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17 Décembre 2017 | 29, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Culture/Télé

Décès

Günter Grass: « ce qui doit être dit » sur son rapport aux Juifs

La mort de Günter Grass ce 13 avril marque la disparition d’une conscience tortueuse de l’Allemagne.

L’écrivain allemand Günter Grass, prix Nobel de littérature en 1999, est décédé ce lundi 13 avril à l’âge de 87 ans. Retour sur la vie d’un homme « né à moitié trop tôt et infecté à moitié trop tard », entre création, passé trouble et antisionisme virulent.

L’excellence artistique doit-elle se parer de l’excellence morale ? Voici Céline, un collaborateur délirant, pamphlétaire antisémite, dont la figure masque l’immense valeur littéraire de son « Voyage au bout de la nuit ». Voici Günter Grass qui vient de rendre son dernier souffle. Sur un versant, il est l’auteur d’un roman-culte, « Le tambour », et récipiendaire du prix Nobel de littérature en 1999. Sur un autre versant, la première partie de sa vie est entouré de zones d’ombres et son engagement politique a témoigné d’un antisionisme insensé.

A l’image d’Oskar Matzerath, le héros du « Tambour », Günter Grass est le visage picaresque d’une Allemagne de l’Ouest courant vers le miracle économique dont l’oubli (volontaire ?) des atrocités nazies s’est résolu par l’émergence d’une idéologie d’extrême-gauche excessive. De la jeunesse hitlérienne à la révolution, en somme.

 

Révélations 

S’il affirmera longtemps n’avoir participé à la Seconde Guerre Mondiale qu’au sein de la défense anti-aérienne, il révèlera en 2006 dans une interview pour le « Frankforter Allgemeine Zeitung » avoir fait parti des fantassins de la 10è Panzerdivision SS. Ces révélations eurent d’autant plus de retentissement que Grass avait tenu des propos très critiques sur les aspects oublieux de l’Allemagne sur les atrocités nazies. De nombreuses voix se sont ainsi élevées pour que le jury du prix Nobel, réputé pour son soucieux d’une certaine morale pour ses lauréats, lui retire sa récompense. Demandes restées lettre morte.

Homme d’extrême-gauche, Günter Grass a également porté la doxa altermondialiste résolument relativiste, antiaméricaine et antisioniste. Il a ainsi jugé la réaction des Etats-Unis après le 11 septembre comme « beaucoup de tapage pour trois mille blancs tués », renouant avec la rhétorique anticolonialiste des « Damnés de la terre ». De même, l’affaire des caricatures de Mahommet en 2006 avaient été vues comme une « arrogance de l’Occident ».

 

Ahmadinedjad "une grande gueule", Israël "une menace pour la paix du monde"

Sur Israël, la publication en 2012 de son poème en prose « Ce qui doit être dit » dans de nombreux journaux avait provoqué un tollé. Ecrivant sur la question du nucléaire iranien, Günter Grass avait voulu voir dans le président de l’Iran « une grande gueule » (sic). Dans ce poème qui se veut analyse, c’est Israël qui « menace une paix du monde déjà fragile ». « Ce qui doit être dit » se targuait ainsi de son statut d’œuvre littéraire pour ne pas avoir à énoncer d’arguments étayant son propos.

Outre l’aspect géopolitique, c’est l’affirmation qu’un allemand doive garder le silence sur Israël du fait du nazisme qui avait alors choquée :

« Mais pourquoi me suis-je tu jusqu’ici ? /

Parce que je pensais que mon origine, /

entachée d’une tare à tout jamais ineffaçable,/

m’interdit de suspecter de ce fait… »

Ces vers et cette prise de parole opéraient en effet paradoxalement la réversibilité d’un passé criminel, immoralité absolue, vers une forme de caution  morale.La mort de Günter Grass ce 13 avril marque la disparition d’une conscience tortueuse de l’Allemagne et de ses refoulés historiques.

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