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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Arabie Saoudite: Le coup de force des Soudayri

Le roi Salman d’Arabie saoudite (DR)

Les nominations du roi Salman modifient les équilibres internes du pouvoir et confirment le virage offensif de la diplomatie saoudienne.

La jeunesse au pouvoir

L’Arabie saoudite est régulièrement moquée pour l’âge de ses monarques qui traduirait le conservatisme de Riyad. La série de nominations décidée par le roi Salman, le 29 avril, représente à cet égard une entreprise de renouvellement politique probablement inédite dans l’histoire longue du royaume. En plaçant son neveu Mohamed Ben Nayef et son fils Mohamed Ben Salman respectivement numéros 2 et 3 dans l’ordre de succession, le souverain évince ses autres frères au profit de la « seconde génération » des Saoud.

Le nouveau prince héritier, surnommé « MBN », a construit sa carrière en menant, sous l’égide de son père, le redoutable Nayef, puis à la tête du ministère de l’Intérieur après le décès de celui-ci, une lutte sans merci pour éradiquer la présence d’Al Qaïda dans le pays. Menacé par une vague d’attentats entre 2004 et 2005, le royaume n’avait pas lésiné sur la répression des cellules fidèles à Oussama Ben Laden, avec un certain succès. Les djihadistes non éliminés avaient quitté en toute hâte l’Arabie pour rejoindre le Yémen voisin. C’est là qu’ils fusionneront avec la branche locale du mouvement terroriste pour former en 2009 « Al Qaïda dans la péninsule arabique ».

Patron depuis janvier du Conseil des affaires politiques et de sécurité, tour de contrôle de la stratégie sécuritaire nationale, Ben Nayef se positionne comme l’homme fort du royaume. A 55 ans « Monsieur Sécurité » a un bel avenir devant lui. Son cousin Mohamed Ben Salman, alias « MBS », n’est pas en reste. Si son âge demeure énigmatique (30 ans ?), il n’a cessé ces derniers mois de prendre du galon, devenant vice-prince héritier après avoir conquis le ministère de la Défense. Ces deux ambitieux piliers de la guerre en cours au Yémen cohabiteront-ils harmonieusement ?


Les Soudayri plus puissants que jamais

Principale victime du saut générationnel : le désormais ex-prince héritier Muqrin. L’âge (69 ans) du plus jeune fils encore vivant du fondateur du régime, Ibn Saoud, n’est pas en cause. Le motif de son éviction – la thèse d’un retrait volontaire avancée par le régime ressemblant à une pénible opération de communication – est à rechercher ailleurs, là où le pouls de l’Arabie du pouvoir bat depuis des décennies : les luttes claniques. Les descendants d’Hassan bint Ahmed Al Saoudayri, l’épouse favorite du fondateur du royaume Ibn Saoud, sont désormais aux manettes de l’Etat, après en avoir écarté les factions rivales. Salman, « MBN » et « MBS » monopolisent désormais les principaux leviers du pouvoir, une concentration qu’avait souhaité éviter le dernier souverain Abdallah en plaçant Muqrin, d’origine yéménite par sa mère, comme prince héritier. La « soudayrisation » en marche du royaume pourrait néanmoins susciter à moyen terme des réserves affirmées des clans concurrents.


Une diplomatie plus offensive

Ces nominations, auxquelles s’ajoute l’arrivée de l’ambassadeur à Washington, Adel Al-Joubeir, au ministère des Affaires étrangères, indiquent le maintien d’une ligne pro-américaine par la nouvelle administration saoudienne. Ben Nayef a ses entrées à la CIA et Al-Joubeir maîtrise sur le bout des doigts les arcanes du Département d’Etat. Sans effacer les tensions existantes avec l’administration Obama, accusée de manquer de fermeté face à l’Iran, ces choix démontrent que la pérennité du « pacte du Quincy », socle de l’alliance américano-saoudienne signée en 1945, n’est pas fondamentalement remise en cause. Pour autant, Salman et les Soudayris semblent désormais décidés à prendre davantage d’initiatives – et de risques – pour contenir l’expansionnisme chiite au Moyen-Orient. C’est le sens de l’opération aérienne au Yémen, visiblement contestée par Muqrin, ce qui a probablement contribué à sa chute.  Ce n’est probablement qu’un début.

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