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01 Avril 2020 | 7, Nisan 5780 | Mise à jour le 31/03/2020 à 09h35

Rubrique Judaïsme

Parachat Pin’has : De Pin’has au prophète Eliahou

Illustration de Gerard Darmon, artiste peintre

Le Ora’h ’Haïm hakadoch (1), Rabbi ’Haïm Benattar, rapporte un commentaire étonnant à propos de Pin’has qui, par son courage, mit fin à une épidémie dévastatrice : sa personnalité est double. Il est à la fois Pin’has et à la fois le prophète Eliahou ! Or, cette double identité ne peut être fortuite. Il est donc possible d’en dégager un enseignement, voire plusieurs. C’est ce que nous tenterons de faire aujourd’hui.

La paracha précédente s’achève sur une catastrophe : une partie des Béné Israël se livre à la débauche avec les filles du peuple de Moav. Dans le même temps se déclare une épidémie (surnaturelle) qui décime des milliers d’hommes. Mais Pin’has qui n’écoute que sa foi et son courage va, au risque de sa vie, tuer Zimri, un chef de tribu, instigateur de cet état de fait. L’épidémie s’arrêtera et selon les termes du verset, « la colère de D.ieu sera repoussée », comme nous le rapporte le début de notre paracha.


En défiant toute logique

Nous avons ici, deux faits marquants : Pin’has est seul et personne ne le soutiendra dans son engagement. Dans un second temps, son acte, vu comme une délivrance, est précédé d’un désordre spirituel très fort où toutes les valeurs du judaïsme se sont effondrées. Il en sera de même avec la délivrance messianique qui, selon le Targoum de Yonathane ben Ouziel (2), sera annoncée par le prophète Eliahou et sera précédée, comme on le voit aujourd’hui, d’un délabrement moral et social impressionnant. Mais qu’en est-il de la solitude de ces deux hommes ? Pour Pin’has, la situation était dramatique car aucun Grand de la génération ne put lui apporter son soutien. Rachi nous dira même que ces Grands pleuraient devant ce malheur. C’est de lui-même, défiant toute logique, qu’il tua celui qui était à l’origine de l’épidémie. Eliahou sera confronté à la même problématique : le monde qui précède la délivrance messianique est incohérent, désordonné, un monde où la spiritualité et la morales sont mises de côté. Logiquement le Machia’h n’y a aucune place. Et pourtant, le prophète Eliahou va s’atteler à une tâche considérable qui dépassera les normes de la raison mais qui déclenchera la délivrance : il  ramènera les parents au judaïsme par leurs enfants ! (3) Cette entreprise se situe au-delà de  toute logique historique puisque ce sont généralement les parents qui enseignent le judaïsme à leurs enfants. Mais c’est là que se trouve le point névralgique de la venue du Machia’h : se donner entièrement pour le projet divin, même si pour cela, il faut s’élever au-delà du confort intellectuel et rationnel de notre personne.


Avant le Bien

L’engagement de Pin’has et du prophète Eliahou nous renvoie à une question connue : pourquoi le Mal précède-t-il le Bien ? Pourquoi l’exil est-il si pesant avant la délivrance ?  Le Bien atteint sa plénitude, répondent nos Maîtres, quand il émerge du Mal. Quand l’obscurité est transformée en lumière, l’assise du Bien est confortée et dévoile toute sa force. Cette idée peut s’incarner au niveau de l’individu lui-même. Lorsqu’un homme est confronté à une difficulté, il se voit contraint de déployer des forces nouvelles dont il ne soupçonnait pas l’existence. Et le Bien produit alors, sera plus solidement implanté en lui. Dans cette perspective, on peut plus facilement comprendre les mots du Rambam (Maimonide) qui écrit (4) que lors de la révélation messianique, les jours de jeûne seront transformés en jours de joie. Pourquoi « transformés » et pas seulement « annulés » ? En un mot, le Rambam résume tout le but de la création du monde. En transformant le Mal en Bien, on montre, au final, que le Mal appartient au domaine de la sainteté et qu’il n’existe rien en dehors de D.ieu. 


Notes :

(1)  L’un des plus grands commentateurs classiques de la Thora. (1696-1743).

(2) L’une des deux traductions araméennes de la Thora.

(3) Comme cela est rapporté à la fin de Livre du prophète Mala’hi.

(4) Michné Thora, Lois du jeûne, fin du cinquième chapitre

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