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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

Chabbat 'Houkat - Balak : 21h38 - 23h01

Rubrique Culture/Télé

Yaël Naim : « Nous, Israéliens, souffrons d'envoyer nos enfants à l'armée pour mourir parfois »

« J'ai été élevée en Israël de l'âge de 4 à 21 ans » (DR)

Après cinq ans d'absence, la chanteuse franco-israélienne Yaël Naim revient avec son nouvel enregistrement "Older", un travail qui confirme l'épanouissement d'une artiste sensible.

Actualité Juive : Avec "Older" cherchez-vous à annoncer que vous approchez de la maturité ?

Yaël Naim : Plusieurs raisons ont contribué au choix de ce titre. La chanson parle de ma grand-mère en train de partir. J'étais très préoccupée par ce départ d'un être et l'arrivée dans ma vie d'un autre. Older représente beaucoup de choses que j'ai eu à traverser, comme si j'étais au milieu d'un cycle de la vie. De plus avec David (son compagnon et batteur, ndlr) on vient de célébrer nos dix ans de collaboration donc on se sent older ensemble. 

A.J.: Votre nouveau disque est sorti au moment de Pessah. Une période qui célèbre la liberté. Est-ce voulu ? Une sortie de quelque chose?

Y.N. : (Eclat de rire) Pas du tout, il est sorti il y a quelques semaines. Il y a des périodes de sorties en France et on était prêt. 

A.J.: Ecrire en anglais, c'est élargir la diffusion de la musique et des chansons, avez-vous l'intention de composer en français comme vous le faites en hébreu ou quelque chose vous retient-il ?

Y.N. : J'ai été élevée en Israël de 4 à 21 ans, donc j'ai appris à lire et écrire en hébreu et en anglais. La musique que j'écoute est anglophone. En français, je ne suis pas sûre de mes mots ni comment je dois les utiliser. Peut-être qu'un jour j'aurai un déclic. Chaque langue apporte un autre type de musicalité et du coup d'autres mélodies.


« Les artistes israéliens apportent des messages d'ouverture »

A.J.: A propos de la belle berceuse "Ima" en hébreu et en créole avec Leyla McCalla, d'où est venu l'idée de ce duo ?

Y.N. : David a rencontré Leyla McCalla à l'occasion d'un projet. Sur Internet, il a découvert sa musique qu'il m'a fait écouter et on en est tombé amoureux. De passage à Paris, on l'a invitée à la maison pour faire un essai de voix. Le déclic a été immédiat. Quelques mois après j'ai écrit des paroles sur le fait d'être mère. Je n'étais pas sûre qu'elle y soit sensible mais elle venait d'apprendre qu'elle même était enceinte. Alors elle a écrit son propre texte. C'était incroyable ! 

A.J.: Vous avez choisi comme morceau d'ouverture "I walk untill", suivi de "Make a child" et vous finissez par "Meme Iren song". Vous nous racontez donc des histoires ?

Y.N. : C'est le cycle de la vie et je me trouve au milieu. Ca commence par la projection de ce que je veux devenir et c'est vrai que parfois cela crée un décalage, pas toujours compatible avec la société, les parents. Il y a tout un parcours à faire pour se trouver et qui passe par des périodes de doute et de panique avant des changements importants. J'ai pris conscience qu'on va tous mourir un jour. Cela m'a donné envie de profiter du présent. 

A.J.: Comment est né le très émouvant "Coward" pour lequel vous jouez du piano et que vous avez aussi enregistré avec le pianiste Brad Mehldau. 

Y.N. : Il est né dans une période difficile. J'avais peur d'abandonner la vie d'avant pour aller vers une que je ne connaissais pas. Depuis toujours faire de la musique m'aide en mettant à plat ce qui m'arrive. C'est des moments de vie qui sont comme des photos. Quand j'ai terminé l'album avec parfois des couleurs classiques, comme sur cette chanson accompagnée par des choeurs, je me suis souvenue du concert de Brad Mehldau auquel j'avais assisté. Le meilleur pianiste de notre époque et le seul que j'ai entendu improviser comme le ferait Bach. On lui a fait entendre la chanson et il a dit oui. On s'est retrouvé à Amsterdam. Dès la première prise, c'était bon. 

A.J. : Face aux appels au boycott de musiciens israéliens que vous avez subis, comme à Roubaix cet automne quelle est votre réponse ? 

Y.N. : C'était un seul spectateur qui cherchait à  sensibiliser à la cause d'artistes palestiniens ne pouvant pas se produire à l'étranger. C'est délicat, on est dans une époque où chacun défend sa cause et personne n’essaie de comprendre celle de l'autre. Moi je tente de trouver un équilibre entre me faire comprendre et saisir les autres. D'habitude les artistes israéliens apportent des messages d'ouverture. Autour les gens prennent parti, alors que nous comme eux souffrons d'envoyer nos enfants à l'armée pour mourir parfois. Etablir un dialogue est le moyen à long terme de faire quelque chose de constructif. 

A.J.: Enfin, en tant que musicienne quel est le son que vous aimez le plus ?

Y.N. : Je pense que c'est le silence bizarrement et les oiseaux lorsque la nuit s'achève, tôt le matin. 

CD, « Older » , label Tôt ou tard.

En concert les 27 mai 2015  au Cirque d'Hiver et le 13 juillet 2015 à La Rochelle, aux Francofolies.


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