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14 Novembre 2019 | 16, Heshvan 5780 | Mise à jour le 13/11/2019 à 17h43

Rubrique France/Politique

Richard Prasquier: Les défis de la lutte contre l'antisémitisme

Crédit photo : DR

Le billet de Richard Prasquier, Président du Keren Hayessod France Président d’Honneur du Crif

Dans son brillant exposé à l’Assemblée Générale du CRIF le 14 juin dernier, le préfet Gilles Clavreul, délégué à la lutte contre le racisme et l’antisémitisme, a présenté les mesures qui allaient être appliquées, après avoir rappelé sans fard les dysfonctionnements auxquels il fallait se confronter.

La gravité de la situation semble enfin reconnue. Beaucoup de temps a été perdu : treize ans après « les territoires perdus de la République », onze ans après les rapports Ruffin et Obin, ces textes à certains égards prophétiques dont on n’a pas tenu compte. Et notamment le constat que l’antisionisme - je préfère le terme israélophobie, mais chacun comprendra - est la forme contemporaine de l’antisémitisme, ce monstre aux déguisements multiples. Ces textes bousculaient les idéologies dominantes et les féodalités intra ministérielles : il était plus commode de les oublier. La détestation d'Israël, elle, s’est généralisée de plus belle avec les conséquences que l’on sait.

Il y a peu encore, le CRIF expliquait à un monde anglo-saxon sceptique que la France n’était pas un pays antisémite mais qu’il y avait de l’antisémitisme en France. Cette triste « spécificité française » n’en est plus une, et cela est malheureux : il n’est que d’entendre l’ancien grand rabbin du Royaume-Uni, Lord Sacks, prévoir la future disparition du judaïsme en Europe. Il n’est que de voir la situation dans les campus de l’ouest des USA où des étudiants juifs n’osent plus exprimer de soutien à Israël par crainte de représailles physiques ou d’ostracisme social. Il n’est que de lire l’enthousiasme nouveau des militants du BDS. Le spectre d’une fin de partie pour les Juifs en diaspora est devant nous. Il faut l’affronter, ni l’alimenter, ni l’occulter. Les Juifs resteront durablement dans des pays où ils garderont les conditions d'une citoyenneté complète et paisible. Ce n’est pas le cas quand un enfant, voyant des soldats devant un immeuble inconnu, demande s’il s’agit d’une nouvelle école ou d’une nouvelle synagogue. Et ce serait encore moins le cas, bien sûr, si cette protection était déniée.

De là, l'importance de la délégation présidée par Gilles Clavreul. Elle pourra impulser des modifications législatives, réglementaires, numériques, administratives, judiciaires, éducatives. Elle développera la lutte contre les stéréotypes. On imagine qu’elle déterminera - et ce sera difficile - un processus d’évaluation de l’efficacité des actions préconisées qui ne se limitera pas à une simple comparaison de comptage, ne cherchant qu’à augmenter le même. On espère qu’elle ne rechignera pas à « nommer » sans tabou, même si cela peut être politiquement « sensible » : distinguer le racisme de l’antisémitisme, aussi inacceptables l’un que l’autre ; distinguer l’islamophobie du racisme antimusulmans ; démonter le caractère pathologique de la focalisation sur Israël et sa dérive antisémite.


« Une haine des Juifs sans retenue, car autorisée par le texte.»

Mais cela ne suffira pas. Et il y a au moins deux domaines délicats qu’il lui faudra affronter car ils touchent à l’essentiel, mais que certains auront peur d’ouvrir. D’abord, lutter contre le conditionnement djihadiste, embrigadement de type sectaire où la religion est prétexte à un engagement particulièrement dangereux pour la société. Les arguments moraux, ou rationnels sont inefficaces. L’emprisonnement est nécessaire, mais pire. Peut-on s’aider des neurosciences et des psychothérapies modernes, sans être accusé de manipuler les consciences ? Il faut y réfléchir.

Ensuite défendre avec force notre vérité laïque, qui est LA vérité scientifique. Sur une télévision égyptienne (signalé par Memri), le prédicateur maison s’exprime sur les chrétiens en terre d’Islam : « Il faut les remercier de nous laisser prêcher l’Islam chez eux, mais il n’est pas question de les laisser prêcher chez nous. L'Islam est vérité et leur religion est mensonge, notre devoir est donc de soumettre les autres à la vérité ».

Logique imparable. Tout est dit en ces mots, qui sont ceux des lycéens qui tendent le Coran en protestation à leur professeur de philosophie, d'histoire ou de biologie. Ce sont les mêmes qui expriment une haine des Juifs sans retenue, car autorisée par le texte, tel qu’on le leur a inculqué.

Ce sont eux qui ont fait perdre à la République ses territoires : le succès de la délégation Clavreul sera de les récupérer et d'assécher ainsi la source majeure des violences antisémites… Souhaitons-lui bonne chance dans cette tâche extrêmement difficile, mais restons vigilants, car les désillusions furent nombreuses.

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