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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Behar-Be'houqotaï:le sens de la chemita

Le commentaire de la semaine par Janine Elkouby, en partenariat avec la Maison d'étude juive au féminin.

Cette année, comme c’est le cas le plus souvent, ces deux sections chabbatiques, qui concluent le livre du Lévitique,  sont lues en même temps. Elles traitent pour l’essentiel de l’obligation de la chemita, la mise en repos de la terre la septième année, de celle du jubilé, et des lois qui concernent l’esclavage.

La chemita, qui est d’actualité cette année, impose aux agriculteurs en terre d’Israël de ne pas cultiver la terre la septième année (25, 1 à 7), un repos qui constitue « un chabbat en l’honneur de l’Eternel »,  et de remettre les dettes (Deutéronome 15, 1 à 4). Le jubilé, au terme de sept fois sept années, remet les compteurs à zéro, puisque les terres reviennent à leurs anciens propriétaires et que les esclaves sont libérés (25, 10 ; 54).

Le principe qui sous-tend les obligations de la chemitah et du jubilé est clairement formulé : « Nulle terre ne sera aliénée irrévocablement, car la terre est à moi, car vous n’êtes que des étrangers domiciliés chez moi » (25, 23).

Ainsi, tous les sept ans, le propriétaire doit se souvenir, et traduire cette mémoire dans des actes,  que ses possessions foncières ne lui sont en fait que concédées pour un temps et que le seul véritable  propriétaire est D. C’est cette même affirmation que Rachi martèle, en guise d’introduction à la Tora, lorsque, dans son célèbre commentaire du premier verset de la Genèse,  il se demande pourquoi la Tora s’ouvre sur le récit de la Création plutôt que sur la première mitsva, le premier commandement donné aux Hébreux au moment de la Sortie d’Egypte : l’une des réponses qu’il donne alors est l’idée que la terre tout entière appartient à D. et qu’il la donne « à qui est droit à ses yeux ». En d’autres termes, la propriété de la terre, et en particulier de la terre d’Israël,  est conditionnelle, elle dépend étroitement du comportement de ses habitants. C’est ce qui apparaît précisément dans « Be’houqotaï », qui énumère longuement et de manière insistante les bénédictions et les châtiments qui sanctionneront le comportement des Hébreux : « Et vous, je vous disperserai parmi  les nations et je vous poursuivrai l’épée haute, votre pays restera solitaire, vos villes resteront ruinées. Alors, la terre acquittera la dette de ses chômages. » (26, 33-34).   Les lois de la chemita et du jubilé apprennent à l’homme, à son corps défendant,  qu’il n’a qu’une jouissance limitée de ses biens, qu’il doit prendre conscience de ses limites, et ne pas être dupe de sa volonté de puissance.


Justice sociale

Un deuxième motif est également avancé par le texte :

«Tous les sept ans, tu pratiqueras la chemita. Voici le sens de la chemita : tout créancier doit faire remise de sa créance… A la vérité, il ne doit pas y avoir d’indigent chez toi, car l’Eternel veut te bénir dans ce pays que lui, ton D. te destine comme héritage pour le posséder » (Deutéronome, 15, 1-4)

Chemita et jubilé sont donc sous-tendus par  l’impérieuse nécessité de la justice sociale, une justice qui se trouve battue en brèche par les règles de l’économie, du commerce et de la concurrence et qu’il faut donc, à intervalles réguliers, restaurer. La septième année, «  ce sol en repos vous appartiendra à tous pour la consommation, à toi, à ton esclave, à ta servante, au mercenaire et à l’étranger qui habitent avec toi. » (25,6)

La centralité de ces lois agricoles et sociales et leur signification sont soulignées par une affirmation très forte et solennelle, deux fois répétée : « Car c’est à moi que les Israélites appartiennent comme esclaves, ce sont mes esclaves à moi, que j’ai fait sortir de la terre d’Egypte, moi, l’Eternel, votre D. » (25, 55). Le terme eved, esclave, vient d’une racine qui signifie travailler, rendre un culte.  L’enjeu de tout cela, c’est la liberté, dans tous les sens et à tous les niveaux : le D. des Hébreux est celui qui les a tirés de l’Egypte des esclaves; ses créatures ne doivent pas être asservies ; seul, il peut exiger d’être servi par eux, lui qui se définit précisément comme le D. libérateur par excellence.

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