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02 Juillet 2020 | 10, Tammuz 5780 | Mise à jour le 02/07/2020 à 08h54

Chabbat 'Houkat - Balak : 21h38 - 23h01

Rubrique Monde juif

Le groupe de filles hassidiques qui fait rocker Brooklyn

Dalia Shusterman et Perl Wolfe (The Bulletproof Stockings)

Avec leur rouge à lèvresflamboyant, leurs blousons en cuir et leurs perruques au brushing impeccable, Dalia Shusterman et Perl Wolfe détonnent au sein de la communauté hassidique de Crown Heights, à Brooklyn. Ces deux amies, âgées respectivement de 40 et 28 ans, sont à la tête d’un des rares groupes de rock alternatif, créé exclusivement par des femmes et pour des femmes.

Leur nom “The Bulletproof Stockings” signifie “les collants pare-balles” et fait référence aux bas ultra-opaques, portés par souci de modestie, par les femmes orthodoxes de leur communauté loubavitch. « C’est l’adresse e-mail que s’était choisie Dalia quand je l’ai rencontrée. A l’époque, ça m’avait fait beaucoup rire ! » se souvient Perl, la pianiste et compositrice du groupe. « C’est un nom qui symboliquement résume assez bien ce à quoi nous aspirons : être des femmes à la fois religieuses, féminines mais aussi fortes et invincibles ».

Désireuses d’exprimer leur créativité, dans les limites imposées par la halakha, les deux artistes (dont la musique s’inspire des enseignements et des mélodies hassidiques) ne s’adressent qu’à un public strictement féminin, afin de respecter l’interdit du “Kol Icha”. Un principe qui stipule que « la voix de la femme est une nudité » interdite aux oreilles des hommes. « La grande majorité du monde Loubavitch voit notre initiative d’un œil favorable. Evidemment, il y a quelques esprits chagrins qui estiment que nous chantons trop fort et que faire de la musique rock n’est pas convenable pour les femmes. Mais ce n’est qu’un simple point de vue, qui n’a rien de halakhique » affirme la chanteuse dont la voix rappelle celle de Fiona Apple.


Exprimer leur créativité dans les limites de la halakha

Comme un signe du destin, les deux artistes se sont rencontrées à un moment charnière de leurs vies : à l’époque, Dalia, mère de 4 enfants, vient de perdre subitement son mari, tandis que Perl, divorcée pour la seconde fois à l’âge de 24 ans, traverse une crise existentielle. « Autour de Pessah, au moment même où Dalia était en deuil, j’ai eu une sorte de révélation artistique. Alors que je cherchais désespérément des réponses auprès de D.ieu, ce sont des flots de paroles et de musique qui me sont venus. Cela ne m’était jamais arrivé ! ».

L’été suivant, Perl, qui vit alors à Chicago, part s’installer à New York pour se lancer dans la musique. Alors qu’elle se met en quête d’une batteuse pour monter un groupe de rock alternatif aux accents hassidiques, une connaissance évoque l’existence de Dalia. Cette dernière s’est éloignée de la religion à l’adolescence. A 16 ans, elle s’est prise de passion pour les percussions, lors d’un concert à New York, puis a parcouru le monde avec un groupe de rock psychédélique The Hopewell, avant de devenir Loubavitch. « C’était fou. Car des femmes religieuses qui jouent de la batterie, ça ne court pas les rues ! Nous avons immédiatement accroché musicalement » raconte Perl, qui a ensuite recruté une guitariste, une violoncelliste et une violoniste.

« Jouer devant un public féminin est une sacrée expérience : les filles ne sont plus dans un esprit de compétition, se préoccupent moins de leur apparence et se comportent vraiment en sœurs. C’est magnifique de voir des femmes religieuses, d’autres non-pratiquantes ou parfois même non-juives vibrer toutes ensemble en se tenant la main ».

Après avoir sorti quatre titres sur iTunes, et levé près de 40 000 dollars sur une plate-forme de financement participatif, les Bulletproof Stockings enregistrent actuellement leur premier album. « Il devrait sortir à l’automne prochain » explique Perl. « Si D.ieu veut ! ».

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