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16 Décembre 2017 | 28, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Comment l'Arabie Saoudite veut freiner l'avancée iranienne au Yemen

Salmane Ben Abdelaziz al Saoud n'a pas tardé à prendre les choses en mains. Crédit : Wikipedia

C'est la première coalition arabe sans la présence américaine. Cette fois, les Arabes sunnites sont décidés à repousser les aspirations hégémoniques de l'Iran sans compter sur les Etats-Unis.

L'Arabie Saoudite ne s'était plus sentie aussi menacée depuis l'invasion du Koweït par l'Irak en 1990. Le nouveau souverain saoudien Salmane Ben Abdelaziz al Saoud, intrônisé il y a trois mois à peine, n'a pas tardé à prendre les choses en mains. Face aux menaces d'Al Qaeda, de Daech, mais surtout de l'Iran, il a pris l'initiative d'une coalition arabe, qui vient d'effectuer son baptême du feu au Yémen. 

 Le Yémen, déstabilisé depuis le renversement de son président Ali Abdallah Saleh en 2012, est devenu la proie des tensions entre sunnites et chiites Houtis pro-iraniens. Outre la présence de djihadistes sunnites dans le pays du sud de la péninsule arabique, c'est essentiellement la montée en puissance des Houtis qui a changé la donne. Les miliciens chiites s'étaient déjà emparés de la capitale Sanaa en septembre dernier, contraignant le nouveau président Abedrabo Mansour Hadi à se réfugier plus au sud, à Aden. C'est lorsque les Houtis ont commencé à marcher sur Aden, que l'Arabie Saoudite a décidé d'intervenir. A la tête d'une coalition comprenant les Emirats Arabes Unis, le Koweït, Bahreïn, le Qatar, l'Egypte, le Soudan et le Maroc, Riyad a lancé son aviation sur des objectifs tenus par les miliciens chiites et leurs partisans au sein de l'armée yéménite.


Une force armée pérenne

La crise couvait depuis de longues semaines et l'Arabie Saoudite avait averti les Etats-Unis de ses inquiétudes. Pourtant, Riyad n'a prévenu Washington qu'à la dernière minute du lancement de l'attaque. Le souverain saoudien qui a vu les Américains retirer récemment leurs dernières forces postées au Yémen et leur détermination à faire aboutir l'accord des grandes puissances avec l'Iran sur son programme nucléaire, considère qu'il ne peut plus compter sur eux pour s'interposer. Barack Obama cherche le désengagement américain du Moyen-Orient et l'apaisement avec Téhéran. Une stratégie qui va à l'encontre des intérêts de ses alliés dans la région, qui ont donc décidé de reprendre la main. 

 L'Arabie Saoudite redoute d'être prise en étau par l'Iran, qui pourrait faire des Houtis l'équivalent du Hezbollah au Liban et contrôler le pays par l'intermédiaire de sa milice supplétive, sans compter qu'il pourrait, dans la foulée, soulever les populations chiites du sud de l'Arabie Saoudite. L'Iran, qui a déjà une rive du détroit d'Ormuz à l'est de la péninsule arabique, gagnerait aussi un accès sur le détroit de Bab el Mandeb à l'ouest, un scénario qui ne menacerait pas seulement le royaume saoudien mais l'ensemble de ses voisins, sans parler du trafic pétrolier. Pour la même raison, Bahreïn se sent également menacé, comme tous les pays sunnites qui ont une minorité chiite, susceptible d'être instrumentalisée par Téhéran. 

 Alors qu'à Lausanne, les P5+1 mettaient la dernière main au cadre d'un accord avec l'Iran, les dirigeants de la Ligue Arabe, réunis à Sharm-el-Sheikh annonçaient le principe d'une force arabe multinationale, destinée à lutter « contre les groupes terroristes ». Si la mesure était déjà envisagée pour lutter contre les djihadistes sunnites, c'est clairement l'épisode yéménite et la menace iranienne qui ont convaincu les dirigeants arabes de créer une force armée pérenne. Avec aussi une certitude : celle que le temps du parapluie américain sur ses alliés du Proche-Orient a vécu.

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