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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Nasso: Méfiez-vous de la mortification et des mortifiés

La directrice de la Maison d'étude juive au féminin, la rabbanite Joëlle Bernheim

Le commentaire de la semaine par Joëlle Bernheim, Directrice de la Maison d’Etude Juive Au Féminin

Dans la Paracha Nasso , il est question d’une catégorie d’hommes ou de femmes caractérisés par une aura de sainteté particulière : les naziréens (Nombres ch. 6 ). La sainteté que le nazir peut acquérir de par la discipline qu’il s’impose, lui donne à connaître pour un temps -car le naziréat ne doit être qu’une condition temporaire (1)- un statut presqu’équivalent à celui du Grand Prêtre . Pendant toute cette période , l’homme ou la femme qui en a fait le voeu,  s’abstient de tout produit issu de la vigne , laisse croître librement sa chevelure sans la couper ou la rectifier , et évite de se rendre impur par le contact avec un mort (id ,id v.1 à 8) : parce que pour un temps : «l’auréole de son D. est sur sa tête» , et qu’il est «consacré à D. tous les jours de son naziréat» (id id v.7,8), comme l’est le prêtre.

Le naziréat confère au nazir un statut de sainteté, mais son voeu d’abstention (2)  une fois accompli, il doit apporter un sacrifice expiatoire (id id 11 et 14) . Et tout un courant de la Tradition représenté par Rabbi Eléazar Haccapar , protagoniste de Rabbi Elazar dans le texte du Talmud (3) où le débat princeps sur ce délicat sujet s’instaure pour être ensuite repris et amplifié dans la littérature rabbinique , justifie ainsi de cette nécessité d’expiation : le nazir qui s’est mortifié en se privant de vin entre autres  , a péché contre sa personne (4).


 La mortification n’est pas une voie privilégiée pour se rapprocher de D..

Maïmonide (5) reprenant la discussion talmudique pour lui donner sa portée la plus générale, se fait l’apôtre de Rabbi Elazar Haqqapar ;Si le nazir qui ne s’est abstenu que de vin est dans une certaine mesure redevable devant D. , il en sera évidemment ainsi pour une personne qui se serait mortifiée en renonçant à tout ce qui fait le sel de la vie . Nos Sages ont stipulé , dit Maïmonide , que l’on ne doit s’abstenir que des choses auxquelles la Torah nous engage à renoncer ; «Tous les interdits de la Torah ne te suffisent pas , que tu te condamnes encore à d’autres défenses et prescriptions!»(6).

D’une manière générale , tout ce qui fait habituellement notre plaisir , doit trouver à s’inscrire dans l’oeuvre général de sanctification de la vie duquel nous sommes partie prenante, et pouvoir s’intégrer au service du divin ; la mortification n’est pas une voie privilégiée pour se rapprocher de D..

Yehuda Halévi (7) rappelle à ce propos que trois grands registres affectifs doivent ensemble inspirer notre vie religieuse : la crainte certes , mais également l’amour et la joie. Et il convient de se rapprocher de D. sur ces trois modes. «Et ne crois pas, dit-il, que la mortification que t’imposes au jour de jeûne a plus de valeur devant D. que la joie qui est tienne au jour du chabbat et au jour de fête».

 

(1)   En règle générale ne doit pas excéder 30 jours, cf Michna Nazir ch. 1

(2)   cf commentaires de Rachi et Ibn Ezra sur Nombres 6,2

(3)   Masséh’et Taanit 11a

(4)   cf Rachi sur Masséhet 11a et sur Nombres 6,11

(5)   Michné Torah, Hilh’ot Déot , ch.3 , par. 1

(6)   Talmud de Jerusalem, Nedarim 9,1 cité par (5)

(7)   Sefer Hakuzari, 2e partie , paragraphe 49

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