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14 Décembre 2018 | 6, Tevet 5779 | Mise à jour le 13/12/2018 à 11h38

15 décembre - Chabbat Vayigache : 16h35 - 17h49

Rubrique Culture/Télé

Guy Béart: «Ma mère m’a enseigné les rituels juifs que je connais très bien»

"C'est dans mes chansons, où je pèse chaque mot, que j'exprime au mieux ma vérité " (Capture d'écran TF1).

Actualité Juive l'avait rencontré en novembre 2010 à l'occasion de la sortie de son nouvel album, «Le meilleur des choses». Après quinze ans d’absence, Guy Béart revenait sur son parcours, ses amitiés et l'éducation juive de sa maman. Une interview à (re)découvrir aujourd'hui pour mieux connaître ce grand artiste décédé mercredi à l'âge de 85 ans.

Actualité Juive : Poète et musicien. Cette présentation vous convient-elle ?

Guy Béart : Je suis auteur-compositeur et chanteur de chansons ! L’on me dit poète...

 

A.J. : «Pessimiste gai» : cet oxymore vous correspond-il ?

G.B. : J’ai quatre-vingts ans et aujourd’hui, je suis plutôt plein d’espérance et toujours gai. Il faut relire l’Ecclésiaste, l’un de mes livres de chevet. C’est un livre poétique qui nous montre que tout recommence interminablement. La Bible m’a appris l’amour et la foi. Mieux vaut garder l’espérance. Que recommandent les dernières pages de l’Ecclésiaste si ce n’est d’aimer la vie ?

 

A.J. : Vous revenez avec un album très fidèle à votre style : des mélodies que l’on a immédiatement envie de fredonner. Des chansons qui parlent de la vulgarité de la télé-réalité, de l’amour, de la paix, et des plaisirs simples...

G.B. : Aujourd’hui, à la télévision - et c’est ce que montre la chanson «Télé Attila» -, le look est plus fort que les actes. Or, c’est d’abord le verbe oral qui compte. Vient ensuite l’écrit. C’est pourquoi j’ai voulu privilégier le verbe dans mes chansons qui véhiculent des messages transmissibles à tout le monde et que grands et petits peuvent reprendre immédiatement. C’est un don de D’ieu...

 

A.J. : L’une des chansons rend hommage à Marcel Dadi, le célèbre guitariste disparu tragiquement...

G.B. : Marcel Dadi m’avait été recommandé par Lionel Rocheman. Ce garçon qui n’avait que quatorze ans m’a confondu d’admiration. C’est lui qui, dans la chanson «Amsterdam», attaque avec des pickings. Il venait à mes concerts, sauf le Shabbat. Lorsque j’ai appris que son avion s’était écrasé en plein océan, cela a été un choc. En 1998, j’ai écrit en une nuit la chanson qui, à quelques détails près, est dans l’album. Pour moi, il est toujours vivant.

 

A.J. : Vous êtes né au Caire. On dit que votre nom d’origine est Béhar...

G.B. : C’est ce qui est indiqué sur Internet mais je n’en sais rien. Ma mère m’a enseigné les rituels juifs que je connais très bien. Moïse, pour moi, représente le devoir. Dans ma Bible est marqué que D’ieu dit plusieurs fois à Adam et Eve : «Croissez et multipliez». Pourquoi, me suis-je demandé, avoir utilisé deux verbes pour dire la même chose alors que la Bible cultive un style très concis ? La vraie phrase est en fait «Croissez en nombre et multipliez en sagesse», ce que m’a confirmé mon ami Raphaël Draï. Or, depuis la Mésopotamie, on a augmenté le nombre, mais on n’a pas augmenté la sagesse. Moi, j’ai peur des foules. Il y a d’ailleurs quelque part dans l’Exode : «Ne suivez pas le nombre». D’où ma chanson «Le premier qui dit la vérité...». Elle parle de «La foule sans tête», manipulée.

 

A.J. : Vous avez vécu au Liban de 1939 à 1947. Y avez-vous ressenti les effets du nazisme ?

G.B. : Oui, car il y avait des réfugiés du monde entier, y compris des Juifs avec barbe et papillotes. C’était un pays qui recevait et digérait tout le monde !

 

A.J. : Et qui continue en hébergeant le Hezbollah et en accueillant le président iranien Ahmedinejad...

G.B. : Je suis effrayé par ce qui se passe et beaucoup de mes amis, chrétiens et musulmans, le sont aussi. J’ai écrit, il y a longtemps, que j’étais favorable à la création d’un Etat palestinien. Je disais qu’il valait mieux qu’ils s’emmerdent avec un Etat, des lois et de la paperasserie plutôt que de faire la guerre et de former des enfants à massacrer des Juifs...

 

A.J. : Quelle part de judéité avez-vous transmise à vos enfants dont la plus célèbre, Emmanuelle ?

G.B. : C'est dans mes chansons, où je pèse chaque mot, que j'exprime au mieux ma vérité. Dans «Messies, Mais si !» en 1973, je dis que l’'islam pense qu'il n'y aura pas de Messie. Le christianisme, qu'il est déjà venu, mais doit revenir. Le judaïsme, qu'il doit venir. Je pense que c'est une incitation à ce que chaque être humain se comporte en messie afin de sauver les autres. À mes enfants, j’ai parlé des rites qui, selon moi, sont ce qu’il y a de plus important. Connaissez-vous l’histoire du rabbin qui arrive dans une communauté ? Il rencontre un Juif et lui demande s’il croit en D’ieu. L’autre lui dit qu’il lui répondra une autre fois. Le lendemain, le rabbin lui pose à nouveau la question et l’homme ré- pond par la négative. «Pourquoi ne m’as-tu pas répondu hier ?» demande le rabbin. «Parce que c’était Shabbat !». J’aimerais terminer sur un Proverbe que j’aime particulièrement : «Ecoute, mon fils, les règles de ton père mais n’oublie pas la Thora de ta mère»...


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