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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Balak : Bilaam, l'antisémite

Nous sommes à la fin des quarante ans d’errance des enfants d’Israël dans le désert. Balak, le roi d’un Etat qui borde la terre promise, craint le passage de ce nouveau peuple sur son territoire. Pour éviter cette menace, il loue les services d’un prophète antisémite avant l’heure, Bilâm, qui possède la force, par sa bouche, de maudire. Mais cette capacité se transformera en bénédiction sous la contrainte divine qui verra, néanmoins, la révélation d’enseignements de valeur sur la nature et le rôle du peuple juif.

Après le Pharaon d’Egypte, Bilâm est le second antisémite qui apparaît sur la scène biblique. Mais une différence notable les distingue. Pharaon a construit sa haine sur une crainte logique et politique : Israël menace son pouvoir et son intégrité nationale. Bilâm n’a aucune raison de haïr Israël. C’est la haine à l’état pur ou la haine pour la haine ! Mais un point tout à fait remarquable les rapproche. C’est la réaction du peuple juif face à ces deux ennemis (1). 


Sans réaction

 Quand, après la sortie d’Egypte, Pharaon se mit à la poursuite des enfants d’Israël, Moché donna un ordre (2) sans équivoque à son peuple : « D.ieu fera la guerre en votre faveur. Quant à vous, taisez-vous (ce n’est pas la peine de prier) ». Le message de Moché est étonnant. Voilà une menace concrète qui nous inciterait à penser qu’une réaction s’impose. Il n’en est rien. C’est D.ieu lui-même qui va se charger d’éliminer le danger égyptien. La même situation se présente dans notre paracha vis-à-vis de Bilâm. A plusieurs reprises, il menace Israël par sa volonté de malédiction mais curieusement aucune mention de la réaction des enfants d’Israël n’est rapportée. Bien plus, tout au long de la paracha, on ne parle pas d’eux ! Comment comprendre ces deux réactions ?


Une protection

Il est un principe, rapporté dans le Talmud (3), selon lequel, lors du don de la Thora, la haine des nations est descendue sur Israël. Ce qui ne veut pas dire qu’elle est, en permanence, effective et suivie d’effets. Elle peut être latente et inoffensive. Mais si elle se manifeste, la guerre, à notre niveau, n’est pas la bonne méthode. Parce que si une réaction s’impose, elle doit être menée par D.ieu, comme on le voit dans les deux cas rapportés plus haut : c’est D.ieu qui combat l’Egypte et c’est aussi D.ieu qui transforme la malédiction (de Bilâm) en bénédiction. Dans de telles situations, notre attitude consiste à assumer le rôle pour lequel on a été créé : se soumettre à la volonté divine et pratiquer Ses commandements. Et c’est Bilâm lui-même qui le proclamera « …voici, c’est un peuple qui réside solitaire et parmi les nations, il n’est pas considéré » (4) : le mode de fonctionnement du peuple juif est « solitaire », c'est-à-dire unique et particulier qui ne peut être considéré, compris et pris en compte par les nations. Quand un peuple est attaqué par un autre, la victime va réagir par les armes. Pour le peuple juif, la réaction est particulière : notre protection, c’est la Thora. C’est, en autres, sa fonction : nous permettre d’évoluer dans le monde sans perturbations extérieures. Mais si au contraire, nous réagissons comme le font les nations, notre réaction n’aura aucune valeur. Et la fin de notre verset le prouve, allusivement : « …et parmi les nations… ». Si l’on se mélange au sein des nations en adoptant leur comportement, alors « on ne sera pas considéré ». Devant l’antisémitisme, il faut avoir conscience que les manifestations, les protestations ou les commémorations n’ont qu’une portée limitée et quasi inefficace. Face à l’adversité, seule la Thora et son renforcement ont le pouvoir de réduire à néant le pouvoir de nos ennemis. Et c’est d’ailleurs un message pédagogique essentiel à transmettre à nos enfants. 

Notes :

(1) Amalek est aussi un ennemi des enfants d’Israël mais dans le contexte de la sortie d’Egypte, sa volonté est d’entraver leur route vers le don de la Thora.

(2) Parachath Béchala’h, chap. 14, verset 14

(3) Traité Chabbath, p.89b

(4) Parachath Balak, chap.23, verset 9

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