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28 Novembre 2021 | 24, Kislev 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Régions

Hagay Sobol : « Djihadisme et le problème identitaire »

« Nombre de Français, quelle que soit leur origine, sont en quête de repères » (DR)

Face aux terribles événements qui ont secoué la France, une commission d’enquête parlementaire sur la surveillance des filières et des individus djihadistes a été diligentée. Présidée par Eric Ciotti, la commission vient de finaliser son rapport, présenté par Patrick Mennucci à l’Assemblée nationale qui l’a adopté à l’unanimité. Cette commission a auditionné des membres des services de renseignement, des juges antiterroristes, des spécialistes dans le domaine du djihadisme. Le professeur de médecine Hagay Sobol en faisait partie.

Actualité Juive : Comment un professeur de médecine s’est-il retrouvé à participer à ce dispositif ? 

Hagay Sobol : Etre issu de la société civile présente l’immense avantage de ne pas être entravé par un appareil ou un système qui limite parfois l’analyse et l’action. C’est cette forme de liberté qui dès 2012 m’a permis de publier un article pour le site d’information Atlantico qui anticipait malheureusement la situation actuelle. Il a semblé intéressant aux parlementaires de « recevoir un professeur de médecine qui faisait ce genre d’analyse il y a trois ans ». Je ne peux que les remercier d’avoir rendu cela possible et de m’avoir permis de présenter notre expérience associative marseillaise, le collectif « Tous enfants d’Abraham » pour le dialogue interculturel.

A.J. : Quel rapport y a-t-il entre ce collectif et le dossier du djihadisme ?

H.S. : C’est cette expérience associative qui m’a fait prendre conscience des insuffisances de notre système dont pouvaient tirer profit des personnes mal intentionnées. Le terreau fertile sur lequel se développe le djihadisme est le problème identitaire. Nombre de Français, quelle que soit leur origine, sont étrangers à eux-mêmes, en quête de repères. Cette forme « d’amnésie », source de fragilité, est la mère de tous les embrigadements. Ce fléau qui n’épargne aucune classe sociale s’inscrit dans une montée globale des extrêmes qui s’alimentent les uns les autres.

A.J. : Concrètement qu’avez-vous proposé ?

H.S. : J’ai présenté un projet de prévention du djihadisme en plusieurs points, intégrant pédagogie et éducation. Force est de constater qu’aujourd’hui toute une frange de la population ne se retrouve plus dans le modèle d’identité française qui nous est donné. Ces mêmes personnes sont des proies potentielles pour les recruteurs du djihad mondial, soit à travers des filières organisées, soit via la propagande djihadiste déversée sur Internet, qui insufflent une identité de substitution, pervertie et instrumentalisée à des fins politiques. Il est donc impératif d’explorer de nouvelles voies, préservant le socle de valeurs communes, tout en prenant en compte la diversité de la France d’aujourd’hui. Car vivre ensemble suppose deux conditions : savoir qui l’on est et interagir avec l’autre.

A.J. : Pensez-vous que l’on doit privilégier le renseignement et l’arsenal répressif au détriment de moyens pédagogiques ?

H.S. : Dans ce combat existentiel il est impératif d’utiliser tous les moyens à notre disposition, y compris l’éducation. Serait-il raisonnable, lors d’un conflit, de délaisser un des corps de l’armée, que ce soit l’infanterie, l’artillerie, la marine, l’aviation ou le renseignement ? Même si, parmi les solutions adoptées, certaines, comme la pédagogie, ne produiront pas un effet immédiat, cela n’est pas une raison pour les rejeter. La lutte contre la barbarie est avant tout une question de volonté politique de recourir à toute personne compétente.  Et ce fut précisément ce qu’ont voulu les parlementaires en m’auditionnant.

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