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16 Novembre 2018 | 8, Kislev 5779 | Mise à jour le 14/11/2018 à 18h15

17 novembre - Chabbat Vayétsé : 16h51 - 18h00

Rubrique Monde juif

« 24 jours » d’Alexandre Arcady a été vu par un million et demi d’Italiens

Le débat de la Rai qui a précédé la projection, avec, parmi les invités, Bernard-Henri Lévy (à droite). Crédit Photo : ARIEL NACAMELI

« Le film s’inscrira dans la durée » disait, il y a quelques mois, Alexandre Arcady à l’heure de la sortie en DVD de « 24 jours » - (dans un entretien publié ici même). Ces dernières semaines viennent aujourd’hui confirmer la conviction du réalisateur (1).

Cette vérité sur l’affaire Ilan Halimi, pour reprendre le sous-titre du film, qu’aucune chaîne française du service public n’a voulu financer ni diffuser à ce jour - au motif que « cela jetterait de l’huile sur le feu » répondait-on au réalisateur - a donné lieu pendant deux jours à un véritable événement en Italie.

Le 6 mai, dans l’un des plus grands auditoriums de Rome décoré de bannières clamant « Je suis Ilan », ce sont près de 2000 personnes qui ont assisté à la Première du film. « 24 jours » a été projeté après les témoignages bouleversants de Ruth Halimi, invitée pour l’occasion, et de Gadi Gaj Taché, dont le petit frère de 2 ans a été tué dans l’attentat perpétré en 1982 par l’OLP de Yasser Arafat contre la synagogue de Rome (l’attentat avait aussi fait 27 blessés). Un débat précédait également la projection, avec la participation de Bernard-Henri Lévy et de l’Imam Chalgoumi de Drancy, en présence du grand rabbin de Rome, du vice-président de la communauté musulmane d’Italie et de l’un des plus hauts représentants de l’Eglise.

« C’est un véritable exemple de ce que peut être une prise de conscience nationale, souligne Alexandre Arcady, qui avait aussi été invité à s’exprimer dans un premier temps au cours d’une conférence de presse très suivie par les médias italiens. « Le film a été doublé en italien et sous-titré en anglais » précise-t-il. De nombreuses personnalités du monde politique, diplomatique, et artistique assistaient à cette soirée enregistrée pour être diffusée dès le lendemain soir.


« Je suis Ilan », une Première exemplaire diffusée en prime time

En partenariat avec la RAI (chaînes du service public italien), l’événement a été organisé par « Projet Dreyfus » (Progetto Dreyfus), un think tank apolitique créé en 2012 autour des valeurs du Judaïsme, du conflit au Proche-Orient et des politiques d’intégration, avec le soutien de l’Ambassade d’Israël en Italie, de la Communauté juive de Rome et de l’Agence Juive.

Le lendemain même, c’est en “prime time” que la chaîne publique italienne a diffusé (sur RAI 2) la soirée dans son intégralité. Près d’un million et demi d’Italiens ont ainsi suivi le débat après avoir découvert « 24 heures », « ce miroir dans lequel les Français ne veulent pas regarder », selon le mot de Manuel Valls (environ 250 000 spectateurs français à ce jour, en salles exclusivement).

C’est donc un message fort que l’Italie - où la communauté juive qui compte 23 000 membres a fait face à près de trois fois plus d’incidents antisémites pendant la guerre de l’été dernier à Gaza (2) - a choisi d’envoyer pour dire non à l’antisémitisme, au fondamentalisme, au terrorisme, et pas seulement à l’adresse de son opinion publique. 

(1) Le film est sorti depuis le 24 avril aux Etats-Unis où il est projeté dans une soixantaine de villes.

(2) En particulier avec la distribution de tracts anti-israéliens à Rome signés d’un groupe d’extrême droite, et à Turin, appelant au boycott de commerces appartenant à des juifs listés. L’Union des communautés juives en Italie (plus d’une vingtaine d’associations du pays) avait d’ailleurs créé en septembre une ligne directe.


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