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17 Février 2020 | 22, Shevat 5780 | Mise à jour le 12/02/2020 à 17h37

Rubrique Judaïsme

Paracha Vaèt’hanan : Une présence voilée

Illustration de Gerard Darmon, artiste peintre

C’est un sujet au cœur de la tradition juive et pour cause : la foi, Emouna, en hébreu, n’est pas seulement le fondement du judaïsme. Elle est aussi ce qui va donner la coloration de l’existence : la perception et la compréhension du gagne-pain, du couple, de l’éducation pourra varier d’un extrême à l’autre, en fonction de l’intensité de notre foi. C’est la raison pour laquelle, quelques semaines avant qu’il ne quitte ce monde, Moché revient sur ce concept.

« Tu sauras aujourd’hui, tu ramèneras vers ton cœur, que Hachem est D.ieu, dans le ciel, au-dessus, sur la terre, en dessous, il n’y a rien en dehors (de D.ieu).» (1). Pour de nombreux commentateurs, ce verset définit les contours essentiels de la mitzva de croire en D.ieu qui, selon les mots de ce texte se subdivise en deux parties : le ciel et la terre.


A chaque instant

L’un des pièges les plus troublants pouvant affaiblir notre foi, est la perception du monde comme entité autonome. A la vue du soleil, de la lune, des événements politiques, du pouvoir des hommes et des animaux, nous pourrions facilement penser que la création est totalement indépendante du pouvoir divin. Nous ne remettons pas en cause D.ieu comme Créateur du monde mais aussitôt créé, le monde nous apparaît comme une réalité affranchie de l’autorité divine, comme si D.ieu s’était éloigné de Son œuvre. Et d’ailleurs, nos Maîtres soulignent que le mot µlw[ (olam) qui signifie « monde » s’apparente étymologiquement au mot µl[ (élem), voile. Pour nous rappeler que l’identité véritable du monde n’est pas forcément celle que l’on voit et qu’au-delà de sa perception immédiate, existe une autre réalité, plus authentique. Alors, pour contrecarrer cette perspective, le verset nous dit que « D.ieu est partout (au présent) encore aujourd’hui, et que cette conviction doit être « ramenée vers le cœur », ancrée en nous, tant elle est difficile à garder vivace dans notre conscience. Bien plus, cette présence n’est pas qu’une présence factuelle. Si D.ieu est présent dans chaque détail de Sa création, c’est pour leur donner vie à chaque instant car s’Il s’en retirait, ces détails, même infimes, disparaîtraient. C’est ce que ce verset vient nous apprendre : D.ieu renouvelle le monde à chaque seconde et si ce n’était cette « alimentation perpétuelle », le monde ne pourrait continuer à exister.


Une aide ?

A partir de cette explication, on peut comprendre pourquoi le verset ajoute, « …il n’y a rien en dehors (de D.ieu) ». Quand on observe la terre et son épaisseur physique, voire sa grossièreté, il est facile d’imaginer une  absence de spiritualité. Il existe donc une nécessité de nous avertir que D.ieu est partout ! D’un autre côté, on pourrait penser que les forces du ciel, provoquées par les mouvements du soleil, des étoiles ou de la lune ont une certaine valeur spirituelle (2) dans la marche du monde et que de la sorte, elles aident le Créateur. Il n’en est rien : même dans le ciel, il n’y a rien en dehors de D.ieu. Lui seul a créé, crée (au présent) et dirige le monde. 

Note

(1)  Dévarim, chap.4, v.39 

(2) Bien plus que la terre

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