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22 Janvier 2020 | 25, Tevet 5780 | Mise à jour le 21/01/2020 à 15h17

Rubrique France/Politique

Haïm Korsia de l’Institut

Le grand rabbin de France Haïm Korsia lors de son allocution à l’Académie des sciences morales et politiques.

Le grand rabbin de France a rendu hommage cette semaine à Michel Crozier auquel il a succédé à l’Académie des sciences morales et politiques.

La grande salle des séances de l’Institut n’avait jamais connu telle affluence, à en croire la présidente de l’Académie des sciences morales et politiques, la philosophe Chantal Delsol. Haïm Korsia a prononcé, lundi, une « notice sur la vie et les travaux de Michel Crozier », un sociologue disparu en 2013 dont il occupe le fauteuil depuis son élection en décembre 2014. Si le grand rabbin de France ne revêtait pas pour l’occasion l’épée et le costume vert des « immortels », il a déjà trouvé sa place au sein de ce temple républicain, au terme d’un discours chaleureusement salué par l’assistance.

Dans cette longue allocution, souvent drôle, Haïm Korsia s’est livré à une lecture à la fois rigoureuse et personnelle du parcours d’un des grands maîtres de la sociologie des organisations. « Un fondateur, un formateur et un réformateur » a-t-il résumé d’une formule.

Faire parler un rabbin du concepteur de l’analyse stratégique, non-croyant de surcroît, suscitait à l’évidence la curiosité des présents. Citant Pierre Bourdieu et Rabbi Yoshoua, les Maximes des Pères et « Le phénomène bureaucratique » (1963), le grand rabbin a tenté de faire entrer en dialogue Michel Crozier et la Tradition juive. « Le judaïsme n'illustre-t-il pas, avec sa hiérarchie plate et sa base contestataire, le modèle d'organisation rêvé par Michel Crozier ? ».


Dans les pas du grand rabbin Jacob Kaplan 

De son voyage fondateur aux Etats-Unis à son action à la tête du département de sociologie à Sciences Po, le grand rabbin retraça le parcours d’un homme passionné par les enquêtes de terrain, d’un chercheur qui « aima[ait] les gens ». Un penseur en mesure d’éclairer un passage biblique, celui du bégaiement de Moïse ? « Alors que [Crozier] est rodé à expliquer une étude à un syndicaliste, celui-ci lui dit : « Vous parlez trop bien, nous n'avons pas confiance » raconte Haïm Korsia. Il se rend compte que le fait de bafouiller un peu donne confiance à son interlocuteur car il peut alors intervenir et entrer en dialogue. Et si c'était la raison du bégaiement de Moïse ? ».

Par-delà ce regard original sur une œuvre, une autre musique résonnait par intermittences à l’Académie, celle qui contait en creux la propre histoire de Haïm Korsia. Ainsi du rappel du rôle joué, dans sa rencontre avec Crozier au début des années 1990, par le sociologue et psychanalyste Emeric Deutsch, « qui était pour [lui] un père ».

Mais c’est de toute évidence l’ombre du grand rabbin de France Jacob Kaplan (1955-1980), objet de sa thèse et dernier représentant du judaïsme à intégrer l’Institut, qui planait au-dessus du quai de Conti en ce lundi d’automne. « Mettre mes pas dans les siens, parler aujourd’hui à l’endroit même où il s’exprimait jadis parmi ses confrères, est une immense émotion » confiait en ouverture le grand rabbin « immortel ». Une figure du franco-judaïsme dans laquelle Haïm Korsia continue d’inscrire ses pas.

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