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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

Chabbat 'Houkat - Balak : 21h38 - 23h01

Rubrique Culture/Télé

Enrico Macias : « J'ai toujours désiré faire mon alyah »

Crédit : Benjamin Marciano

La veille de son concert à « La Palestre » Enrico Macias a aimablement accepté un entretien. Avec franchise et simplicité il parle de sa carrière, de sa vie. Il ne fait pas mystère de ce qui l'a profondément affecté, bien qu'il ait pu rebondir grâce à l'espoir. Il évoque la prochaine sortie d'une autobiographie et d'un album.

Actualité Juive : Quel est votre état d'esprit à la veille de ce concert ?

Enrico Macias : Je suis très content de renouer avec le public du Sud-Est comme Cannes, Le Cannet, Nice; c'est un peu le public de mes débuts. Ca me fait plaisir de revenir.

A.J.: L'aliyah, c'est pour bientôt ?

E.M.: J'ai toujours désiré faire mon aliyah. Mais quand, je ne le sais pas encore. Je ne peux pas la faire du jour au lendemain. J'ai une famille. Mon problème à l'heure actuelle est de penser à ceux qui ne peuvent pas la faire et de rester près d'eux. Je ne veux pas avoir le sentiment de fuir mes responsabilités et ma solidarité envers la diaspora française. Mon rêve, mon idéal est d'aller en Israël, mais ce n'est pas encore le moment.

A.J.: Vous êtes très attaché à votre terre natale. Comment réagissez-vous à l'inhumation, dans le respect du rite juif, de Roger Hanin en Algérie ?

E.M.: Il est heureux que Roger Hanin s'est fait inhumer en Algérie selon le rituel juif. C'est tout à son honneur.

A.J.: Vous sortez prochainement une autobiographie aux éditions du Cherche-Midi. Faites-vous des révélations importantes ?

E.M.: Certainement, il y aura des révélations importantes que je n'ai jamais faites au public. Je pense que ce livre va apporter des lumières sur mon parcours. Après 53 ans de carrière, tout le monde connaît beaucoup de choses sur moi. J'ai écrit certaines choses que je n'ai jamais eu l'occasion de dire. J'ai écrit ce livre, comme une profession de foi et pas dans un esprit mercantile. C'est un défoulement ou une introspection si vous aimez mieux.


« Compter sur D. et sur nous-mêmes. »


A.J.: Avez-vous des souvenirs douloureux ?

E.M.: J'ai le culte de l'espoir et de l'espérance. Je fais de la musique, c'est un médicament formidable contre les douleurs qu'on peut ressentir. Beaucoup de choses m'on fait mal, surtout la perte de proches, c'est énorme, la perte de ma terre natale, vous le savez bien. J'ai perdu mon frère en arrivant en France. Malgré ça, j'ai continué à espérer, à donner de la joie aux gens tout en restant moi-même. Je le dis dans le livre. J'ai écrit une lettre à mes petits-enfants, je leur dis : vous croyez que j'ai tout le temps cette gouaille, cette envie de rire, mais vous ne pouvez pas imaginer la douleur que j'ai.

A.J.: Pensez-vous que les épreuves nous aident à nous construire ?

E.-M.: Le succès et la réussite viennent après les échecs. Il faut savoir prendre les leçons de l'échec. C'est vrai que les épreuves nous durcissent, nous apprennent à mieux voir ce qui se passe dans le monde et à mieux comprendre la douleur des autres. Montaigne a dit « avant de connaître les autres, il faut se connaître soi-même ».

A.J.: Poursuivez-vous votre carrière du bon pied ?

E.M.: Du bon pied-noir (rires). Un nouvel album sortira dans quelques mois. On ne découvrira que des nouvelles chansons assez différentes de ce que je fais habituellement. Mais cela reste toujours dans mon style. Le titre de l'album « Les clefs » donne une indication importante. La chanson « Les clefs » a été écrite par le chanteur Da Silva. C'est le contraire de la nostalgie. Ce sont les clefs du futur, d'un idéal meilleur, de l'espérance. Ne pas avoir d'espoir, c'est dramatique. C'est pour cela que malheureusement des gens se suicident. Cette phrase un peu bateau « L'espoir fait vivre » dit la vérité. Tristan Bernard au moment de son arrestation avait dit : « Nous vivions dans la peur, à présent nous vivons dans l'espérance ». J'adhère complètement à cette philosophie.

A.J.: Parlons de votre  attachement à Israël. L'incommunicabilité entre Benjamin Netanyahou et Barack Obama vous inquiète-t-elle ?

E.M.: Pas du tout. C'est une question politique. J'ai confiance en Benjamin Netanyahou pour régler les problèmes d'Israël et de sécurité du pays. Et, s'il a été réélu, ce n'est pas pour rien. Obama, bientôt, va être remplacé. De plus, aux Etats-Unis, ce n'est pas le président qui décide de tout. Il y a un congrès, le Sénat. Je ne suis pas du tout inquiet. Dans l'histoire du peuple juif, il faut compter sur D. et sur nous-mêmes.

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