Default profile photo

20 Octobre 2021 | 14, Heshvan 5782 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Israël

Shmuel Trigano: L'État dictatorial de Mahmoud Abbas siège à la Knesset

Le sociologue Shmuel Trigano (DR)

Le billet du sociologue Shmuel Trigano. Prochain livre à paraître le 22 octobre: "Le nouvel État Juif" (Berg International, 15 euros)

Quel est le défi auquel Israël est confronté aujourd'hui? Ce n'est pas tant cette campagne de meurtres au couteau, empreinte d'un racisme religieux nourri au mensonge. C'est le fait que la Liste Arabe Unifiée qui siège à la Knesset en ait pris la tête, engageant avec elle la population arabo-musulmane d'Israël, dans un djihad contre l'Etat et ses concitoyens juifs.

Nous nous retrouvons en fait, en Israël, dans un des rares pays où les Frères Musulmans soient libres d'agir en politique et d'appliquer ce que les analystes avaient défini du temps des pseudo "Printemps arabes" comme "la démocratie à un coup" ("one-shot democracy"): c'est à dire une stratégie qui consiste à exiger la démocratie afin de l'étrangler une fois arrivé au pouvoir. Et il est logique, dans cette optique, que le candidat ottoman au Califat, Recip Erdogan, soit aussi derrière la campagne des couteaux (le chef du Hamas réside d'ailleurs en Turquie).

Dans sa constitution même, la Liste arabe Unifiée est anti-démocratique. C'est un parti ethnique dans la République qui constitue les citoyens arabes israéliens en minorité nationale. Elle réunit en effet tous les partis arabes, des islamistes aux communistes de sorte qu'elle oppose la société arabe dans son ensemble à la communauté nationale israélienne dont elle se retranche d'ailleurs formellement, en se définissant elle même comme "palestinienne" et en brandissant le drapeau de l'OLP dans ses manifestations. Un de ses chefs de file, Ahmad Tibi, tout en étant député israélien, ne fut-il pas le secrétaire d'Arafat en même temps qu'il siégeait à la Knesset? Il n'y a qu'en Israël qu'on voit un tel paradoxe! Je dirais une telle défaillance du Pouvoir.

Il n' y a aucun recours juridique contre cette monstruosité démocratique, car la Cour Suprême, si prompte à entraver l'exercice du gouvernement, n'a pas dit mot. C'est qu'Israël vit sous un gouvernement des Juges depuis ce que l'on a appelé la "révolution constitutionnelle" du Juge Barak dans les années 1990. La souveraineté de l'Etat est entravée, jusque dans ses opérations militaires, par la Cour Suprême qui, pour le dire en un mot, se soucie des droits de l'homme mais pas des droits des citoyens. Elle a ainsi rétabli dans son immunité la députée  Zoabi malgré sa collusion avec de nombreuses opérations des ennemis d'Israël, notamment l'affaire de la flotille.

 

Erreur tactique

C'est là où l'on mesure la différence entre la République, fondée sur la souveraineté nationale et la Démocratie qui ne connaît que les individus. Selon toute vraisemblance, la Liste Arabe Unifiée agit de concert avec le Mahmoud Abbas de la déclaration de l'Etat de Palestine : les deux compères ont trouvé une couverture formellement non politique, à savoir l'invention d'une guerre de religion globale, pour paralyser la démocratie israélienne.

 Pour le dire de façon imagée: l'État dictatorial de Mahmoud Abbas a son gouvernement démocratiquement élu. Il siège à la Knesset. C'est ce qui permet à Ahmad Tibi, lundi 12 octobre , de déclarer à la Knesset à propos de la Judée-Samarie: "Nous, les Arabes, nous sommes les maîtres de la terre et si vous n'aimez pas celà, partez!"

Comment le Parlement fonctionnera-t-il avec cette camarilla en son sein qui insulte avec violence le premier ministre et quitte la salle avec fracas quand il monte à la tribune? Demain, n'en doutons pas, ce parti accusera l'Etat - qu'il est censé représenter sur la scène internationale - d'"apartheid" et de "racisme", avant de demander la protection de l'ONU pour les Araabes israéliens. Un projet de "constitution égalitaire pour tous" est déjà rédigée depuis longtemps pour imposer à Israël une constitution de son crû qui institue les Arabes en minorité quasi-nationale au sein de l'Etat.

L'OLP a ainsi trouvé le moyen de démanteler du dedans la souveraineté israélienne. Sa grande erreur tactique cependant c'est de croire que ce moment-là, prévisible depuis longtemps[1], était venu avec la levée de drapeau à l'ONU. Il reste à espérer que la République, c'est à dire la démocratie de l'Etat-nation, l'emporte sur la démocratie défaillante des multiculturalistes, justement définie par eux-mêmes comme la "post-démocratie"! Le destin de la citoyenneté est gravement en jeu.Mais c'est vrai dans toutes les démocraties occidentales confrontées au djihad global.


*Chronique sur Radio J, le vendredi 16 octobre 2015


[1] Cf. S. Trigano, Quinze ans de solitude, Berg International (2015 ), p 308: "Pax Palestina: le plan en trois étapes de l'OLP".

Powered by Edreams Factory