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28 Novembre 2021 | 24, Kislev 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Moyen-Orient/Monde

Le Hamas rappelé à l’ordre en Turquie

Saleh Arouri, le chef du groupe terroriste palestinien en Turquie. (Youtube)

Le groupe terroriste opère depuis le pays via un centre de commandement dirigé par Saleh Arouri. Ankara exige aujourd’hui une suspension de ses activités.

Alors que son rôle dans l’inclinaison islamiste de la rébellion syrienne anti-Assad lui a valu les récriminations de certains de ses alliés occidentaux, la Turquie serait aujourd’hui dans le viseur de Washington pour les facilités qu’elle octroie à l’antenne locale du Hamas. Selon des révélations du journal israélien Haaretz, Ankara aurait fait passer des consignes de modération à Saleh Arouri, le chef du groupe palestinien dans le pays, afin d’éviter d’être accusé de soutien au terrorisme. Le Hamas figure aux Etats-Unis sur la liste des organisations terroristes, ce qui place en porte-à-faux, selon la loi américaine, tout Etat ou structure lui apportant assistance. Focalisé sur le sort de la guerre en Syrie et de ses prolongements en Irak, affaibli par la victoire décevante aux élections législatives début juin qui ont vu lui échapper la majorité absolue au Parlement, le régime AKP de Recep Tayyip Erdogan semble aussi enclin à calmer le jeu sur un terrain à l’origine de nombreuses frictions avec Israël ces dernières années.

Car Saleh Arouri fait certainement partie des quatre ou cinq membres du Hamas les plus surveillés au monde par les services israéliens. A la tête du centre de commandement du groupe en Turquie, l’homme a transformé le pays en plaque tournante des activités internationales du mouvement palestinien, à côté du Qatar où réside toujours Khaled Meshaal, le chef du bureau politique avec lequel Arouri entretient des relations étroites. Né en 1966 dans le district de Ramallah, Saleh Arouri s’est distingué dès la fin des années 1980, au moment de la Première Intifada (1987-1991) en participant à la naissance de la branche cisjordanienne du Hamas. Plusieurs fois condamné à des peines de prison pour activités terroristes, il est finalement expulsé par Israël en 2010. On le retrouve en Syrie puis en Turquie, où il bénéficie d’une grande marge de liberté, bien que ses activités n’échappent pas aux renseignements locaux.


L’autonomie d’Arouri

Composé notamment d’anciens prisonniers palestiniens libérés dans le cadre de l’échange avec le soldat Guilad Shalit en 2011 – Arouri a d’ailleurs en charge le portefeuille des prisonniers au sein du bureau politique de l’organisation – le centre turc du Hamas accueille des étudiants palestiniens en « formation » (maniement des armes, instruction idéologique), distribue des fonds pour mener des actions contre les intérêts de l’Etat hébreu, en Israël ou à l’étranger. Elle se trouve dans la ligne de mire du Shabak, la Sécurité intérieure israélienne, après son implication dans une tentative de coup d’Etat avortée contre l’Autorité palestinienne en Judée-Samarie, en mai 2014, puis la mise au jour, à l’automne dernier, d’un important réseau terroriste en Judée-Samarie, finalement démantelé alors qu’il préparait des opérations contre Israël. Le responsable de cette dernière cellule, Riyad Nasser, aurait été personnellement chargé par Arouri de le seconder dans la gestion du groupe en Judée-Samarie après son départ en Turquie.

Arouri en demeure néanmoins le pilote et agirait, selon Haaretz, en toute autonomie par rapport à la direction du Hamas à Gaza, et en particulier à sa branche militaire dirigée par Mohammed Deïf, annoncé pour mort après une frappe israélienne en août, au cours de l’opération « Bordure protectrice », mais qui en aurait finalement survécu. La mise en garde turque a-t-elle des chances d’être efficace ? Elle va certainement limiter, pour un temps tout du moins, les marges de manœuvre d’Arouri sur le sol turc. Mais lui comme ses acolytes continueront à tirer profit de la liberté dont ils bénéficient dans certains pays (Turquie, Qatar et surtout Malaisie) pour appuyer les membres du Hamas en Judée-Samarie qui sont jusqu’ici relativement bien maîtrisés. Israël et l’Autorité palestinienne, qui coopèrent pour endiguer cette menace islamiste, se réjouiront certainement du rappel à l’ordre turc, sans y voir néanmoins une panacée.

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