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02 Juin 2023 | 13, Sivan 5783 | Mise à jour le 04/08/2020 à 22h39

Rubrique Communauté

Marc Eisenberg et Ilana Cicurel-Revcolevschi (AIU): « Nous devons lutter contre la « bunkerisation » des esprits»

Marc Eisenberg et Ilana Cicurel-Revcolevschi (DR)

Rencontre avec le président de l’Alliance et la nouvelle directrice générale de l’institution.

Actualité Juive : La rentrée des classes dans les écoles juives a été marquée par une baisse des effectifs. Quelle est  la place de l’AIU dans ce contexte ? 

Marc Eisenberg : Nous faisons face à des mouvements contradictoires avec d’un côté, un environnement sécuritaire compliqué qui fait qu’un certain nombre de parents ont peur d’envoyer leurs enfants à l’école juive et de l’autre, des parents qui veulent y envoyer leurs enfants en se disant qu’ils seront plus en sécurité. On observe aussi le départ d’un certain nombre de juifs hors de France. Dans ce contexte, l’AIU vit un moment absolument capital pour continuer à faire tourner ses écoles dans des conditions économiques plus difficiles, avec des dépenses de sécurité plus importantes et des effectifs parfois à la baisse. Même si cette année, pour nous, ce n’est pas le cas. 

Ilana Cicurel-Revcolevschi : En effet, les effectifs de nos écoles sont stables, voire en légère hausse, ce qui me fait penser que le modèle développé par l’Alliance fonctionne et correspond aux attentes de nombreux juifs en France. Ce modèle repose sur l’excellence scolaire, une ambition forte pour l'enseignement des matières juives et de l'hébreu, la personnalisation de l’accompagnement de l’élève et l’ouverture sur la Cité. Nous sommes cependant pleinement conscients de la mutation que connaît le judaïsme français, certains parents faisant le choix de l’école juive tandis que d'autres envisagent de quitter la France. L’Alliance qui dispose d'un réseau éducatif très étendu en France et en Israël (dont son collège-lycée franco-israélien de Mikvé-Israël) a un rôle stratégique à jouer.

 

A.J.: Comment attirer ces nouveaux publics ? 

I.C. : Mis à part l’aspect financier, nous devons lutter contre la « bunkerisation » des esprits. Plus nos enfants seront instruits et imprégnés des valeurs et des connaissances du judaïsme, plus ils seront curieux et prêts à répondre avec confiance aux défis actuels.

M.E. : On attire de nouvelles familles en démontrant qu’on ne peut pas acquérir une culture juive avec quelques heures de Talmud-Torah par mois et que le fait d’acquérir cette culture juive n’a pas pour conséquence de voir son enfant devenir ultra-orthodoxe à la maison. L’Alliance démontre tous les jours qu’on peut marier connaissance juive et modernité. 

 

A.J. : Marc Eisenberg, vous participez aujourd’hui à une réunion de la Fondation Gordin au sujet de la création d’un fonds de bourses (1). Qu’en attendez-vous ? 

M.E. : La mise en place d’un effort exceptionnel de bourses par quelques grandes institutions et donateurs pour lever les freins financiers et accompagner les familles qui n’ont pas les moyens de payer la scolarité en école juive. Ces bourses sont très importantes et sont l’un des facteurs - pas le seul – pour permettre à des enfants aujourd’hui dans le public de rejoindre l’école juive. Nous espérons des engagements sur trois ans pour 1.500 enfants.


«Nous sommes pleinement conscients de la mutation du judaïsme français»


A.J. : Que voulez-vous dire par ne pas « bunkeriser » l’esprit des élèves ? 

I.C : Le judaïsme est fondamentalement non dogmatique. Dans le Talmud et notre tradition, le débat est essentiel. Nous souhaitons que nos élèves dépassent l'entre-soi  et s'inscrivent dans la tradition du tikkoun olam et de la contribution du judaïsme aux sociétés qui les entourent, notamment par des échanges avec les écoles environnantes. Plus généralement, l’Alliance est engagée dans une offre pédagogique très large avec le SNEJ, l’Institut européen Emmanuel Levinas, le Beth Hamidrach et sa Bibliothèque. L’Alliance doit, par ailleurs, prendre sa part comme pédagogue du judaïsme dans la société française. Le progrès de la connaissance sur le judaïsme est la meilleure arme contre l’antisémitisme. 


A.J. : Quelle est la place d’Israël dans votre développement ?

M.E. : Essentielle. Avec l’augmentation de l’Alyah française, les besoins éducatifs francophones grandissent en Israël et le rôle déjà important de l’Alliance-Kiah sur place a vocation à augmenter. Pour autant, l'Alliance doit aussi avoir un rôle moteur en France dans la perspective du renouvellement des cadres de la communauté.


A.J.: Le renouvellement du leadership passe-t-il par l’école juive ? 

M.E. : L’école joue un rôle fondamental. Mais si elle ne transmet pas réellement un judaïsme du partage, elle ne donnera pas envie de s’engager. Nous devons veiller aussi à ce que la place des jeunes dans les institutions communautaires soit nettement revue à la hausse. Je pense à l’Alliance et à toutes les autres. Et bien entendu, à la place des femmes. 


A.J.: Justement, quel est votre état d’esprit, Ilana Cicurel, vous qui prenez la tête de l’institution ?

I.C. : Après quatre ans de collaboration harmonieuse et intense avec Jo Toledano, je suis fière d'être la première femme qui se voit confier la Direction générale de cette belle Institution. J'ai conscience de prendre mes fonctions dans un moment difficile et crucial pour le judaïsme français. L'enjeu éducatif est majeur. Nos enfants doivent bâtir leur avenir sur les valeurs humanistes qui sont au cœur du judaïsme et non sur la peur et les larmes. 

L’entretien a été réalisé le 21 septembre au matin. Nous reparlerons de l’issue de cette réunion dans une prochaine édition.

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