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20 Septembre 2017 | 29, Elul 5777 | Mise à jour le 20/09/2017 à 12h11

Rubrique Culture/Télé

On a lu le dernier livre d'Aharon Appelfeld

Aharon Appelfeld fait partager la simplicité, la spiritualité, «la véritable animalité» et le bonheur de ces partisans juifs cachés dans une forêt d’Ukraine.

La Seconde Guerre mondiale n’a plus que quelques mois pour li-quider les fugitifs qui n’ont pas encore été jetés dans les trains. Edmund a dix-sept ans lorsqu’il rejoint un groupe de partisans juifs replié dans la forêt ukrainienne. Echappé du ghetto, il a laissé derrière lui ses parents, une scolarité brillante et des souvenirs amers. Le lycéen délicat est devenu un combattant robuste, mû par le désir d’exécuter les ordres et de consigner les événements à la manière d’Aharon Appelfeld : une langue retenue, musicale, précise, poétique, nourrie des silences si pleins de sens chez l’écrivain israélien. Le récit s’installe avec la prudence de l’explorateur qui s’assure que le terrain est bien préparé.


La troupe doit maîtriser la nature, lutter contre le froid, s’exercer au combat, faire dérailler des trains et protéger les plus faibles : Mi-lio l’enfant mutique, Michaël, si doué en mathématiques et en physique et la vieille Tsirel, mémoire de la tribu. Les hommes, communistes, membres du Bund ou des jeunesses sionistes sont tous porteurs de secrets ou de remords mais là, au pays de l’eau, ils sont un « être collectif uni contre le Mal ». Leur chef, Kamil, homme de livres et commandant bienveillant,  « pèse chaque mot prononcé » et porte - étrange « coïncidence » - une casquette à visière épaisse qui lui donne, écrit Edmund, «l’air d’un pêcheur». Le soir, la troupe lit des passages de la Bible, de la littérature hassidique, de la poésie et les grands auteurs russes et allemands :  Dostoïevski, « icônes de l’âme slave » et Buber et Rosenzweig pour donner un sens à ce qui leur arrive, se révéler à eux-mêmes et comprendre que de ce combat ne dépend pas seulement leur survie. Si Kamil les entraîne sur la cime (lieu de la rencontre décisive chez Erri de Luca), c’est pour «sauver le judaïsme» et en redescendre totalement juifs. 

Aharon Appelfeld, « Les partisans », Ed de l’Olivier, 320 pages, 22 euros.

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