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15 Décembre 2017 | 27, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

16 décembre - Chabbat Mikets : 16h36 - 17h49

Rubrique France/Politique

Orange, la mécanique du marché

Stéphane Richard, le PDG d’Orange, tente d’éteindre l’incendie qu’ont suscité ses déclarations. (DR)

Si elles procèdent davantage d’une logique économique que politique, les déclarations de Stéphane Richard témoignent néanmoins de l’attrait exercé par les marchés arabes sur les stratégies d’entreprises françaises.

« L’Afrique et le Moyen-Orient sont une composante clé de la stratégie de développement Orange ». C’est parfois en relisant à froid un communiqué institutionnel que l’on en déduit toutes les potentialités. Celui-ci date du 23 février dernier et annonce en grande pompe la montée de l’opérateur Orange au capital de son homologue égyptien ECMS, connu par le grand public sous le nom de Mobinil. 210 millions d’investissements, 99% des parts du deuxième acteur égyptien du secteur. 

« Grâce à cet investissement, Orange réaffirme son engagement sur le marché égyptien, qui constitue l’un des actifs les plus importants de la région, et son marché le plus grand en termes de clientèle ».

Depuis une semaine, Stéphane Richard, le PDG d’Orange, tente d’éteindre l’incendie qu’ont suscité ses déclarations à l’issue d’une conférence de presse organisée en Egypte. « Je suis prêt à abandonner dès demain » le partenariat commercial avec l’Israélien Partner Communications si cela n’occasionnait pas d’importantes pénalités financières, avait expliqué M. Richard, mercredi 3 juin au Caire. L’accord de licence, signé en 1999 par la société israélienne et Orange, soit un an avant le rachat de la firme britannique par France Télécoms, a été depuis renouvelé plusieurs fois, la plus récente prolongation remontant à moins de deux mois.  Un cas unique dans le monde pour Orange qui refuse désormais de céder une licence dans un pays où il ne serait pas opérateur.

Lorsqu’un journaliste égyptien l’interroge sur l’action de son groupe en Israël, Stéphane Richard calibre sa réponse. Il se sait attendu. Depuis au moins l’année 2011, Orange fait l’objet d’une campagne de mobilisation de l’organisation antisioniste BDS (Boycott, désinvestissement, sanctions). En cause : ses investissements en Israël et son partenariat avec Partner. Une pétition est lancée en janvier 2012, soutenue par des syndiqués de la CGT et de SUD. Le mois dernier, un rapport de 52 pages, « Les liaisons dangereuses d’Orange dans le territoire occupé palestinien », publié notamment par la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) et la CGT, recommande « l’interruption de (la) relation d’affaires » entre la firme française et Partner.


« Pas un seul groupe de télécom aussi actif sur le marché israélien »

Le PDG d’Orange a-t-il été sensible à cette campagne de délégitimation ? Certainement, mais elle ne peut à elle seule justifier l’orientation stratégique annoncée au Caire. La preuve : le reste des activités du groupe en Israël. Orange y a racheté en 2008 Orca, devenue Viaccess Orca, spécialisé dans la diffusion de médias en ligne (IPTV) et propose Orange Business Services aux entreprises israéliennes. La marque a également établi l’an dernier dans le pays un incubateur pour start-ups, Orange Fab Israel. Une implantation difficile à allier à une démarche de boycott. « Il n’y a pas un seul groupe de télécoms au monde aussi actif sur le marché israélien » confirme sur son blog Jérémie Berrebi, entrepreneur et business angel franco-israélien en relation avec Orange.

La vérité serait ainsi à trouver ailleurs, dans les subtilités des stratégies d’entreprise. A la recherche de nouvelles opportunités de croissance, Orange entend aujourd’hui développer ses marchés en Afrique et dans le monde arabe. 3 milliards de contrats ont ainsi été signés l’an dernier au Maroc, en Tunisie, en Irak et en Arabie Saoudite. On évoque également la mise en place prochaine d’une holding regroupant l’ensemble des activités du groupe en Afrique. Stéphane Richard a-t-il voulu honorer ses gros clients, sensibles à « la question israélienne » ? « Nous voulons être l’un des partenaires de confiance de l’ensemble des pays arabes » lançait-il au Caire mercredi. Le quotidien israélien Israel Hayom croit également savoir que des pressions émanant du Qatar, qui envisage de signer un deal d’un milliard de dollars avec la firme française, auraient influé sur la décision stratégique. Dernière piste plausible, le PDG d’Orange a tenté par ses propos de faire redescendre la pression pesant sur sa filiale égyptienne Mobinil, cible d’un appel au boycott lancé fin mai par un ancien candidat à la présidentielle pour son « alliance » avec Partner, via Orange.

« Nous aimons Israël » se justifiait après coup Stéphane Richard. Pas autant que les contrats. Business is business.

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