». (La voix de la Torah 7, 30)

En hébreu, sacrifice se dit korbane (approcher). La raison d’être du Tabernacle était de donner aux enfants d’Israël la possibilité de concentrer toute leur attention sur l’Éternel et de s’en rapprocher.

D’après les enseignements des Sages, tout sacrifice supposait de la part de la personne concernée une attitude intérieure particulière. Il s’agissait de la façon dont tout le monde, et non pas uniquement les prêtres, était censé servir l’Éternel :

-S’ouvrir au divin et entendre l’appel du divin

-S’approcher de D et être disposé à s’offrir entièrement à Lui. (Juda Halévy)

-Offrir un sacrifice en lieu et place de sa propre vie (Ibn Ezra cité par Nahmanide)

-Depuis la destruction du temple de Jérusalem, la prière qui a été instituée par nos Sages à la place des sacrifices, reflète clairement la bonté et l’amour de D. qui nous permet de nous rapprocher de Lui par un autre biais. C’est pourquoi le terme aimer revient si souvent autour du Shema Israel et du Shemone Essré.

 

Références :

La voix de la Torah - Le Lévitique – Elie Munk

Le Judaïsme pour les nuls – Rabbin Ted Falcon / David Blatner / Josy Eisenberg

Dictionnaire encyclopédique du Judaïsme – Robert Kopp

Commentaire sur la Torah de Yaacov ben Itshaq Ashkenazi

Vidéo sur le site internet Torah de vie du Rav Chmouel Masliah


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