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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Nicole Bacharan : « L’amitié pour Israël d’Hillary Clinton est gravée dans le marbre »

Crédit photo : DR

C’est par un tweet et un clip de campagne posté sur son site qu’Hillary Clinton a officialisé dimanche sa candidature à la présidentielle américaine de 2016. Pour la spécialiste des Etats-Unis Nicole Bacharan, l’ex « First Lady » présente des atouts de poids pour y représenter le camp démocrate.

Actualité Juive : L’annonce de la candidature d’Hillary Clinton a créé l’événement le week-end dernier et Mme Clinton se présente déjà comme la favorite des primaires démocrates, un peu comme en 2008. Peut-elle cette fois-ci réussir son pari ? 

Nicole Bacharan : S’il n’y a pas d’événement inattendu, de coup de théâtre, Hillary Clinton a toutes les chances d’être la candidate démocrate. Par l’organisation de sa précampagne, par les soutiens verrouillés au sein des réseaux démocrates et en particulier au sein de réseaux financiers, elle a découragé plusieurs candidats potentiels de se présenter. Des primaires démocrates auront bien lieu auxquelles participeront des personnalités comme l’ancien gouverneur du Maryland, Martin O’Malley. Mais je n’imagine pas voir émerger face à Hillary un outsider ayant les mêmes atouts que Barack Obama en 2008.

A.J.: On a évoqué une candidature du vice-président Joe Biden.

 N. B. : Je n’y crois pas beaucoup même si Biden y songeait. Barack Obama ne s’est pas trop avancé dimanche dans son soutien à Hillary Clinton par courtoisie pour Joe Biden. Mais ce dernier a 70 ans et il a déjà tenté de se présenter dans le passé. Il n’a pas un profil qui fasse de lui le candidat naturel du parti démocrate.

A.J.: Le New York Times évoquait, il y a quelques jours, la délicate équation qui va se poser à Hillary Clinton, entre le souci de défendre les grandes réformes d’Obama et la nécessité de proposer un projet innovant. Partagez-vous cette analyse ?

N. B. : Tout à fait. Tout ce qui fait d’Hillary Clinton une candidate du passé, du déjà-vu, constituera une difficulté pour elle. Sa candidature intervient après la succession de quatre mandats démocrates en l’espace de vingt-cinq ans (Bill Clinton 1992-2000, Barack Obama 2008-2016, NDR). Comment apparaître différente ? Comment apporter la solution aux problèmes qu’Obama n’a pas réussi à résoudre ? Sur le plan économique, cela ne sera pas difficile de s’inscrire dans la continuité d’Obama dont la politique en la matière a été un succès. Hillary Clinton peut se présenter comme celle qui prolongera cette politique, notamment concernant la stagnation des salaires et la lutte contre les inégalités. Il sera en revanche beaucoup plus difficile d’en faire de même pour la politique étrangère. On ne sait pas où l’on en sera en 2016. La politique internationale d’Obama est perçue comme un échec, que ce soit sur le dossier russe ou sur le Moyen-Orient. Si l’ouverture avec Cuba peut être considérée comme un succès, cela reste mineur par rapport à la grande question du nucléaire iranien. Barack Obama croit en la possibilité d’un accord et il veut laisser une marque dans l’histoire. Mais aujourd’hui 68% des Américains pensent que l’Iran représente un danger et qu’un accord avec ce pays serait une mauvaise chose. Cela va constituer une difficulté pour Clinton. Elle a servi la politique d’Obama comme Secrétaire d’Etat et elle ne peut pas se renier. Mais elle va devoir expliquer qu’elle pourrait faire certaines choses différemment. Elle doit trouver un équilibre entre la fidélité à ce qu’elle a été et le besoin de présenter un nouveau projet.


«Elle pourrait demander des garanties plus fortes dans le dossier nucléaire iranien»


A.J.: Quelles pourraient être  ses priorités en matière de politique étrangère ? On la dit plus « faucon » que Barack Obama. 

N. B. : On ne le sait pas encore précisément. Elle est depuis très longtemps partisane de la solution à deux Etats dans le conflit israélo-palestinien. C’était déjà le cas au temps de son mari. Mais il est évident que son soutien à Israël est beaucoup plus ancré, perçu comme plus crédible que celui de Barack Obama. Je n’ai jamais entendu de voix expliquer qu’Israël ne pouvait pas compter sur Hillary. Son amitié est gravée dans le marbre. Elle a par ailleurs soutenu les négociations avec l’Iran et a globalement approuvé l’accord-cadre de Lausanne. Elle pourrait demander des garanties plus fortes si elle accédait au pouvoir fin 2016.


A.J. : Est-ce que ses adversaires républicains vont tenter de l’attaquer sur son expérience à la tête du département d’Etat, en particulier sur la gestion des révolutions arabes d’une part et celle de l’attaque contre l’ambassade américaine en Libye en 2012 ?

N. B. : Les républicains vont l’attaquer sur tous les sujets ! Des groupes travaillent actuellement avec pour seule mission de fouiller dans son passé pour trouver des éléments permettant de « détruire » Hillary. Sa vie privée, son passage à la Maison-Blanche comme « First Lady », son action en tant que sénatrice de New York, son rôle dans l’attaque de l’ambassade de Benghazi ou encore ses mails envoyés à partir de sa messagerie personnelle lorsqu’elle était chef de la diplomatie américaine : tout sera passé au crible et tourné en arguments d’attaque. On reverra d’ailleurs certainement la fameuse photo montrant l’administration Obama suivre en direct, dans la « Situation Room », l’opération d’élimination d’Oussama Ben Laden en 2011 et dans laquelle Hillary Clinton apparaît anxieuse, la main sur la bouche. Les campagnes américaines sont très rudes. 

A.J.: Jeb Bush vous semble-t-il son adversaire le plus probable dans le camp républicain ? 

N. B. : Jeb Bush apparaît comme le candidat naturel du parti républicain. Mais le mouvement est divisé en courants quasiment incompatibles. Si les primaires républicaines de 2012 étaient pathétiques, celles de 2016 verront s’affronter des hommes de qualité (Marco Rubio, Ted Cruz) et Bush pourrait ne pas en sortir vainqueur. Un consensus existe dans le domaine économique – moins d’impôts, de régulation et de protection sociale. Mais les sujets de discorde ne manquent pas : la place des valeurs religieuses dans la société, la politique étrangère et surtout l’immigration. 


Dernier ouvrage paru : « Les secrets de la Maison Blanche », avec Dominique Simonnet (Perrin, 21 euros).

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