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17 Décembre 2017 | 29, Kislev 5778 | Mise à jour le 14/12/2017 à 14h19

Rubrique France/Politique

Badinter, Goldnadel, Klugman: y-a-t-il une manière juive d'exercer le métier d'avocat?

Robert Badinter : « Le Judaïsme est porteur de vie et non de mort » (DR)

Parce qu’en tant qu’avocats et juifs de surcroît, ils ont cette quête de la justice chevillée au corps, ces professionnels de la défense ont une façon assez spécifique de percevoir leur métier.

« Je suis certainement devenu avocat parce que je ressens quelque chose d’insupportable – et sans doute de propre aux Juifs - devant l’injustice. C’est un sentiment qui résulte de notre rapport à l’histoire, à la société et aux pouvoirs. Ce rapport à l’injustice est tellement constitutif qu’on en devient porté par notre identité. Être un avocat juif, c’est avoir développé une sensibilité exacerbée face à l’injustice. Toutes les injustices », explique aujourd’hui Patrick Klugman. L’ancien président de l’Union des Étudiants Juifs de France est aujourd’hui l’avocat des familles des victimes de la tuerie de Toulouse ainsi que des otages de l’Hypercacher. Il a par ailleurs également été l’avocat des Femen.

Pour lui comme pour d’autres avocats imprégnés par leur judaïsme, cette part identitaire confère une dimension supplémentaire au sens qu’ils donnent à leur action. Ainsi l’ancien garde des sceaux Robert Badinter à l’origine de l’abolition de la peine de mort a souvent rappelé dans ses allocutions que « le Judaïsme est porteur de vie et non de mort ». Autre exemple de convergences, celui d’Adolphe Crémieux (à l’origine, en 1870 du décret accordant la citoyenneté française aux Juifs d’Algérie) qui, dans ses plaidoiries en tant qu’avocat aimait rappeler les valeurs humanistes et universalistes que porte le judaïsme.


Valeurs du judaïsme

« Lorsque l’on est juif et que l’on a grandi (comme c’est mon cas) dans un milieu pratiquant et baigné dans l’étude des textes sacrés du judaïsme, on ne peut pas ne pas faire abstraction de cette formation. Que ce soit dans sa vie de tous les jours ou dans sa vie professionnelle, quel que soit le métier que l’on exerce. Cette empreinte s’impose sans doute encore plus lorsque l’on est à la fois avocat et dirigeant communautaire. Nos causes vont être, on le sait, scrutées de l’extérieur. Ainsi, dans certains cas, un avocat juif engagé a - selon moi - le droit, et même le devoir de  refuser certains dossiers », reconnaît ainsi Ariel Goldmann, avocat au barreau de Paris et président du Fonds Social Juif Unifié.

Un avis que rejoint Patrick Klugman : « En un mot, être un avocat juif, c'est admettre d'être un avocat imparfait, puisque cela revient à s'interdire des comportements, des clientèles ou des attitudes qu'un autre avocat pourrait adopter sans difficulté. Et la première cause qu’un avocat juif ne peut défendre, c’est le racisme quel qu’il soit. Qu'on le veuille ou non, cette part juive nous oblige et elle nous oblige vis-à-vis de nos clients, des magistrats, des confrères ou des médias à l'exemplarité ».

Les valeurs du judaïsme s’imposent alors à ces avocats, tant dans le choix des causes que dans leur façon de les défendre. « Lorsque l’on défend un dossier de terrorisme antisémite, on représente bien sûr des victimes, mais on porte aussi une voix qui est bien plus vaste et qui vient de beaucoup plus loin. Il faut assumer cette parole avec tout ce qu'elle implique et notamment des comportements éthiques qui nous lient bien au-delà de la relation traditionnelle client-avocat », considère P. Klugman. Pour A. Goldmann cette « manière juive » d’exercer le métier d’avocat doit se traduire aussi par un « souci permanent de l’éthique ». « Si l’on peut défendre des personnes qui ont pu faire des erreurs ou des fautes – tout le monde ayant droit à un avocat – on ne peut pour autant franchir une certain manière de cautionnement des actes en question. On peut en effet tout expliquer, mais pas tout justifier. Je parle bien sûr de la pratique judiciaire, mais cette éthique doit s’imposer aussi dans la conduite des affaires pour ceux qui ont choisi le droit des affaires plus spécifiquement ».

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