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30 Novembre 2022 | 6, Kislev 5783 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

De l’eau dans le gaz entre l’Egypte et Israël ?

Tamar et Léviathan, les deux gisements isaéliens, ont désormais un concurrent Egyptien (Moshe Shai/FLASH90)

L’immense gisement mis à jour sur les côtes égyptiennes se pose en sérieux concurrent des champs Tamar et Leviathan.

- « Le plus grand gisement offshore de gaz naturel en Méditerranée »
L’annonce, le 31 août, par la compagnie italienne ENI de la découverte d’immenses réserves gazières au large de l’Egypte pourrait ouvrir une nouvelle ère sur le front énergétique pour le pays toujours fragile sur le plan économique. Le potentiel du gisement est estimé à 850 milliards de mètres cubes, sur un secteur de 100 kilomètres carrés, soit l’équivalent de 5,5 milliards de barils de pétrole. « L’une des plus grandes réserves de gaz naturel au monde » anticipe déjà ENI qui peut espérer récolter d’immenses bénéfices de la prospection du site situé près de la ville de Zohr.
Si la mise en route du site ne démarrera qu’au début de la prochaine décennie, les perspectives ouvertes par cette découverte sont considérables pour l’Egypte. La promesse d’une autosuffisance énergétique à moyen terme modifierait le quotidien d’une population coutumière des pannes de courant. L’opération se présenterait également comme une excellente opération pour le président Al Sissi. Dans un pays où 20% de la demande interne est satisfaite par l’importation de gaz naturel liquéfié, les richesses promises par « Zohr » vont répondre à un besoin primaire social et soulager dans le même temps les caisses de l’Etat. Le retour d’une Egypte exportatrice sur le marché du GNL se profile.

- Quelles conséquences pour les projets Tamar et Leviathan ?
Le site de Zohr se pose clairement comme un rival de poids aux projets gaziers israéliens. En termes de volume d’abord : le gisement égyptien mesure 40% de plus que son concurrent Leviathan. Déjà, les premières critiques s’abattent sur les exploitants des champs israéliens, Delek Group et son partenaire américain Noble Energy, accusés d’avoir négligé dans leurs rapports financiers l’hypothèse d’une découverte au large des côtes égyptiennes. Une omission pas franchement anodine : la mise en service prochaine de Zohr sonne le glas du modèle économique présenté jusqu’ici aux investisseurs… et au gouvernement israélien. Face au « géant » égyptien, Leviathan n’est plus en position de force sur le marché des exportations qui étaient pourtant censées lui assurer 75% de ses ressources, notamment grâce à la Jordanie et la Turquie.
Autre question : pendant combien de temps encore l’Egypte achètera du gaz israélien pour ses usines de liquéfaction, contrôlées par le britannique British Gaz et l’espagnol Union Fenosa Gas ? Pour l’heure, les Egyptiens se montrent rassurants sur l’avenir des négociations en cours. Le constat ne change toutefois pas de nature : le gaz israélien va perdre son avantage concurrentiel en Méditerranée orientale.

- Des remous en perspective en Israël
Lundi, les députés de la Knesset approuvaient d’une courte tête (59 pour, 51 contre) l’accord controversé entre le gouvernement israélien et les exploitants de Tamar et Leviathan. Ce dossier demeure néanmoins une épine dans le pied de Binyamin Netanyahou qui doit gérer les atermoiements de son ministre de l’Economie, Arié Derhy. Le patron du Shass refuse toujours de prendre clairement position sur une situation - que l’ancien commissaire anti-trust avait qualifiée de monopole - et s’est récemment illustré en accusant son collègue de l’Energie, Youval Steinitz, d’être responsable de cet « échec du renseignement de premier ordre ». Les experts les plus optimistes tablent désormais sur l’hypothèse d’une renégociation du contrat dans un sens plus favorable aux consommateurs israéliens.

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