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07 Juin 2020 | 15, Sivan 5780 | Mise à jour le 04/06/2020 à 16h26

Chabbat Béhaalotékha : 21h36 - 23h01

Rubrique Israël

Rav Ouri Cherki : « Mon fils Shalom représentait l’Israélien idéal »

Crédit photo : DR

Le 16 avril dernier, Shalom Yohaï Cherki zal, qui attendait son bus à une station de Jérusalem, était fauché par un terroriste arabe. Son père, le rabbin Ouri Cherki a accepté de répondre à nos questions avec un rare courage et beaucoup de lucidité.

Actualité Juive : Quelques jours après la disparition de votre fils, vous avez pris des positions ouvertement politiques dans la presse israélienne. Pourquoi ?

Rabbin Ouri Cherki : Pour trois raisons : un événement dramatique a toujours des conséquences. Il faut donc se poser la question : doit-on garder ces conséquences pour soi ou doit-on les partager pour l’élaboration de la société ? Deuxièmement, le mot “politique” n’est pas péjoratif dans le judaïsme. La politique du peuple d’Israël relève de notre rôle face à l’Histoire car le peuple juif n’agit pas comme un culte ou une religion mais comme une entité nationale qui a son mot à dire sur la culture universelle et ses valeurs morales. Enfin, nous avons été nombreux à considérer que l’assassinat de mon fils concernait la société israélienne dans son ensemble. En raison de la décadence actuelle de la sécurité en Israël qui entraîne une certaine légèreté par rapport au terrorisme et également parce que nous avons été impressionnés par le rayonnement de la personnalité de mon fils.

A.J.: Les mesures que vous suggérez au gouvernement sont cependant radicales...

O. C. : Il existe un mythe selon lequel le terrorisme est une fatalité et qu’il faut vivre avec en l’absence d’accord politique avec les Palestiniens. C’est totalement faux. Nous devons comprendre quelle est la motivation profonde de ceux qui sont en face. Celle-ci repose sur le conflit entretenu par l’islam avec le monde et nous faisons partie de ce monde auquel l’islam s’attaque. Le fait qu’Israël revienne sur sa terre a des connotations théologiques extrêmement fortes pour l’islam. A cet égard, fermer les yeux sur la nature religieuse du conflit est une grave erreur. Il faut donc savoir analyser ce qui, du point de vue de nos ennemis, représente un échec. La perte de terrain représente le plus cuisant d’entre eux. Chaque acte terroriste doit donc être puni par une confiscation de terre et une implantation juive. Il faut considérer l’ennemi tel qu’il est et non pas tel qu’on voudrait le voir.

A.J. : Vous avez appelé à la peine de mort pour les terroristes.

O. C. : Oui, mais pour des raisons de justice. La justice, au même titre que la charité fait partie des valeurs. Et tant que la justice - qui comprend notamment des sanctions contre la violence - n’est pas appliquée, il y a déficience morale de notre part. Il n’est pas question ici de vengeance, qui relève du fait personnel mais bien d’une politique à mener pour les valeurs morales dont le peuple d’Israël est garant.

A.J.: Comment allez-vous ?

O. C. : Ce genre d’événement est une mise à l’épreuve des valeurs auxquelles on est fidèle. Ces valeurs s’en sont bien sorties, je pense. Ça n’a rien à voir avec la blessure et la souffrance que l’on ressent, mais conformément au judaïsme et à la mémoire de mon fils, je veux célébrer la vie. C’est elle qui doit triompher. Aujourd’hui je m’efforce de remercier le Créateur de nous avoir donné Shalom pendant 26 ans, d’avoir profité de son rayonnement et de sa joie. C’est ce qu’il aurait souhaité.

A.J.: Un dernier mot sur votre fils Zal ?

O. C. : Il représentait l’Israélien idéal. Il avait intégré deux enseignements très profonds tirés des Maximes de nos pères : « Accueille chacun avec un bon visage », et « Accueille chacun avec joie ». On peut être accueillant sans éprouver de joie. Shalom parvenait à établir une rare connexion entre ces deux préceptes.

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